L’autrice de bande dessinée Patricia Lyfoung est morte mercredi 15 janvier à l’âge de 47 ans, a annoncé son éditeur, Delcourt, sans préciser les causes de sa disparition. Française d’origine laotienne, elle était connue pour son style mélangeant les influences européennes et japonaises dans les séries La Rose écarlate et Les Mythics.
« Le groupe Delcourt a appris avec une profonde tristesse la disparition de Patricia Lyfoung survenue ce jour, 15 janvier, à l’âge de 47 ans », annonce le communiqué que Le Monde a pu consulter. Son éditeur a salué « une artiste d’exception, dotée d’un talent rare pour raconter des histoires qui transcendent les âges et les cultures ».
Deuxième fille d’une famille de huit enfants appartenant au groupe ethnique des Hmong du Laos, Patricia Lyfoung a grandi dans une cité de Villeneuve-la-Garenne, l’un des secteurs « les plus pauvres des Hauts-de-Seine », racontait-elle au Monde en février 2024.
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Initiée à la culture visuelle par les dessins animés diffusés à la télévision dans « Le Club Dorothée », l’autrice de 47 ans fut l’une des premières bédéistes françaises à revendiquer ouvertement une influence du manga à une époque où ce registre n’était que peu plébiscité dans le marché hexagonal. Une passion pour la bande dessinée qu’elle a d’abord embrassée en évoluant dans des cercles de fanzines et de manga amateur au tournant des années 2000.
Influences franco-belges
Formée à la prestigieuse école des Gobelins, elle revendiquait un mélange d’influences allant de Sambre (Glénat) d’Yslaire aux mangas de Rumiko Takahashi (Ranma 1/2, Maison Ikkoku, Delcourt) en passant par les séries de Hiromu Arakawa (Fullmetal Alchemist, Kurokawa) et de Riyoko Ikeda (La Rose de Versailles, Kana). « Sa capacité à mêler influences franco-belges et mangas a participé à faire évoluer les codes de la bande dessinée contemporaine et ouvert la voie à une nouvelle génération d’auteurs », selon sa maison d’édition.
C’est aussi elle qui, au début des années 2000, va contribuer à forger l’imagination de jeunes téléspectateurs en contribuant au character design des personnages de populaires dessins animés comme Totally Spies ! et Martin Mystère, avant de se consacrer à la série qui va la rendre célèbre, La Rose écarlate, dont le vingt et unième tome est paru en novembre 2024 aux éditions Delcourt.
Cette série combinant un format franco-belge à un style graphique très inspiré du manga conte la destinée de Maud de La Roche, une jeune aristocrate qui décide de devenir une justicière masquée pour venger la mort de son père. Une sorte de Robin des bois au féminin née aussi d’« une certaine colère », celle de ne pas voir, quand Patricia était jeune, de BD pour filles dans les rayons, dont les aventures ont dépassé, en 2015, 1,2 million d’exemplaires vendus en langue française.
Patricia Lyfoung avait également soudé en deux décennies une grande communauté de fans qu’elle aimait rencontrer lors de salons et de conventions. Plus récemment, l’autrice scénarisait également aux côtés de son mari, Philippe Ogaki, et de Patrick Sobral la série Les Mythics (Delcourt) centrée autour d’adolscents détenant des superpouvoirs à travers le monde.