Messancy, Arlon, Libramont: les trois restaurants Lunch Garden de la province de Luxembourg vont fermer leurs portes. Pour les amateurs de ce type de cuisine, il faudra désormais gagner Marche-en Famenne où est implanté l’un des 41 établissements qui ont été sauvés mercredi, au terme d’un accord avec l’investisseur CIM Capital. Les 21 autres sont condamnés à la fermeture.

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 «Nous pensons que tout est réuni pour faire de Lunch Garden une nouvelle histoire à succès», a affirmé mercredi Erik Verkest, le CEO de la société d’investissement CIM Capital, dans une interview accordée à l’agence Belga. Sur les 41 restaurants appelés à rouvrir, 24 seront gérés en interne et 17 fonctionneront sous franchise.

En Wallonie, les restaurants suivants sont conservés: Nivelles, Tournai Bastions, Mons, Jambes, Fléron, Bierges, Haine-Saint-Pierre, Herstal, Jemappes, Bomerée, Marche, Soignies, Eupen, Jumet, Couillet, Wépion, Waterloo, Ans, Boncelles, Gosselies et Rocourt. 

Les conséquences sociales, toutefois, sont là. Sur les 800 employés de la chaîne, seuls 430 gardent leur emploi.

Quelle responsabilité pour l’Office national de sécurité sociale ?

La chaîne de restauration belge avait été déclarée en faillite lundi. Cette situation aurait été précipitée par l’Office national de sécurité sociale (ONSS), qui a fait appel d’une procédure de réorganisation judiciaire privée, refroidissant ainsi l’actionnaire dans sa volonté d’injecter des fonds supplémentaires pour assurer la survie de l’entreprise.

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Fortement endetté à la sortie de la pandémie de coronavirus, Lunch Garden s’était d’abord tourné vers la procédure de réorganisation judiciaire privée (PRJP) pour tenter de négocier avec ses créanciers et repartir sur de bonnes bases. L’idée était de nettoyer la société de ses dettes. Mais l’ONSS et le ministère de l’Économie sont allés en appel, estimant que leurs créances avaient été trop rabotées.

«D’après nos informations, écrit le quotidien économique L’Echo, la créance de l’ONSS s’élevait à dix millions d’euros et celle du SPF Économie à quatre millions d’euros. En général, dans le cadre d’une PRJ classique, les dettes peuvent être rabotées de 80% de leur valeur. Cela reviendrait à dire que l’ONSS aurait dû se contenter de deux millions d’euros, laissant tomber au passage huit millions d’euros.» 

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Les avocats de la chaîne de restauration ont laissé entendre que cette procédure d’appel avait créé une forme d’instabilité juridique qui aurait fait peur au fonds britannique ICG. Lunch Garden a donc décidé de se tourner vers la préparation d’une faillite silencieuse, afin de tenter de trouver des repreneurs. Un seul s’est présenté, mais rapidement : le fonds CIM Capital, créé par Marc Van Hool. 

Avec la société d’investissement belge CIM Capital, déjà intervenue dans les cas de Veritas et Neckermann notamment, Lunch Garden fait appel à un investisseur disposant d’une solide connaissance du marché, estime la direction de la chaîne de restauration. Stephan Brouwers, le PDG de Lunch Garden, commente: «Les discussions avec CIM Capital ont été constructives dès le départ. Ensemble, nous avons mené une analyse claire de la situation actuelle et identifié comment collaborer pour assurer un avenir durable à Lunch Garden avec une structure plus agile». 

Du «beau monde» dans CIM Capital

Au fait, qui trouve-t-on dans CIM Capital? «Du beau monde», relève le quotidien francophone La Libre Belgique. «Son fondateur est Marc Van Hool, un des descendants de la famille de la compagnie de bus récemment tombée en faillite dont il n’était toutefois plus actionnaire. Cela fait en effet déjà une vingtaine années que, ne croyant pas à la stratégie de l’entreprise Van Hool, il s’est reconverti dans le capital à risque. Dans l’actuelle équipe dirigeante, il y a aussi Erik Verkiest, qui était managing partner de Degroof Petercam Corporate Finance jusqu’en 2019. Un homme qui connaît donc bien le monde des entreprises ainsi que les opérations de fusions et acquisitions. C’est lui qui est à la tête de CCR Fund, le fonds spécifiquement dédié aux entreprises en restructuration.»

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«Lancé en 2020, ce fonds a réalisé une levée de capitaux de 65 millions d’euros auprès d’investisseurs publics et privés (parmi lesquels l’homme d’affaires flamand Marc Coucke ou la famille Leysen ou encore Tom Waes, le producteur d’émission TV. Marc Van Hool se défend d’être à la tête d’un fonds qui recherche uniquement à acheter des entreprises pour les réorganiser et ensuite les revendre en encaissant une plus-value», précise encore La Libre Belgique.

Des syndicats plus que perplexes

La reprise express de Lunch Garden par CIM Capital laisse les syndicats dubitatifs, bien que 430 emplois soient sauvés. Ils craignent une dégradation des conditions de travail. «Comment vont réagir des personnes qui y travaillent depuis 20 ou 30 ans et devront maintenant évoluer avec une flexibilité qui sera poussée au maximum de ce qui est tolérable dans l’horeca ?», s’interroge Sandra Antenucci, secrétaire permanente du syndicat chrétien CNE (Centrale Nationale des Employés). «S’ils ne veulent pas de la concertation sociale, on la forcera », cogne Stéphane Piron, le représentant du Setca socialiste. « L’avenir d’une entreprise se construit avec les travailleurs pour qu’ils s’y sentent bien et aient envie de “performer”.»

Les restaurants Lunch Garden sauvés par la reprise pourraient être rouverts dès ce vendredi.