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"On assiste à un choc des censures entre l'Europe et les États-Unis"
EEurope

On assiste à un choc des censures entre l’Europe et les États-Unis

  • 2025-01-15

Maître de conférences en arts de la scène à l’Université Paris Cité, Isabelle Barbéris, autrice de « Censures silencieuses » (PUF), analyse les différentes formes prises par la censure aujourd’hui. Elle distingue une conception verticale et normative, ancrée dans la culture européenne, d’une censure nord-américaine plus libertaire. La transformation des rapports de force géopolitiques risque, selon elle, de mener à un « choc des censures ».

La compréhension des enjeux liés à la censure et à la liberté d’expression implique d’embrasser une diversité de facteurs, historiques, juridiques, culturels, économiques, qui n’autorisent aucun diagnostic simpliste. Ce qui semble certain, c’est que la rupture du contrat social en Europe a fait voler en éclat le consensus politique forgé autour de ces notions depuis une quarantaine d’années. S’y ajoute un choc des « cultures de la censure », qui engendre bien des confusions.

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Dans l’histoire pluriséculaire des démocraties occidentales, liberté d’expression et censure ont connu des configurations très variables, qui oscillent toutefois entre deux pôles parfaitement stables et identifiables : l’un favorisant un corpus de valeurs individualistes et libertaires ; l’autre cultivant des principes égalitaristes et normatifs. De chacune de ces conceptions découlent non seulement un corpus juridique, mais surtout deux visions de la sphère expressive totalement différentes.

La conception normative et son écueil illibéral

Le pôle normatif est le plus solidement ancré dans la culture politique européenne, et se manifeste par une conception régulationniste de la liberté d’expression, qui entretient un lien historique avec la légitimation de la censure d’État. La tolérance à l’égard de la censure revêt non seulement une dimension légitimiste, mais aussi révolutionnaire.

En France, la Révolution française se manifesta à travers l’exercice d’un pouvoir de censure bourgeois dirigé contre les élites aristocratiques et cléricales – si bien que, on le voit en ce moment dans ce qui se joue à l’Assemblée nationale, la censure revêt toujours, hexagonalement, une dimension symbolique insurrectionnelle – que cultive volontiers la gauche culturelle, en arborant la posture du « bon censeur ». Le fétichisme de la geste révolutionnaire explique en partie que la gauche radicale et ses académo-militants n’aient de cesse de soigner leur posture de « bon censeur ».

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L’Europe est ainsi bien plus tolérante à la censure que son ancienne colonie nord-américaine, qui en prendra le contrepied. La censure normative est, dans tous les cas, totalement silencieuse et a priori.

Elle a connu un développement accéléré ces trente dernières années, en lien avec la perte d’influence des États-nations, au profit d’institutions décentralisées d’une part, mais aussi des marchés, qui édictent leurs propres règles et interdits. Il existe désormais un maquis normatif d’autorités, parfois concurrentes, exerçant chacune son pouvoir de censure diffuse.

Une telle redistribution du pouvoir vertical de censure est théoriquement censée renforcer le jeu des contrepouvoirs, indispensable à la limitation du pouvoir de censure d’État. Mais elle parvient à un point où elle produit son effet inverse, de délégitimation. Car pour se prétendre légitime, la censure normative doit représenter la convergence de valeurs communes et raisonnables. L’atrophie et la perte de sens du contrat social transforment ainsi la démocratie en nomocratie, en royaume de normes absurdes.

L’impression qui s’en dégage est que le pouvoir de censure serait désormais usurpé par une caste n’agissant plus qu’en vue de la conservation de ses intérêts propres ; que la censure se serait retournée contre le peuple et l’expression populaire. Bref, qu’elle corsèterait l’expression du débat public. Elle est ressentie comme une censure du peuple, et non plus comme une censure au nom du peuple. L’écueil de la conception européenne, c’est donc l’illibéralisme, autrement dit une forme d’autoritarisme qui soustrait au peuple ses moyens d’expression, et vide l’espace politique au profit de la nomocratie : la gouvernance normative.

La conception libertaire : puritanisme, privatisation

Deuxième configuration : celle, nord-américaine, qui repose sur une conception inverse, ultralibérale, de la liberté d’expression, héritière de l’Acte d’indépendance. Quand le curseur de valeur fondamentale se situe plus du côté de la liberté que de l’égalité, la censure fait très nettement figure de contre-valeur.

Aux États-Unis, cette absolue liberté est toutefois compensée par la moralisation, parfois extrême, du débat public, autrement dit une forme de contrôle social exercé par les valeurs puritaines et la peur de la mort sociale. Plus la censure normative s’efface, plus se met en place un contrepouvoir culturel reposant sur la contre-culture puritaine, dont les excès peuvent aller très loin.

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Tandis qu’en Europe, on tente toujours et encore de légitimer la censure, aux États-Unis, c’est la liberté d’expression qui se situe en haut de la hiérarchie des normes. Les guerres culturelles se mènent ainsi différemment, quand ce n’est pas à front renversé : par exemple, le concept d’appropriation culturelle, qui légitime certaines nouvelles formes de censure, est d’inspiration nord-américaine. Il s’agit d’une forme de censure qui découle de la privatisation des représentations culturelles et non de la généralisation d’une norme.

La conception libertaire tend bien à privatiser la liberté d’expression, et à mettre en concurrence les sphères expressives. La conception normative va au contraire généraliser et collectiviser les règles. Les écueils de la conception ultralibérale consistent donc en une privatisation sans fin de la liberté d’expression (ce contre quoi met en garde le juriste nord-américain Alan Dershowitz), notamment par le jeu de la privatisation des médias. À terme, cette pente laisse toute latitude au renforcement du relativisme (« post-vérité ») et favorise l’expression du plus fort et du plus riche sur l’expression populaire.

Censure contre censure

Absolutisation des normes, et culture de la censure « insurrectionnelle » d’un côté ; de l’autre, sacralisation de la liberté individuelle et privatisation de la censure par des lobbys, des institutions ou des groupements d’intérêt : la ligne de démarcation juridique et culturelle n’est pourtant plus du tout claire, et se prête à un mélange des genres dans un contexte de globalisation accélérée.

C’est sans doute l’une des raisons du caractère explosif des enjeux actuels de censure et de liberté d’expression : la conflagration de deux visions du monde, dans laquelle se rejoue une sorte de « guerre d’indépendance ». Les guerres culturelles ont depuis longtemps atteint le Vieux Continent et transformé la sphère culturelle en champ de bataille identitaire.

Les attaques d’Elon Musk contre les systèmes de gouvernances européens relèvent quant à elle d’une revanche des « libertaires » contre les « normatifs », après que ces derniers avaient, par le puissant jeu des lobbys et des tractations entre sphère politique et marchande (par exemple, entre les gouvernements démocrates et la Silicon Valley), gagné du terrain. La vision libertaire fait irruption dans un paysage européen souffrant de contention de l’expression populaire.

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Il semble donc que la convergence des populismes européens et des libertariens du continent américain soit inévitable. Une telle issue, dans laquelle certains voient une forme de revitalisation démocratique, dissimule mal, cependant, les dangers d’un basculement dans le culte du « free speech » : une conception ultralibérale de la liberté d’expression qui finit toujours par profiter au plus fort.

Inversement, le désamour des peuples européens pour la vieille tradition régulationniste provient de la délégitimation des procédures démocratiques et de ses protocoles de modération. Elle fait ressurgir la vieille culture de la censure insurrectionnelle et égalitariste pour qui le régicide représente la censure ultime.

Il est difficile de se préfigurer l’issue de ce « choc des censures » qui se présente d’ores et déjà comme un rapport de force géopolitique. Il apparaît comme certain que, dans ce rapport de force, la nouvelle gouvernance nord-américaine a décidé d’accabler le Vieux Continent en lui faisant tenir le rôle infamant du censeur, cela pour mieux faire avancer sa doctrine basée sur la dérégulation. Reste que la défense européenne des démocraties normatives est totalement inaudible du fait de la dévastation de la sphère politique opérée par les guerres culturelles, et de la délégitimation de tous les discours autorisés.

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