Abandonner le navire ou résister. C’est un peu la question majeure qui taraude les utilisateurs et utilisatrices de X, ces dernières semaines. Le phénomène s’est largement amplifié avec la réélection de Donald Trump le 6 novembre à la présidence des États-Unis.

Résultat: journalistes, politiques, dirigeants, d’ordinaire particulièrement friands du réseau, anciennement Twitter, le délaissent peu à peu. Les raisons? La désinformation, le manque de modération, le nouveau système de certification, l’algorithme et le nouveau visage du réseau avec sa version payante y sont vivement critiqués. Autant de changements introduits depuis le rachat de la plateforme, en octobre 2022, par le milliardaire Elon Musk. Avec la nomination de ce dernier à la tête du département de l’efficacité gouvernementale au sein de l’administration Trump, X est considéré par de plus en plus d’internautes comme un bastion de l’extrême droite qui surfe sur la haine en relayant de nombreux contenus à caractère raciste.

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Dudelange quitte X

Côté luxembourgeois, certaines institutions affirment avoir renoncé à X. La Ville de Dudelange est la dernière en date, et a tout bonnement supprimé son compte il y a quelques jours. «La ville ne souhaite plus soutenir la stratégie de ce réseau social», peut-on lire sur le site de la commune. «Depuis plus d’un an déjà, nous n’avons plus communiqué sur cette plateforme afin d’observer le développement de X sous la direction de son nouveau patron. Nous voulons à présent nous distancer clairement des pratiques de X.»

Cessez également de consacrer votre temps, votre énergie et vos données à une plateforme de plus en plus toxique, peuplée de trolls et de pom-pom girls de Musk/Trump.

Franz Fayot

député LSAP

Certains critiquent mais hésitent. Le député Franz Fayot (LSAP) a évoqué dans un thread l’aspect problématique du réseau. «X est devenu l’outil de son propriétaire milliardaire Elon Musk pour renverser des gouvernements progressistes démocratiquement élus et les remplacer par des partis d’extrême droite xénophobes, négationnistes et libertaires», observait ainsi l’ancien ministre de l’Économie le 9 janvier dernier.

Malgré ses observations particulièrement négatives sur le réseau d’Elon Musk, Franz Fayot estime que c’est aussi du devoir du politique de rester pour «combattre les attaques, même en terrain hostile».

«En tant que député d’une petite démocratie européenne qui fonctionne, j’ai le devoir de faire ma part pour combattre les attaques violentes contre nos démocraties, nos valeurs de solidarité, de liberté et de droits de l’homme» a-t-il encore détaillé sur X.

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Franz Fayot a ponctué son récit en faisant la promotion de son compte Bluesky, la dernière alternative à la mode en matière de micro-blogging, comme le sont aussi Mastodon ou Threads, lancé par le groupe Meta.

La question divise les politiques

Du côté du ministère d’État, aucun plan direct n’a été défini pour quitter la plateforme. «Les médias sociaux sont devenus un autre moyen de communication important pour les chefs d’État et de gouvernement, et le Premier ministre les utilise également à ces fins», a expliqué la communication du gouvernement luxembourgeois.

Le Premier ministre, Luc Frieden (CSV), est d’avis que «les médias sociaux ne sont qu’une partie de stratégie de communication et ils ne peuvent pas remplacer les moyens de communication traditionnels. Une démocratie bien fonctionnelle repose sur un échange d’idées et d’opinions qui se caractérise par un Parlement fort et une presse libre». Le Premier ministre s’illustre également sur Instagram, Facebook et LinkedIn.

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Pour la députée européenne Tilly Metz (déi gréng), la décision a été plus radicale. Elle a choisi de ne plus utiliser la plateforme X dès le 19 novembre, supprimant son compte pour privilégier Bluesky et Threads. Elle avait alors déclaré: «Quand on découvre tout à coup un faux compte de sa propre personne qui félicite chaleureusement Donald Trump pour l’élection présidentielle, cela nous fait quelque chose. Laisser derrière moi près de 6.000 followers n’est pas une décision facile pour moi, mais c’est la seule qui soit socialement responsable.»

Je ne supporte plus d’utiliser une plateforme gérée par un multimillionnaire dont la page d’accueil est marquée par les propos haineux de Musk, les fausses informations, les contributions discriminatoires et les idées populistes.

Tilly Metz

Eurodéputée (déi Gréng)

Le dernier tweet de la Maison du Grand-Duc remonte à septembre

Le dernier tweet de la Cour grand-ducale date du 19 septembre 2024. Et depuis, plus rien. La Maison du Grand-Duc le justifie ainsi auprès de Virgule: «Twitter a été, depuis sa création, un moyen facile de toucher les abonnés parmi lesquels de nombreux journalistes. Mais depuis l’avènement de X, un changement fondamental s’est produit quant à l’essence même de cet outil de communication. La MGD a donc pris la décision de suspendre ses communications par ce biais.»

Toutefois, la Maison du Grand-Duc continue sa communication par le biais d’autres réseaux comme Facebook, Instagram ou via son site internet.

À noter que l’Université du Luxembourg et la CSFF, le régulateur du secteur financier au Grand-Duché, ont été précurseurs puisque les deux entités avaient annoncé quitter X dès la fin 2023, un an après l’annonce du rachat du réseau X par Elon Musk. Elles avaient alors invoqué la montée de la désinformation et des discours haineux.

Le milieu associatif, aussi, déserte. C’est notamment le cas de Greenpeace Luxembourg ou encore de MSF Luxembourg.

Dans la Grande Région aussi, X fortement délaissé

Un des derniers acteurs majeurs, en France, à avoir délaissé X n’est autre que Franck Leroy (Les Républicains), président de la région Grand Est. Cette décision a été finement orchestrée la veille de l’investiture de Donald Trump, soit le 19 janvier. Ce réseau «s’est transformé en vecteur de division. Il amplifie la haine, le racisme, promeut les mensonges et valorise les discours extrémistes», a expliqué l’homme politique. Le député mosellan Ludovic Mendes (Ensemble pour la République) a également franchi le pas.

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L’ancien ministre français et vice-président de l’Assemblée nationale, Roland Lescure, a annoncé, quant à lui, le 18 janvier qu’il allait fermer son compte X et a souhaité lancé «un appel transpartisan» à faire de même, pointant du doigt une «responsabilité collective».

Journalistes et médias, eux aussi concernés

Au Luxembourg, de nombreux médias ont aussi fait leurs adieux à X. C’est le cas notamment du Lëtzebuerger Journal (qui a expliqué sa démarche le 14 novembre), des marques du groupe Mediahuis (dontVirgule) le 13 décembre, mais aussi la radio 100,7 qui a tweeté ainsi pour la dernière fois le 31 décembre: «Après une évaluation interne, nous sommes arrivés à la conclusion que la radio 100,7 souhaite concentrer ses ressources sur une autre plateforme.»

Ce message avait suscité une vive réaction chez le député Tom Weidig (ADR): «Adieu à 100,7, notre radio publique (financée par NOS impôts) devient encore plus une farce gauchiste-écolo-woke au lieu de s’engager pour le pluralisme. Ils ont maintenant décidé qu’ils ne supportent plus que d’autres personnes aient des opinions différentes sur X (…)».

Selon l’AFP, la Commission européenne a annoncé, le 17 janvier, de nouvelles mesures techniques dans l’enquête contre le réseau X, «soupçonné de répandre de fausses informations et de manipuler le débat public en Europe, après de nouvelles déclarations polémiques d’Elon Musk».

Source Avec l’aide de Thomas Berthol