La pandémie de covid a sans doute été la période la plus difficile de la carrière de Xavier Bettel (DP). «C’est difficile quand les gens ont des questions et qu’il n’y a pas de réponses à leur donner», résume l’actuel ministre de la Coopération en évoquant le dilemme auquel il a été confronté à l’époque. C’est pourquoi il est d’autant plus important, selon lui, que le Luxembourg mette tout en œuvre pour que cette période difficile ne se reproduise pas. «Cela ne peut se faire qu’avec plus de prévention», a déclaré le vice-Premier ministre vendredi, car la prochaine pandémie pourrait déjà guetter à notre porte.
C’est pourquoi le Luxembourg a signé vendredi un nouveau partenariat stratégique avec l’OMS pour la période 2025-2028, d’un montant de 46,5 millions d’euros. De plus, le Luxembourg veut dépenser 500.000 euros pour la lutte contre le Mpox. Deux sommes qui profiteront indirectement au Grand-Duché, comme l’a expliqué le chef de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Ghebreyesus.
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«Le Luxembourg sera à l’abri d’une pandémie», a estimé ce dernier, qui était présent au Luxembourg pour la signature du partenariat. Le pays dispose d’un système de santé solide et en soutenant d’autres pays, le Luxembourg se protégera lui-même. «Le monde est petit et interconnecté. Nous sommes aussi forts que notre maillon le plus faible.» C’est pourquoi il est important d’aider, par le biais de l’OMS, d’autres pays à rendre leur système de santé plus résilient. «Les capacités nationales des pays peuvent nous protéger à l’échelle mondiale», est convaincu le chef de l’OMS.
L’accord controversé sur la pandémie doit encore attendre
Tedros Ghebreyesus continue par ailleurs d’espérer que les pays de l’OMS se mettront d’accord l’année prochaine lors de l’assemblée générale sur l’accord sur les pandémies, jusqu’ici controversé. En 2021, les pays avaient décidé d’adopter un accord d’ici mai 2024 afin de pouvoir à l’avenir réagir mieux et plus rapidement aux pandémies en tant que communauté internationale.
Depuis, plusieurs cycles de négociations ont eu lieu entre les 194 pays. Le premier projet a été présenté à l’automne 2023. Depuis, plusieurs points délicats sont discutés. Lors de l’assemblée générale de l’OMS au printemps dernier, les États n’avaient pas réussi à trouver un accord.
Le Luxembourg sera à l’abri d’une pandémie.
Tedros Ghebreyesus
Le chef de l’OMS
La prochaine assemblée générale aura lieu en 2025. Toutefois, les chances restent faibles. Les États-Unis pourraient jouer les trouble-fête. Le président américain Donald Trump, qui avait suspendu les paiements à l’OMS lors de son premier mandat, n’est pas vraiment considéré comme un soutien de l’institution. Pas plus que son nouveau ministre de la Santé, Robert F. Kennedy Jr., qui propage régulièrement des théories du complot sur la pandémie de covid et les vaccins.
Le chef de l’OMS Tedros Ghebreyesus et la ministre de la Santé Martine Deprez (CSV) ont signé un nouveau partenariat stratégique pour la période 2025-2028. © PHOTO: Chris Karaba
Interrogé par des journalistes au Luxembourg sur ce que l’élection de Donald Trump pourrait signifier pour l’OMS, Tedros Ghebreyesus a botté en touche: «Les États-Unis se trouvent actuellement dans une phase de transition. Nous devons leur donner l’espace et le temps nécessaires pour mener à bien cette transition.»
Un scepticisme croissant à l’égard de la vaccination se répand
Indépendamment de la question de savoir si l’accord sera conclu dans un avenir proche, Xavier Bettel et la ministre de la Santé Martine Deprez (CSV) s’accordent à dire que la vaccination est le moyen d’empêcher la propagation des virus. «Nous devons informer les gens sur ce qu’est un virus, pourquoi les vaccins existent et rappeler les petits gestes du quotidien, comme se laver les mains», explique Martine Deprez.
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Cependant, depuis la pandémie, le scepticisme vis-à-vis des vaccins a atteint un nouveau sommet. De plus en plus de personnes doutent de la sécurité des vaccins. Cela n’a pas échappé au chef de l’OMS.
Près de 1,3 million de vaccins contre le Covid ont été administrés pendant la pandémie au Luxembourg. © PHOTO: DPA
«C’est vrai qu’il y a une hésitation à se faire vacciner. C’est inquiétant», confirme le chef de l’OMS. Toutefois, cette hésitation est à mettre en parallèle avec un taux de vaccination en hausse dans le monde entier. De plus en plus de personnes se font vacciner dans le monde. Entre 2000 et 2022, la mortalité infantile est passée de onze millions à cinq millions par an.
«Les vaccins ont joué un rôle majeur dans cette évolution», souligne Tedros Ghebreyesus. «Les faits parlent d’eux-mêmes. Chaque pays devrait communiquer dans un langage simple que les gens devraient faire confiance aux vaccins et les utiliser. Sinon, voulez-vous dire qu’il est préférable que onze millions d’enfants meurent?»
Autrefois, les familles auraient eu plus d’enfants. Il arrivait en effet souvent que l’un d’entre eux meure en bas âge. Aujourd’hui, le taux de natalité diminuerait, souligne Tedros Ghebreyesus, parce que les gens reconnaissent que, grâce à la médecine moderne, leurs enfants ont plus de chances de rester en vie. «Moins d’enfants signifie aussi plus de revenus pour ces familles.»
Cet article a été initialement publié sur le site du Luxemburger Wort.
Adaptation: Thomas Berthol