Un arrêt des importations des hydrocarbures russes, dont les ventes financent la guerre de Moscou, fait craindre au candidat de La France insoumise une forte hausse des prix de l’énergie.
Les liaisons devenues dangereuses entre la France et la Russie en matière d’énergie continuent d’occuper la campagne présidentielle, et ses candidats. Elles opposent notamment Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, qui ont joué, samedi 12 mars, un nouvel épisode de leurs divergences sur le sujet.
Interrogé lors d’un point de presse en marge de la marche pour le climat organisée à Paris, le candidat de La France insoumise à l’Elysée a estimé que « l’embargo sur le gaz russe, ce serait une aberration ». « Les seuls qui seraient frappés par ça, c’est nous », a-t-il ajouté, qualifiant de « mignonne » l’idée selon laquelle priver Moscou de ses recettes liées aux hydrocarbures compliquerait le financement de la guerre en Ukraine.
« Pourquoi Total devrait-il se retirer ? »
Et d’imaginer ce qui se passerait si un tel embargo était mis en œuvre :
Les prix explosent, les Français paient. Pourquoi, s’il vous plaît, pourquoi ferions-nous ça ? Pourquoi Total devrait-il se retirer de Russie ? Je trouve assez facile d’aller dire « on peut grelotter à la maison, c’est mieux que de trembler devant les Russes ». Ce sont les gens qui n’ont jamais grelotté de leur vie qui parlent comme ça.
Cette dernière invective pouvait viser le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, qui avait appelé les Français à faire un « effort » sur leur consommation d’énergie, le 7 mars sur BFM-TV. Elle pouvait aussi s’adresser à l’écoféministe Sandrine Rousseau, ancienne membre de l’équipe de campagne de Yannick Jadot, qui avait jugé possible, le 9 mars sur RMC, de se passer du gaz russe à la condition de baisser le chauffage de deux degrés dans les logements des Français.
Un peu plus tôt, le candidat écologiste, invité du « 13 heures » de France 2, avait dit à peu près tout le contraire de son rival « insoumis ». Le « seul moyen de pression » sur Vladimir Poutine, selon lui, est bien d’« arrêter d’importer du gaz et du pétrole [de Russie], d’organiser cet embargo » alors que « ce sont 700 millions de dollars qui alimentent chaque jour l’armée russe, qui alimentent chaque jour les crimes en Ukraine ».
Pour compenser une telle coupure des approvisionnements, « on s’organise, on en fait un incroyable projet de société », a soutenu M. Jadot, qui veut des panneaux photovoltaïques « sur tous les toits des supermarchés, sur les toits des écoles, sur tous les toits plats », et « aider les Français à changer de chaudière pour ne plus dépendre du gaz ou du fioul ». Alors nous verrons, selon lui, que « l’écologie, c’est à la fois la paix, le climat et le pouvoir d’achat ».
« Profiteurs de guerre »
C’est bien sous l’angle du pouvoir d’achat que Marine Le Pen a abordé la question, à l’occasion de son déplacement dans le Nord, samedi. La candidate du Rassemblement national n’a pas mentionné les sanctions contre Moscou, préférant viser les « profiteurs de guerre » qui, selon elle, gagnent de l’argent sur la hausse des cours.
« Les pétroliers en profitent un peu pour se faire des marges, ça ne va pas être possible », a-t-elle affirmé sur le marché de Dunkerque, où elle a multiplié les selfies. « Quand je vois le gazole augmenter de 70 centimes en l’espace de quelques jours alors même qu’on sait que les prix sont répercutés en général sur un mois, je me dis qu’il y a des comportements suspects », a développé la candidate.
Elle a donc demandé que le gouvernement confie une enquête à la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes « pour vérifier dans quelles conditions on voit s’envoler les prix du carburant à la pompe ».
Marine Le Pen propose depuis l’automne une baisse de la TVA sur le gaz, l’électricité et les carburants. Face à la nouvelle flambée des prix, elle a demandé une annulation des hausses de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques décidées entre 2015 et 2018, qu’elle entend compenser en « taxant » les pétroliers. Vendredi à Bouchain, elle a aussi suggéré de supprimer la TVA sur les prix d’une centaine de produits de première nécessité.
”Faisons des articles pour séparer un peu plus les candidats de gauche, histoire que Jadot ne se retire pas pour mettre Mélenchon au 2eme tour”
On est d’accord que baisser le chauffage en période Covid, plus arrêt des masques, c’est pas une super idée ?
Intéressant de voir la ligne de fracture qui au fond n’a rien à voir avec la guerre. D’un coté Jadot qui utilise l’argument de l’épouvantail de la Russie pour pousser un agenda énergétique un peu irréaliste et d’un autre, Mélenchon qui tranche en faveur du pouvoir d’achat contre l’écologie, avec un peu plus de réalisme, mais moins d’ambition. Des mauvaises langues pourraient lui prêter d’être encore une fois du coté de Moscou.
Je me serais attendu à ce qu’ils sautent tous les deux à pied joint dans la même direction: “Cette situation illustre une fois de plus qu’on doit sortir des hydrocarbures, tout court et la dépendance à la Russie est secondaire”.
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Un arrêt des importations des hydrocarbures russes, dont les ventes financent la guerre de Moscou, fait craindre au candidat de La France insoumise une forte hausse des prix de l’énergie.
Les liaisons devenues dangereuses entre la France et la Russie en matière d’énergie continuent d’occuper la campagne présidentielle, et ses candidats. Elles opposent notamment Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, qui ont joué, samedi 12 mars, un nouvel épisode de leurs divergences sur le sujet.
Interrogé lors d’un point de presse en marge de la marche pour le climat organisée à Paris, le candidat de La France insoumise à l’Elysée a estimé que « l’embargo sur le gaz russe, ce serait une aberration ». « Les seuls qui seraient frappés par ça, c’est nous », a-t-il ajouté, qualifiant de « mignonne » l’idée selon laquelle priver Moscou de ses recettes liées aux hydrocarbures compliquerait le financement de la guerre en Ukraine.
« Pourquoi Total devrait-il se retirer ? »
Et d’imaginer ce qui se passerait si un tel embargo était mis en œuvre :
Les prix explosent, les Français paient. Pourquoi, s’il vous plaît, pourquoi ferions-nous ça ? Pourquoi Total devrait-il se retirer de Russie ? Je trouve assez facile d’aller dire « on peut grelotter à la maison, c’est mieux que de trembler devant les Russes ». Ce sont les gens qui n’ont jamais grelotté de leur vie qui parlent comme ça.
Cette dernière invective pouvait viser le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, qui avait appelé les Français à faire un « effort » sur leur consommation d’énergie, le 7 mars sur BFM-TV. Elle pouvait aussi s’adresser à l’écoféministe Sandrine Rousseau, ancienne membre de l’équipe de campagne de Yannick Jadot, qui avait jugé possible, le 9 mars sur RMC, de se passer du gaz russe à la condition de baisser le chauffage de deux degrés dans les logements des Français.
Un peu plus tôt, le candidat écologiste, invité du « 13 heures » de France 2, avait dit à peu près tout le contraire de son rival « insoumis ». Le « seul moyen de pression » sur Vladimir Poutine, selon lui, est bien d’« arrêter d’importer du gaz et du pétrole [de Russie], d’organiser cet embargo » alors que « ce sont 700 millions de dollars qui alimentent chaque jour l’armée russe, qui alimentent chaque jour les crimes en Ukraine ».
Pour compenser une telle coupure des approvisionnements, « on s’organise, on en fait un incroyable projet de société », a soutenu M. Jadot, qui veut des panneaux photovoltaïques « sur tous les toits des supermarchés, sur les toits des écoles, sur tous les toits plats », et « aider les Français à changer de chaudière pour ne plus dépendre du gaz ou du fioul ». Alors nous verrons, selon lui, que « l’écologie, c’est à la fois la paix, le climat et le pouvoir d’achat ».
« Profiteurs de guerre »
C’est bien sous l’angle du pouvoir d’achat que Marine Le Pen a abordé la question, à l’occasion de son déplacement dans le Nord, samedi. La candidate du Rassemblement national n’a pas mentionné les sanctions contre Moscou, préférant viser les « profiteurs de guerre » qui, selon elle, gagnent de l’argent sur la hausse des cours.
« Les pétroliers en profitent un peu pour se faire des marges, ça ne va pas être possible », a-t-elle affirmé sur le marché de Dunkerque, où elle a multiplié les selfies. « Quand je vois le gazole augmenter de 70 centimes en l’espace de quelques jours alors même qu’on sait que les prix sont répercutés en général sur un mois, je me dis qu’il y a des comportements suspects », a développé la candidate.
Elle a donc demandé que le gouvernement confie une enquête à la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes « pour vérifier dans quelles conditions on voit s’envoler les prix du carburant à la pompe ».
Marine Le Pen propose depuis l’automne une baisse de la TVA sur le gaz, l’électricité et les carburants. Face à la nouvelle flambée des prix, elle a demandé une annulation des hausses de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques décidées entre 2015 et 2018, qu’elle entend compenser en « taxant » les pétroliers. Vendredi à Bouchain, elle a aussi suggéré de supprimer la TVA sur les prix d’une centaine de produits de première nécessité.
”Faisons des articles pour séparer un peu plus les candidats de gauche, histoire que Jadot ne se retire pas pour mettre Mélenchon au 2eme tour”
On est d’accord que baisser le chauffage en période Covid, plus arrêt des masques, c’est pas une super idée ?
Intéressant de voir la ligne de fracture qui au fond n’a rien à voir avec la guerre. D’un coté Jadot qui utilise l’argument de l’épouvantail de la Russie pour pousser un agenda énergétique un peu irréaliste et d’un autre, Mélenchon qui tranche en faveur du pouvoir d’achat contre l’écologie, avec un peu plus de réalisme, mais moins d’ambition. Des mauvaises langues pourraient lui prêter d’être encore une fois du coté de Moscou.
Je me serais attendu à ce qu’ils sautent tous les deux à pied joint dans la même direction: “Cette situation illustre une fois de plus qu’on doit sortir des hydrocarbures, tout court et la dépendance à la Russie est secondaire”.