Les candidats Macron, Pécresse, Le Pen et Zemmour misent tous sur des baisses d’impôts, alors qu’aucun lien n’existe entre niveau d’imposition et
compétitivité. En revanche, la course au moins-disant fiscal conduit à
s’attaquer à la protection sociale.
Le gouvernement l’a répété sur tous les tons ces derniers mois : le
dynamisme de l’activité réclame de la stabilité fiscale. Dans sa très courte
lettre aux Français, Emmanuel Macron désormais officiellement candidat, a fait
figurer ce refus de toute nouvelle taxe en bonne place. « Il n’y a pas d’indépendance sans force économique », a-t-il écrit : il nous faudra donc « travailler plus » et « poursuivre la baisse des impôts pesant
sur le travail et la production ».
Lors de son premier déplacement de président en campagne, hier à Poissy,
Emmanuel Macron a déclaré vouloir supprimer la redevance télé, « un choix cohérent avec la suppression de la taxe d’habitation ». De son côté, Bruno Le
Maire, le ministre des Finances, continue d’affirmer qu’il faut diminuer les
impôts de production et les impôts sur les successions en ligne indirecte.
A cet égard, les promesses d’un futur gouvernement Macron se distinguent peu
du reste de la droite. Eric Zemmour veut une baisse de 30 milliards d’euros des impôts de production, une baisse des impôts de succession (exonération totale de taxes quand on hérite d’une entreprise, etc.), une baisse des cotisations sociales salariales au niveau du Smic. Ce que souhaite aussi Valérie Pécresse, également partisane de réduire la taxation de l’héritage (transmission défiscalisée tous les 6 ans au lieu de 15 aujourd’hui, etc.). Marine Le Pen exonère totalement d’impôt sur le revenu les jeunes de moins de 30 ans, et d’impôt sur les entreprises s’ils en créent une, baisse l’impôt sur l’héritage des biens immobiliers (mais instaure un impôt sur la fortune financière).
Les politiques de baisse des impôts promettent un gain de compétitivité aux
pays qui les mettent en œuvre. La business school suisse IMD (International Institute for Management Development) calcule depuis plus de vingt ans un indice de compétitivité des économies. Lorsque l’on rapproche leur classement pour 2021 du niveau des recettes fiscales des pays considérés, on s’aperçoit… qu’il n’existe absolument aucun lien entre les deux. On trouve des pays très compétitifs et très peu fiscalisés comme la Suisse et Singapour, tandis que les pays d’Europe du Nord (Suède, Danemark, Norvège) affichent de solides résultats avec une fiscalité forte. On peut beaucoup prélever et être très compétitif, les déterminants sont ailleurs (qualité des infrastructures, des produits, etc.).
On peut alors au moins se dire qu’un niveau élevé d’impôts bride
l’innovation. Les individus et les entreprises, trop taxés, n’ont pas envie
d’innover si le résultat de leur travail part dans les caisses de l’Etat.
L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle publie un classement des économies les plus innovantes que l’on peut rapprocher du niveau des
prélèvements fiscaux. Résultat : là encore, un gros nuage de points, soit
aucune corrélation, et encore moins de causalité, entre les deux variables.
La quadrature du cercle budgétaire
Indéniablement, la France a fait le choix d’un niveau de prélèvements élevé.
Selon le classement de « compétitivité fiscale » de la Tax Foundation américaine, sur les 37 pays classés, la France pointe en 2021 à la 35ème place ! Sa position s’est améliorée entre 2014 et 2021 car elle était alors 37ème sur 37. Le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et autres allègements d’impôts du quinquennat d’Emmanuel Macron n’ont guère fait progresser notre pays dans le classement.
Pour rejoindre les premiers de cordés du classement, il faudrait diminuer le
poids des prélèvements obligatoires d’un peu plus de 13 points de PIB.
C’est-à-dire mettre à plat notre système de protection sociale.
En fait, pour rejoindre les premiers de cordés du classement, il faudrait
diminuer le poids des prélèvements obligatoires d’un peu plus de 13 points de
PIB. C’est-à-dire mettre à plat notre système de protection sociale. Tout en
sachant que les courses vers le bas sont sans fin : on trouvera toujours
d’autres pays pour diminuer leurs prélèvements plus vite, plus loin, ruinant la stratégie adoptée.
Enfin, la course à la baisse des impôts finit par poser un problème budgétaire. L’ensemble de l’échiquier politique français réclame désormais plus d’investissements publics : pour lutter contre le réchauffement
climatique, pour numériser l’économie, renforcer notre système de santé, etc.
Lorsque l’on augmente les investissements et que l’on baisse les impôts, le
déficit budgétaire s’accroît et donc la dette publique, ce que les partisans
des baisses d’impôts voient d’un mauvais œil. Comment sortir de ce
dilemme ?
En réduisant les autres « dépenses publiques », en fait les transferts liés à la protection sociale. Mais cela met les gens dans la rue. En améliorant l’efficacité de la dépense publique ? Cela permettrait sûrement d’économiser quelques milliards, ce qui n’est pas négligeable mais reste très loin d’être un montant suffisant pour maîtriser les déficits. Une quadrature du cercle budgétaire à laquelle les anti-taxes n’apportent pas de réponse crédible.
Christian Chavagneux
>alors qu’aucun lien n’existe entre niveau d’imposition et
compétitivité
Rigole en MBappé.
Ça tient tout à fait la route si l’on veut plus de milliardaires en s’en foutant des pauvres.
> L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle publie un classement des économies les plus innovantes que l’on peut rapprocher du niveau des
prélèvements fiscaux. Résultat : là encore, un gros nuage de points, soit
aucune corrélation, et encore moins de causalité, entre les deux variables.
> Lorsque l’on rapproche leur classement pour 2021 du niveau des recettes fiscales des pays considérés, on s’aperçoit… qu’il n’existe absolument aucun lien entre les deux. On trouve des pays très compétitifs et très peu fiscalisés comme la Suisse et Singapour, tandis que les pays d’Europe du Nord (Suède, Danemark, Norvège) affichent de solides résultats avec une fiscalité forte. On peut beaucoup prélever et être très compétitif, les déterminants sont ailleurs (qualité des infrastructures, des produits, etc.).
Leur modèle annonce lui-même son défaut, les impôts sont une “perte sèche” mais oui, l’effet de cette perte sèche peut être contrebalancé par les effets de la dépense publique.
Donc, ce n’est pas que les déterminants sont ailleurs, le taux d’imposition fait partie d’une somme de déterminants, il n’est pas exclu.
Avec la logique de leur modèle, si je prends comme variable le CA des entreprises en France et comme autre le taux de profit. Je vais aussi trouver 0 corrélation. Mais il ne reste que si tu fixes les autres facteurs, tu as bien un effet du CA sur le taux de profit.
Bref, comme une corrélation de 1 n’est pas forcément significative, une corrélation de 0, c’est la même chose
Avec le hors-série “réussir les SES en terminale” c’est compliqué de prendre la source au sérieux pour être honnête.
Sur le contenu au final on reste sur l’éternel débat assiette de l’impôt vs volumes on avance pas beaucoup sans plus rentrer dans les détails.
Les promesses n’engagent que ceux qui le croient, comm disait Pasqua.
On promet à fond avant l’élection, et on verra après si ça a marché. Ils sont ennuyés désormais tout de même, car il y a toujours des personnes qui viennent tout vérifier et vous mettre devant vos contradictions.
Le bon temps où le mensonge suffisait à se faire élire semble révolu.
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Les candidats Macron, Pécresse, Le Pen et Zemmour misent tous sur des baisses d’impôts, alors qu’aucun lien n’existe entre niveau d’imposition et
compétitivité. En revanche, la course au moins-disant fiscal conduit à
s’attaquer à la protection sociale.
Le gouvernement l’a répété sur tous les tons ces derniers mois : le
dynamisme de l’activité réclame de la stabilité fiscale. Dans sa très courte
lettre aux Français, Emmanuel Macron désormais officiellement candidat, a fait
figurer ce refus de toute nouvelle taxe en bonne place. « Il n’y a pas d’indépendance sans force économique », a-t-il écrit : il nous faudra donc « travailler plus » et « poursuivre la baisse des impôts pesant
sur le travail et la production ».
Lors de son premier déplacement de président en campagne, hier à Poissy,
Emmanuel Macron a déclaré vouloir supprimer la redevance télé, « un choix cohérent avec la suppression de la taxe d’habitation ». De son côté, Bruno Le
Maire, le ministre des Finances, continue d’affirmer qu’il faut diminuer les
impôts de production et les impôts sur les successions en ligne indirecte.
A cet égard, les promesses d’un futur gouvernement Macron se distinguent peu
du reste de la droite. Eric Zemmour veut une baisse de 30 milliards d’euros des impôts de production, une baisse des impôts de succession (exonération totale de taxes quand on hérite d’une entreprise, etc.), une baisse des cotisations sociales salariales au niveau du Smic. Ce que souhaite aussi Valérie Pécresse, également partisane de réduire la taxation de l’héritage (transmission défiscalisée tous les 6 ans au lieu de 15 aujourd’hui, etc.). Marine Le Pen exonère totalement d’impôt sur le revenu les jeunes de moins de 30 ans, et d’impôt sur les entreprises s’ils en créent une, baisse l’impôt sur l’héritage des biens immobiliers (mais instaure un impôt sur la fortune financière).
Les politiques de baisse des impôts promettent un gain de compétitivité aux
pays qui les mettent en œuvre. La business school suisse IMD (International Institute for Management Development) calcule depuis plus de vingt ans un indice de compétitivité des économies. Lorsque l’on rapproche leur classement pour 2021 du niveau des recettes fiscales des pays considérés, on s’aperçoit… qu’il n’existe absolument aucun lien entre les deux. On trouve des pays très compétitifs et très peu fiscalisés comme la Suisse et Singapour, tandis que les pays d’Europe du Nord (Suède, Danemark, Norvège) affichent de solides résultats avec une fiscalité forte. On peut beaucoup prélever et être très compétitif, les déterminants sont ailleurs (qualité des infrastructures, des produits, etc.).
On peut alors au moins se dire qu’un niveau élevé d’impôts bride
l’innovation. Les individus et les entreprises, trop taxés, n’ont pas envie
d’innover si le résultat de leur travail part dans les caisses de l’Etat.
L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle publie un classement des économies les plus innovantes que l’on peut rapprocher du niveau des
prélèvements fiscaux. Résultat : là encore, un gros nuage de points, soit
aucune corrélation, et encore moins de causalité, entre les deux variables.
La quadrature du cercle budgétaire
Indéniablement, la France a fait le choix d’un niveau de prélèvements élevé.
Selon le classement de « compétitivité fiscale » de la Tax Foundation américaine, sur les 37 pays classés, la France pointe en 2021 à la 35ème place ! Sa position s’est améliorée entre 2014 et 2021 car elle était alors 37ème sur 37. Le CICE (Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi) et autres allègements d’impôts du quinquennat d’Emmanuel Macron n’ont guère fait progresser notre pays dans le classement.
Pour rejoindre les premiers de cordés du classement, il faudrait diminuer le
poids des prélèvements obligatoires d’un peu plus de 13 points de PIB.
C’est-à-dire mettre à plat notre système de protection sociale.
En fait, pour rejoindre les premiers de cordés du classement, il faudrait
diminuer le poids des prélèvements obligatoires d’un peu plus de 13 points de
PIB. C’est-à-dire mettre à plat notre système de protection sociale. Tout en
sachant que les courses vers le bas sont sans fin : on trouvera toujours
d’autres pays pour diminuer leurs prélèvements plus vite, plus loin, ruinant la stratégie adoptée.
Enfin, la course à la baisse des impôts finit par poser un problème budgétaire. L’ensemble de l’échiquier politique français réclame désormais plus d’investissements publics : pour lutter contre le réchauffement
climatique, pour numériser l’économie, renforcer notre système de santé, etc.
Lorsque l’on augmente les investissements et que l’on baisse les impôts, le
déficit budgétaire s’accroît et donc la dette publique, ce que les partisans
des baisses d’impôts voient d’un mauvais œil. Comment sortir de ce
dilemme ?
En réduisant les autres « dépenses publiques », en fait les transferts liés à la protection sociale. Mais cela met les gens dans la rue. En améliorant l’efficacité de la dépense publique ? Cela permettrait sûrement d’économiser quelques milliards, ce qui n’est pas négligeable mais reste très loin d’être un montant suffisant pour maîtriser les déficits. Une quadrature du cercle budgétaire à laquelle les anti-taxes n’apportent pas de réponse crédible.
Christian Chavagneux
>alors qu’aucun lien n’existe entre niveau d’imposition et
compétitivité
Rigole en MBappé.
Ça tient tout à fait la route si l’on veut plus de milliardaires en s’en foutant des pauvres.
> L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle publie un classement des économies les plus innovantes que l’on peut rapprocher du niveau des
prélèvements fiscaux. Résultat : là encore, un gros nuage de points, soit
aucune corrélation, et encore moins de causalité, entre les deux variables.
> Lorsque l’on rapproche leur classement pour 2021 du niveau des recettes fiscales des pays considérés, on s’aperçoit… qu’il n’existe absolument aucun lien entre les deux. On trouve des pays très compétitifs et très peu fiscalisés comme la Suisse et Singapour, tandis que les pays d’Europe du Nord (Suède, Danemark, Norvège) affichent de solides résultats avec une fiscalité forte. On peut beaucoup prélever et être très compétitif, les déterminants sont ailleurs (qualité des infrastructures, des produits, etc.).
Leur modèle annonce lui-même son défaut, les impôts sont une “perte sèche” mais oui, l’effet de cette perte sèche peut être contrebalancé par les effets de la dépense publique.
Donc, ce n’est pas que les déterminants sont ailleurs, le taux d’imposition fait partie d’une somme de déterminants, il n’est pas exclu.
Avec la logique de leur modèle, si je prends comme variable le CA des entreprises en France et comme autre le taux de profit. Je vais aussi trouver 0 corrélation. Mais il ne reste que si tu fixes les autres facteurs, tu as bien un effet du CA sur le taux de profit.
Bref, comme une corrélation de 1 n’est pas forcément significative, une corrélation de 0, c’est la même chose
Avec le hors-série “réussir les SES en terminale” c’est compliqué de prendre la source au sérieux pour être honnête.
Sur le contenu au final on reste sur l’éternel débat assiette de l’impôt vs volumes on avance pas beaucoup sans plus rentrer dans les détails.
Les promesses n’engagent que ceux qui le croient, comm disait Pasqua.
On promet à fond avant l’élection, et on verra après si ça a marché. Ils sont ennuyés désormais tout de même, car il y a toujours des personnes qui viennent tout vérifier et vous mettre devant vos contradictions.
Le bon temps où le mensonge suffisait à se faire élire semble révolu.