« Tout le monde a peur de prendre la moindre responsabilité », par Olesya Orlenko (Les blogs du Diplo, 1er mars 2022)

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  1. Même si l’article n’est pas sous paywall je recopie ici le contenu :

    Lettre de Donetsk

    « Tout le monde a peur de prendre la moindre responsabilité » par Olesya Orlenko, 1er mars 2022

    Alors que la guerre fait rage en Ukraine, la responsable de l’édition en russe du « Monde diplomatique » a pu se rendre sur le terrain à Donetsk, dans la république séparatiste du Donbass. Elle nous livre son témoignage.
    Je suis arrivée à Donetsk le 20 février dans l’idée de décrire la tragédie que vit la population civile du Donbass mais aussi d’apporter un contrepoint à l’hystérie médiatique.

    J’habite dans un appartement que j’ai loué pour quelques jours. Il n’y a plus d’eau chaude dans la ville. On nous dit que les canalisations ont été en partie détruites. Il faut donc faire longtemps la queue aux réservoirs. Donetsk est plutôt calme : peu de gens sortent dans les rues, beaucoup d’habitants ont été évacués. On croise souvent des hommes mobilisés qui partent au front par petits groupes. Partout on peut voir des affiches comme « Le Donbass est russe », « On a gagné en 1943, on va gagner maintenant » avec des slogans de l’époque de la Grande guerre patriotique. Dans les rues et sur les marchés, la « milice du peuple » capture les hommes qui ont atteint l’âge de la conscription. Ils ont même arrêté notre voiture pour l’inspecter. Nous avons profité d’un moment d’inattention pour nous enfuir. Beaucoup de femmes ne laissent plus leurs maris et leur fils sortir. Dans la nuit, notre chauffeur a été mobilisé malgré son état de santé et le fait qu’il ne possède pas la « nationalité » de la « République populaire de Donetsk » (DNR). Il vient de nous appeler pour nous dire qu’on l’avait finalement laissé partir. La fille de ma collègue nous raconte que son ancien chef a été obligé d’aller au front malgré son diabète.
    La situation est vraiment très difficile. C’est assez pesant psychologiquement d’être ici. D’un côté, tout va vite. De l’autre, personne ne sait exactement ce qu’il se passe. Beaucoup d’informations circulent, surtout sur Telegram, sans qu’on sache qui les diffuse vraiment (chaînes privées, organisations officieuses, journalistes, volontaires…). On voit aussi énormément de fausses nouvelles. C’est pour cela que je vais vous raconter seulement ce que j’ai vu personnellement. C’est aussi la seule chose qui me permettra de mettre mes pensées un peu en ordre et d’essayer d’échapper à cette ambiance déstabilisante.

    Je n’ai jamais eu d’illusions quant au pouvoir local. Mais, dès l’arrivée, j’ai constaté comment fonctionne le régime du « commandement à bras ». Par exemple, pour entrer dans la DNR depuis la Russie, il faut avoir une accréditation de presse. Nous avons obtenu une lettre nous accordant cette accréditation mais nous demandant d’aller chercher les papiers à Donetsk. Cependant, à la frontière, les militaires nous ont dit que la lettre n’était pas valable. Notre interlocuteur initial a refusé d’envoyer les photos pour les accréditations parce que son supérieur n’était pas là. Après de multiples appels téléphoniques en haut lieu nous avons finalement pu passer. Mais cet exemple n’est pas unique. Pour parler avec un médecin à Donetsk, il faut appeler le ministère de la santé. Le médecin-chef nous explique que tout ce qu’il peut dire c’est que « tout marche bien » et qu’ils « ne manquent de rien ». Si un médecin ordinaire accepte de répondre à nos questions, le médecin en chef se place derrière le journaliste et fait des signes à l’interviewé.

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