l’essentiel
Ce jeudi, Israël a bombardé la bande de Gaza et accusé le Hamas de reculer sur l’accord de cessez-le-feu annoncé la veille pour mettre fin à 15 mois de guerre. Ce dernier a averti que toute “agression” mettrait les otages en danger. Cette trêve doit encore être approuvée par le gouvernement israélien. L’analyse de Charles Enderlin*, correspondant de France 2 à Jérusalem de 1981 à 2015 et auteur de plusieurs livres et documentaires sur le conflit israélo-palestinien.
Que pensez-vous de cet accord et des zones d’incertitude qui semblent l’entourer ?
C’est la première fois qu’on peut effectivement parler d’une lueur d’espoir, grâce à l’intervention de l’émissaire de Donald Trump au Proche-Orient. Il a débarqué la semaine dernière au Qatar où l’équipe envoyée par Joe Biden et les Égyptiens négociaient avec le Hamas et les médiateurs qataris puis à Jérusalem, samedi, en plein shabbat, et il a tordu le bras du Premier ministre israélien. À partir de là, les choses sont allées très vite. Le Hamas n’a pas tellement bougé sur ses positions, Benjamin Netanyahou, oui, car il semblerait qu’à l’instar d’autres dirigeants, il craigne Trump. Le cessez-le-feu doit donc débuter dimanche. D’ici là le gouvernement israélien devrait approuver l’accord. Le Premier ministre est persuadé qu’il aura une majorité.
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Malgré les ministres et les députés de l’extrême droite religieuse qui veulent poursuivre la guerre et recoloniser Gaza ?
Pour eux, c’est une immense déception, effectivement. Ils espéraient un accord de Donald Trump pour annexer une partie du nord de la bande de Gaza et y reconstruire des colonies. Or cela va être absolument impossible parce que selon ce cessez-le-feu, près d’un million de Gazaouis vont revenir chez eux ce qui empêchera toute implantation. L’ultra droite religieuse israélienne a d’ailleurs commencé à manifester dès mercredi soir.

Charles Enderlin
Editions Albin Michel – Philippe Lissac
Peut-elle torpiller ce cessez-le-feu ?
Politiquement, ils n’ont pas de majorité, a priori. Le gouvernement de Netanyahou sera affaibli, c’est certain, et lui-même essaye d’expliquer à la droite, l’extrême droite et aux religieux messianiques que la guerre pourra reprendre, que le Hamas fera tomber l’accord à un moment ou à un autre. Donc, il tente de les rassurer pour essayer de garder dans son gouvernement ceux qui menacent d’en démissionner. Mais ce que retient l’opinion, c’est qu’aujourd’hui, un processus débute avec de réelles chances de réussite : la libération de 33 otages sur 42 jours. Dès dimanche, trois femmes israéliennes doivent être libérées et à terme plus d’un millier de Palestiniens détenus en Israël. Cela dit, le danger de provocations est aussi possible à Gaza. Le Hamas parviendra-t-il à tenir tous ses hommes et les organisations les plus djihadistes, sachant qu’on parle aussi d’éléments de Daesh à Gaza ? Le torpillage peut aussi venir de là.
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Gaza, Liban, Syrie… Benjamin Netanyahou a peut-être choisi aussi la guerre pour échapper à la justice. Cette trêve ne sera pas synonyme de paix ?
Le procès de Netanyahou est loin d’être terminé. Rien n’indique donc qu’on ait un jugement dans un avenir prévisible et il a aussi poursuivi la guerre parce qu’il était poussé par son ultra-droite religieuse dont il est proche sur certains points. Mais à mon avis, s’il a fait une concession idéologique majeure en acceptant ce cessez-le-feu, c’est qu’il n’a aucune certitude, non plus, de pouvoir relancer les combats à Gaza. La population israélienne est fatiguée, des centaines de milliers d’Israéliens ont effectué des périodes de réserves militaires de 100, 200, voire 300 jours, quittant famille, emploi, travail, tout cela sur fond de crise économique. Régulièrement des soldats tombent au combat et le conflit n’a pas éradiqué le Hamas dont l’objectif reste la destruction d’Israël.
De fait, le Hamas a fêté cette trêve comme une victoire…
Il allait le faire de toute manière. Maintenant, il faut quand même dire que pour la population de Gaza qui n’ose pas s’exprimer ouvertement, son départ serait un soulagement. Les Palestiniens n’en peuvent plus, non plus. C’est une souffrance indescriptible, des pertes humaines énormes et une terrible crise humanitaire à Gaza.
Quel est l’état d’esprit par rapport aux otages, aujourd’hui, en Israël ?
D’abord, une satisfaction : des otages vont enfin être libérés. Mais aussi une grande crainte. Ils sont 95 et on ne sait pas exactement qui est vivant ou mort. Lorsque les 33 seront libérés, que se passera-t-il avec tous les autres ? Des familles d’otages qui ne sont pas sur la liste des libérables ont d’ailleurs commencé à manifester pour réclamer un accord global immédiat : tous les otages contre tous les prisonniers Palestiniens, tout de suite.
*Retrouvez la série documentaire “Israël-Palestine : l’impossible coexistence ?” de Charles Enderlin sur france.tv.
Son livre “Le Grand Aveuglement” (2024) est disponible chez Albin Michel.