Publié20. janvier 2025, 19:07
Recherche: Des milliards de tonnes de CO2 bientôt stockées dans du béton?
Des chercheurs de l’Empa sont en train de mettre au point une méthode prometteuse pour éliminer de l’atmosphère le CO2 excédentaire d’origine humaine.

Le béton pourrait stocker des quantités importantes de CO2 si les granulats conventionnels étaient remplacés, par exemple, par des pellets de biocharbon (en noir).
Empa
L’idée est assez folle: capter l’excès de CO2 de l’atmosphère pour le stocker dans des matériaux de construction comme le béton et ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre. Une idée baptisée «mine atmosphérique» sur laquelle travaillent les chercheurs du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa) depuis 2023. Et dont on commence à entrevoir l’énorme potentiel.
Car pour réduire la concentration de CO2 au niveau de 1988 (c’est le niveau visé), il faudrait, selon les estimations, éliminer 400 milliards de tonnes de carbone, soit 1500 milliards de tonnes de CO2. Mission impossible? Pas pour les scientifiques suisses. Selon eux, cinq à dix milliards de tonnes de carbone pourraient être utilisées chaque année sous forme de granulats de béton, ont-ils calculé. Ce qui suffirait à stocker durablement l’excès de CO2 d’ici à 2150 et le ramener ainsi à un niveau acceptable, selon l’Empa.
Le béton idéal pour le stockage
Comment ça marche? Le CO2 est d’abord converti en produits chimiques de base tels que le méthane ou le méthanol. Ceux-ci sont ensuite traités pour remplacer les matériaux de construction et les produits pétrochimiques conventionnels. À la fin de leur cycle de vie, ces matériaux riches en carbone sont stockés dans des décharges spéciales pour lier le carbone de manière permanente. «Le béton semble prédestiné au stockage à long terme, car il peut absorber d’énormes quantités», explique Pietro Lura, chef du département béton et asphalte de l’Empa.
Mais la clé résidera dans la production de carbure de silicium, qui peut être utilisé comme charge dans les matériaux de construction. «Le carbure de silicium offre d’énormes avantages, car il lie le carbone pratiquement pour toujours et possède d’excellentes propriétés mécaniques. Cependant, la production est extrêmement gourmande en énergie et représente l’un des plus grands défis, tant en termes de rentabilité que de mise en œuvre durable», conclut Pietro Lura.
À noter que les SIG à Genève sont déjà en train de tester un système permettant de capter le CO2, de le liquéfier et de l’injecter dans des gravats. Un projet pilote qui permettra d’éviter annuellement les émissions de 1500 tonnes de dioxyde de carbone. Ce système inédit en Suisse romande est testé à la station de biogaz de la Station d’épuration (STEP) d’Aïre. Les granulats peuvent être utilisés pour la fabrication de béton recyclé ou dans la construction de routes. Un bilan sera effectué au terme du projet pilote qui dure trois ans.
