Malgré la guerre en Ukraine, la filière française maintient ses liens étroits avec le géant russe du nucléaire.
Avec le gaz et les hydrocarbures, l’énergie nucléaire fait partie des rares secteurs échappant encore aux sanctions européennes contre la Russie. Il faut dire que les liens sont très étroits entre les filières de l’atome russe et française. À tel point que, selon nos informations, Rosatom, le géant russe du nucléaire, devrait prendre 20 % du capital de GEAST, le fabricant de la célèbre turbine pour centrales nucléaires Arabelle. EDF détiendrait les 80 % restants. « Tant que les sanctions contre la Russie ne concernent pas le nucléaire, l’arrivée de Rosatom au capital de GEAST reste d’actualité », explique une source gouvernementale. Le nucléaire aurait été exclu des sanctions notamment à la demande la France. Si la situation se dégrade encore en Ukraine, la position tricolore pourrait toutefois être revue.L’électricien français est depuis peu en négociation exclusive avec GE pour racheter cette pépite industrielle basée à Belfort. Le retour d’Arabelle dans le giron français a été célébré par Emmanuel Macron lors d’une visite à Belfort le 10 février. Mais ni le chef de l’État ni le repreneur n’avaient évoqué alors l’arrivée prévue dans un second temps du spécialiste russe de l’atome civil. Le pacte d’actionnaire entre EDF et Rosatom a déjà été validé entre les deux parties.Rosatom a négocié son entrée au capital de GEAST, car c’est un fournisseur stratégique ; le rachat d’Arabelle par EDF pouvait donc lui poser problème. En effet, le français est le concepteur de l’EPR, un réacteur rival direct du VVR de Rosatom sur les marchés internationaux. Or la filiale de GEAST fournit au russe la turbine vapeur géante, l’alternateur et tout « l’îlot conventionnel » de son réacteur. Une joint-venture a même été créée en 2007 entre Alstom, qui possédait alors Arabelle, et Rosatom, pour mieux adapter les éléments fournis par le français au réacteur russe. Celle-ci existe toujours. « Cette coentreprise ne compte pas d’équipe en propre, mais elle permet d’échanger avec beaucoup plus de fluidité », explique une source syndicale, qui précise que GEAST ne compte pas non plus de salariés en Russie.La moitié des ventes réalisée avec le russe Si des sanctions antirusses devaient toucher le nucléaire, il ne serait plus possible pour les industriels français, et GEAST en premier lieu, de fournir Rosatom. Le russe représente environ la moitié du chiffre d’affaires de l’usine terrifortaine. « Ce serait un coup dur, mais pas un coup fatal pour GEAST et ses sous-traitants, évalue une source proche du dossier. Le plan de charge serait problématique pendant trois ou quatre ans, mais on pourrait par exemple accélérer le programme français de 6 EPR annoncé mi-février par le président Macron. » Il faudrait aussi qu’EDF trouve un autre partenaire industriel pour remplacer le russe au capital de GEAST.Par ailleurs, la crainte d’éventuelles sanctions, et donc la perte éventuelle de chiffre d’affaires pour GEAST, pousse EDF à envisager de renégocier le prix de l’entité avec GE, a-t-on appris de sources concordantes. Si le sujet a été évoqué au conseil d’administration d’EDF la semaine dernière, aucune discussion formelle n’a pour l’instant été engagée entre les deux parties à propos de la valorisation de GEAST, évaluée début février à 1,2 milliard de dollars. « Si Rosatom disparaît du tableau, Arabelle n’aura plus la même valeur », souligne un proche du dossier.Un embargo sur l’atome civil pourrait en revanche se révéler fatal pour Rosatom. GEAST construit en ce moment les alternateurs géants pour sa centrale turque d’Akkuyu. Si ceux-ci étaient bloqués en France, le chantier serait stoppé aussi longtemps que dureraient les sanctions. Plus largement, Rosatom ne pourrait plus vendre une seule centrale et perdrait probablement tous ses contrats en cours. Concevoir un autre réacteur avec un autre fournisseur de turbine, chinois par exemple, prendrait des années. « Cela leur ferait très mal », insiste-t-on au sein de l’exécutif. Déjà, la guerre en Ukraine a poussé la Finlande à lancer une réévaluation de son projet de construire avec Rosatom une centrale nucléaire.
Timing parfait, il n’y a pas à dire. Dites, on parle de construire des champions industriels européens. Personne n’est intéressé en Europe ?
4 comments
On va se remplir les poches de roubles ?
Malgré la guerre en Ukraine, la filière française maintient ses liens étroits avec le géant russe du nucléaire.
Avec le gaz et les hydrocarbures, l’énergie nucléaire fait partie des rares secteurs échappant encore aux sanctions européennes contre la Russie. Il faut dire que les liens sont très étroits entre les filières de l’atome russe et française. À tel point que, selon nos informations, Rosatom, le géant russe du nucléaire, devrait prendre 20 % du capital de GEAST, le fabricant de la célèbre turbine pour centrales nucléaires Arabelle. EDF détiendrait les 80 % restants. « Tant que les sanctions contre la Russie ne concernent pas le nucléaire, l’arrivée de Rosatom au capital de GEAST reste d’actualité », explique une source gouvernementale. Le nucléaire aurait été exclu des sanctions notamment à la demande la France. Si la situation se dégrade encore en Ukraine, la position tricolore pourrait toutefois être revue.L’électricien français est depuis peu en négociation exclusive avec GE pour racheter cette pépite industrielle basée à Belfort. Le retour d’Arabelle dans le giron français a été célébré par Emmanuel Macron lors d’une visite à Belfort le 10 février. Mais ni le chef de l’État ni le repreneur n’avaient évoqué alors l’arrivée prévue dans un second temps du spécialiste russe de l’atome civil. Le pacte d’actionnaire entre EDF et Rosatom a déjà été validé entre les deux parties.Rosatom a négocié son entrée au capital de GEAST, car c’est un fournisseur stratégique ; le rachat d’Arabelle par EDF pouvait donc lui poser problème. En effet, le français est le concepteur de l’EPR, un réacteur rival direct du VVR de Rosatom sur les marchés internationaux. Or la filiale de GEAST fournit au russe la turbine vapeur géante, l’alternateur et tout « l’îlot conventionnel » de son réacteur. Une joint-venture a même été créée en 2007 entre Alstom, qui possédait alors Arabelle, et Rosatom, pour mieux adapter les éléments fournis par le français au réacteur russe. Celle-ci existe toujours. « Cette coentreprise ne compte pas d’équipe en propre, mais elle permet d’échanger avec beaucoup plus de fluidité », explique une source syndicale, qui précise que GEAST ne compte pas non plus de salariés en Russie.La moitié des ventes réalisée avec le russe Si des sanctions antirusses devaient toucher le nucléaire, il ne serait plus possible pour les industriels français, et GEAST en premier lieu, de fournir Rosatom. Le russe représente environ la moitié du chiffre d’affaires de l’usine terrifortaine. « Ce serait un coup dur, mais pas un coup fatal pour GEAST et ses sous-traitants, évalue une source proche du dossier. Le plan de charge serait problématique pendant trois ou quatre ans, mais on pourrait par exemple accélérer le programme français de 6 EPR annoncé mi-février par le président Macron. » Il faudrait aussi qu’EDF trouve un autre partenaire industriel pour remplacer le russe au capital de GEAST.Par ailleurs, la crainte d’éventuelles sanctions, et donc la perte éventuelle de chiffre d’affaires pour GEAST, pousse EDF à envisager de renégocier le prix de l’entité avec GE, a-t-on appris de sources concordantes. Si le sujet a été évoqué au conseil d’administration d’EDF la semaine dernière, aucune discussion formelle n’a pour l’instant été engagée entre les deux parties à propos de la valorisation de GEAST, évaluée début février à 1,2 milliard de dollars. « Si Rosatom disparaît du tableau, Arabelle n’aura plus la même valeur », souligne un proche du dossier.Un embargo sur l’atome civil pourrait en revanche se révéler fatal pour Rosatom. GEAST construit en ce moment les alternateurs géants pour sa centrale turque d’Akkuyu. Si ceux-ci étaient bloqués en France, le chantier serait stoppé aussi longtemps que dureraient les sanctions. Plus largement, Rosatom ne pourrait plus vendre une seule centrale et perdrait probablement tous ses contrats en cours. Concevoir un autre réacteur avec un autre fournisseur de turbine, chinois par exemple, prendrait des années. « Cela leur ferait très mal », insiste-t-on au sein de l’exécutif. Déjà, la guerre en Ukraine a poussé la Finlande à lancer une réévaluation de son projet de construire avec Rosatom une centrale nucléaire.
Timing parfait, il n’y a pas à dire. Dites, on parle de construire des champions industriels européens. Personne n’est intéressé en Europe ?
Et dire qu’on parle d’embargo