
L’ex-patron de l’Institut Montaigne, Laurent Bigorgne, devant le tribunal correctionnel pour avoir drogué l’une de ses collaboratrices

L’ex-patron de l’Institut Montaigne, Laurent Bigorgne, devant le tribunal correctionnel pour avoir drogué l’une de ses collaboratrices
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Le grand public connaît mal cet homme au teint pâle, avec ses petites lunettes rondes, son élocution rapide et cette allure fébrile des hommes continuellement surmenés. Les policiers du commissariat des 5e et 6e arrondissements de Paris n’ont pourtant eu qu’une rapide recherche à faire, sur Internet, dans la nuit du 22 au 23 février, pour découvrir l’importance de Laurent Bigorgne dans les milieux du pouvoir. Des dizaines d’articles mentionnent que cet agrégé d’histoire de 47 ans, ancien numéro deux de Sciences Po, dirige depuis 2010 l’Institut Montaigne, un influent think tank libéral qui pousse ses propositions de réformes auprès du parti Les Républicains mais aussi d’Emmanuel Macron, dont il fut l’un des conseillers lors de la campagne de 2017, domiciliant même à l’adresse de sa compagne le site Web d’En marche !
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Sur sa fiche Wikipédia, les policiers découvrent aussi que les deux livres que Bigorgne a publiés ont été cosignés avec Olivier Duhamel, l’ancien président de la Fondation nationale des sciences politiques. Bigorgne l’avait fait entrer au comité directeur de l’Institut Montaigne, quelques années avant que Camille Kouchner ne le dénonce pour viol et inceste dans un livre retentissant, La Familia grande (Seuil, 2021), et que l’Institut ne fasse disparaître en catastrophe son nom et son portrait.
Cette nuit de février, c’est ce même Laurent Bigorgne qu’une jeune femme vient accuser de l’avoir droguée, à son insu, en glissant de l’ecstasy dans une coupe de champagne. L’ex-directeur de l’Institut Montaigne comparaîtra, jeudi 10 mars, devant le tribunal correctionnel de Paris pour ces faits.
**« Un grand frère et une petite sœur »**
Cette nuit-là, Sophie Conrad, 40 ans, est arrivée au commissariat après s’être rendue en urgence à l’hôpital. Elle est l’ex-belle-sœur de Laurent Bigorgne. Elle est aussi, sous sa direction, responsable du pôle politiques publiques de l’Institut Montaigne depuis septembre 2020. Le soir du 22 février, raconte-t-elle aux policiers, ils avaient convenu d’un dîner de travail. Elle aurait « préféré aller au restaurant », mais il a pris le matin même un train, tôt, pour rentrer de sa maison de vacances, sur l’île de Ré, et il a proposé de commander une pizza pour un repas chez lui. L’invitation n’avait à ses yeux « rien d’ambigu », dit-elle.
Sophie Conrad connaît Laurent Bigorgne depuis qu’elle a 11 ans. S’il n’a guère gardé de lien avec son ex-épouse depuis leur divorce, en 2003, il a maintenu des relations cordiales avec son ex-belle-sœur, que Laurent Bigorgne compare à celles « d’un grand frère et d’une petite sœur ». Lorsque la mairie de Nancy, où elle travaillait, a changé de majorité en juin 2020, c’est lui qu’elle a appelé quelques mois plus tard pour évoquer son avenir professionnel. Et c’est auprès de ses adjoints que cette diplômée de Sciences Po a passé ses entretiens d’embauche pour rejoindre l’Institut Montaigne. Depuis, elle est une des proches collaboratrices du patron de « Montaigne », qui est aussi le père de sa nièce.
Ce soir-là, raconte-t-elle aux enquêteurs, elle a à peine noté ses allers et retours entre sa chambre, où il est allé troquer son costume/cravate pour un jogging et un tee-shirt, et la cuisine, où il sert deux coupes de champagne. Ce sera bientôt, note-t-il devant elle, l’anniversaire des dix ans de la mort de Richard Descoings, l’ancien directeur de Sciences Po, ce mentor dont il continue d’admirer la formidable capacité réformatrice et la double vie transgressive. A l’époque, la vie aux côtés de Descoings était si exaltante et infernale que Bigorgne en avait contracté un ulcère. Mais il en a gardé le rythme effréné et ce brio intellectuel qui impressionne Sophie Conrad. Depuis seize mois qu’elle travaille à ses côtés, elle a perçu l’ambition profonde de cet homme qui doute sans cesse et toujours réclame qu’on le rassure.
**« La pièce tournait autour de moi »**
C’est un homme de réseau qui a changé de vie, depuis qu’il dirige ce riche think tank fondé par l’homme d’affaires Claude Bébéar, présidé par Henri de Castries, un ami de François Fillon, et auquel tout le CAC 40 cotise. Autrefois, ce fils d’un proviseur de lycée professionnel et d’une prof d’informatique de Meurthe-et-Moselle habitait en banlieue et venait en métro. Désormais, son salaire de 13 000 euros par mois lui a permis l’achat d’un appartement à Paris et d’une maison à Ars-en-Ré (Charente-Maritime), qu’il a prêtée pour les vacances à Sophie Conrad et ses deux filles.
Toute la journée, il enchaîne les rendez-vous et les colloques. Petits-déjeuners à l’hôtel Bristol avec des membres du gouvernement, rencontres avec des diplomates, déjeuners avec des grands patrons. « Une vie de ministre, en beaucoup mieux payé », se vante-t-il parfois, lui qui avait été nommé en 2018 par le premier ministre, Edouard Philippe, au sein du comité chargé de réfléchir à la réforme de l’Etat. Ses journées n’ont pas d’horaires. Le week-end et le soir, il répond à des dizaines de mails et bombarde chaque jour ses collaborateurs d’innombrables textos – cinquante, cent dans une même journée.
A plusieurs reprises, il a confié à « Souf », comme il appelle son ex-belle-sœur, prendre de la cocaïne pour se « redonner de l’énergie ». Il la commande d’un message sur Signal, un logiciel de messagerie chiffrée, avant qu’on ne la lui livre chez lui, comme le font aujourd’hui les dealers. Depuis le mois de septembre, reconnaîtra-t-il devant les enquêteurs, il en prend « un à deux pochons à 70 euros par semaine ». A deux reprises, les mois précédents, Laurent Bigorgne en a proposé à Sophie Conrad, qui a décliné l’offre. Non seulement parce qu’elle ne prend jamais de drogue, dit-elle, mais aussi parce qu’elle a eu, en janvier 2020, une embolie pulmonaire, ce dont elle l’a informé. Sans doute est-ce pour cela qu’elle s’inquiète tout de suite, ce soir-là, après avoir bu la moitié de sa coupe de champagne, de ce malaise qui la saisit. « Je sentais mon cœur battre très vite. J’avais chaud, la pièce tournait autour de moi », rapporte-t-elle aux policiers.
Alors qu’il continue ses allées et venues dans l’appartement, elle prévient par texto l’une de ses amies. « Je me demande si LB ne m’a pas droguée. Cœur qui bat. Mur qui bouge », attestent les messages qu’elle montre aux enquêteurs. A cette ancienne condisciple de Sciences Po, elle a déjà raconté l’admiration qu’elle éprouve pour son « patron » et aussi cette façon intrusive qu’il a de toujours l’interroger sur sa sexualité. Aussi son interlocutrice s’inquiète-t-elle. Elle appelle elle-même, en vain, Bigorgne et conjure Sophie de partir immédiatement. A la demande de cette dernière, il finit par appeler un taxi pour la raccompagner. Elle montre le texto qu’il lui a envoyé, quelques minutes plus tard : « Pardon, je suis désolé, je me suis dit qu’on parlerait, j’ai tout fait foirer. Je m’en veux que tu partes comme ça. Mille, mille excuses. »
**« Il n’y a pas eu de contacts physiques »**
Aux policiers qui l’interrogent sur une éventuelle agression sexuelle, Sophie Conrad répond : « Il n’y a pas eu de contacts physiques. » A-t-il eu une attitude ambiguë au cours de la soirée ? demandent les enquêteurs : « Je ne pense pas », répond-elle. Ils questionnent encore : « S’est-il déjà montré ambigu dans le passé avec vous ? » Réponse : « J’ai toujours pensé la situation sous contrôle. »
Deux jours plus tard, le 25 février, Laurent Bigorgne, placé en garde à vue, reconnaît les faits. « J’ai bien mis des cristaux de MD [plus connu sous le nom d’ecstasy] dans sa coupe de champagne, mais je précise que cela n’a jamais été à des fins sexuelles », explique-t-il après avoir demandé l’assistance de Jean Veil, cet avocat qui avait déjà défendu Olivier Duhamel. Il affirme qu’il s’agit d’« une drogue festive, qui fait qu’on est bien avec les autres, gentil, bienveillant. On plane et on est ouvert aux autres. On discute ».
**TL;PL :**
> Institut Montaigne est un Think Tank libéral parmi les plus influents de France.
> Très proche d’En Marche et de Emmanuel Macron.
> Recrute un pédocriminel (Duhamel).
> Bigorgne gagne 13 000€ par mois et commande 2 grammes de cocaine par semaine sur Signal.
> Il met de la MDMA dans la coupe de champagne de sa collaboratrice qui est la soeur de son ex-femme et qu’il connaît depuis qu’elle a 11 ans.
> L’enquête est bâclée et le parquet ne retient pas de motivation sexuelle.
Foutez moi ça en cabane.
Haha Little Big Horn enfin rattrapé par la patrouille.
> cristaux d’ecstasy
Putain on en lit des conneries
Il a drogué sa belle-soeur pour la violer mais comme ça a pas fonctionné ça ne fait pas de lui un violeur. Les gars qui mettent des prods dans les verres en soirée lui disent merci.
C’était le débateur « de droite » dans l’émission On arrête pas l’éco de France Inter. Toutes les semaines, il défendait sans sourciller le lobby des possédants, arguant que les revenus du travail étaient trop élevés, et ceux du capital trop taxés. Entre autres.
Karma is a bitch.