Publié20. décembre 2024, 17:18
Viols de Mazan: L’avocat qui a taxé des féministes d’«hystériques» insiste
Le défenseur d’un des hommes qui a agressé Gisèle Pelicot assume ses propos, malgré l’indignation générale.
par
R.M.

L’avocat Christophe Bruschi après le verdict, à Avignon. Il a lancé à des militantes féministes qu’elles étaient «des hystériques» et «des tricoteuses».
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Le dernier jour du procès qualifié d’historique des viols de Mazan, jeudi, restera certainement à jamais marqué par la déclaration de Gisèle Pelicot, sobre, digne. Mais pour quelques heures, c’est aussi le comportement d’un avocat d’un condamné qui s’est répandu sur les réseaux sociaux, suscitant une avalanche d’indignation. Face à des femmes venues soutenir Gisèle Pelicot, il les a traitée d’«hystériques» et de «tricoteuses»… Il assume pourtant pleinement.
Le contexte, d’abord. L’avocat Christophe Bruschi sort du palais de justice, à Avignon, avec le sourire. La raison? Comme l’ensemble des 51 accusés, son client a été reconnu coupable. Mais ce retraité est le seul qui n’a pas été condamné pour viol mais pour «atteinte sexuelle». Il a écopé de trois ans de prison dont deux avec sursis. Et surtout, comme cet homme de 69 ans a déjà passé neuf mois en détention préventive, il est l’un des rares à être ressorti libre du tribunal. D’où la satisfaction de son avocat, qui a décidé de montrer sa joie.
La scène, ensuite. Christophe Bruschi «joue la provocation pure et simple», rapporte France 3. Hilare, il semble vouloir défier des militantes féministes, se campant devant elles. Certaines lui lancent «Dégage!»
Il réplique et balance: «J’ai un message de la part de mon client à toutes ces hystériques, ces mal embouchées, le message, c’est: merde!» Puis il dira: «Vous êtes des hystériques, des tricoteuses».
Ensuite un jeune homme lui rétorque qu’il est «une honte pour le monde, pour la France», tandis que d’autres hurlent «mais ta gueule!» L’avocat répond cette fois par un: «Toi aussi tu veux me taper?» Puis la police l’exfiltre.
Quelques minutes plus tard, rapporte «Le Parisien», Christophe Bruschi a tenté de se justifier. «On est là pour provoquer et provoquer le débat. J’ai fait mon travail. Vous trouvez ça normal que ces gens demandent 20 ans pour tout le monde alors que la plupart des gens, à part le mari, sont de pauvres personnes?» Et de préciser que ses «tricoteuses» se rapportaient aux femmes qui assistaient à la guillotine pendant la Révolution française, en tricotant tranquillement en attendant «que les têtes tombent».
Inscrit au barreau de Lyon, spécialiste en droit pénal, Christophe Bruschi se décrit comme «un avocat de quartier». Il n’avait jamais plaidé dans une affaire aussi médiatisée.
Joint par France 3, l’homme de loi qui a fait polémique admet que ses saillies étaient «peut-être un peu pour faire le show».
«L’incarnation du machisme»
Mais surtout, il persiste et signe et se dit droit dans ses bottes. «À ce moment-là, je sors du tribunal, je ne vois pas pourquoi je serais obligé de faire profil bas alors que je suis extrêmement satisfait de la décision du tribunal. Ces femmes sont des hystériques. Les provoquer un peu, ce genre de personnes, ça ne me dérange pas. J’accepte qu’on ne soit pas d’accord avec moi, mais on doit le faire de manière non agressive. Je ne parlais pas de toutes les femmes. Mais elles étaient une demi-douzaine face à moi.»
Outre le torrent de réactions outrées sur les réseaux sociaux, France 3 souligne que Christophe Bruschi a aussi scandalisé nombre de ses confrères avocats. Certains souhaitent d’ailleurs qu’il soit sanctionné.
«Ces propos sont scandaleux. J’espère que le bâtonnier sanctionnera. Il s’en est pris ouvertement aux féministes. C’est hallucinant, c’est inadmissible», a ainsi tonné l’avocat marseillais Eric Lanzarone. Et de conclure: «Là, il défend une cause, celle des anti-féministes, et pas un client. C’est l’incarnation du machisme. C’est une position moyenâgeuse de les traiter de tricoteuses. J’ai honte de ces propos. Je mesure la distance qui nous sépare de l’égalité hommes-femmes».