Gianluca Grimalda avait parcouru 28 000 kilomètres en train, cargo, ferry et voiture, un périple de soixante-douze jours à travers seize pays, pour revenir en Europe après une mission en Papouasie-Nouvelle-Guinée, afin de limiter son empreinte carbone.
Il est connu comme le premier employé licencié pour avoir boycotté l’avion. Gianluca Grimalda, un chercheur italien en psychologie sociale, avait refusé de prendre un vol pour rentrer d’une mission scientifique en Papouasie-Nouvelle-Guinée, afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. A la place, il avait parcouru 28 000 kilomètres en train, cargo, ferry et voiture, un périple de soixante-douze jours à travers 16 pays, pour rejoindre la ville allemande de Kiel (Schleswig-Holstein), où il travaillait. Cette décision lui a coûté son poste à l’Institut pour l’économie mondiale (IfW).
Congédié en octobre 2023, le scientifique de 53 ans a engagé un recours en justice pour licenciement abusif. Après avoir perdu en première instance, il vient d’obtenir une « demi-victoire », se félicite-t-il. Le 10 janvier, Gianluca Grimalda et son ancien employeur ont accepté l’accord proposé par le tribunal du travail de Kiel : l’institut dédommagera le chercheur, mais sans le réembaucher, en raison d’une « incompatibilité des convictions idéologiques des parties ». Le montant exact de l’indemnité de départ n’a pas été divulgué, accord de confidentialité oblige, mais Gianluca Grimalda a annoncé d’ores et déjà qu’il en verserait une partie – 75 000 euros – à des associations écologistes.
**Ouvrir une discussion sur l’usage de l’avion**
« J’aurais voulu retrouver mon emploi, mais c’est déjà un premier pas dans la reconnaissance légale d’une objection de conscience pour des raisons climatiques », nous explique-t-il de Milan, où il réside désormais. Il espère que son cas permettra d’ouvrir une discussion sur l’usage de l’avion, le moyen de transport le plus polluant, et sur l’articulation entre contraintes professionnelles et réduction de l’empreinte carbone.
Le chercheur s’était rendu sur l’île de Bougainville, dans l’archipel des Salomon, en Océanie, en mars 2023, pour étudier les impacts sociaux sur les populations relocalisées en raison de la montée des océans. Il lui avait fallu trente-cinq jours pour rejoindre les atolls aux eaux turquoise, une épopée qui l’a vu traverser notamment l’Iran, l’Afghanistan et le Baloutchistan (Pakistan), où il a dû être escorté par des policiers. Il avait dû toutefois prendre deux avions, faute d’alternative, les frontières chinoises et birmanes étant fermées. En dix ans de « voyage lent », comme il dit, son employeur l’avait toujours soutenu. Et l’avait même valorisé dans des articles de communication. Mais, sur place, la mission prend du retard, en raison de mésaventures rocambolesques : l’homme subit un vol à main armée, une éruption volcanique est survenue, et enfin il a eu des problèmes de visa.
Le 27 septembre 2023, il reçoit un ultimatum de l’IfW : il doit être de retour à Kiel le 2 octobre, soit cinq jours plus tard. « J’ai été très surpris, car il n’y avait aucune nécessité pour moi d’être physiquement présent. Je fais de la recherche sur le terrain et je travaille pendant tous mes déplacements », assure-t-il. Le chercheur paie à chaque fois lui-même les coûts supplémentaires liés au voyage lent, notamment les visas, sauf dans le cas de la mission en Papouasie-Nouvelle-Guidée, financée par une fondation allemande.
**« Faute grave »**
Gianluca Grimalda refuse de sauter dans un avion. S’il avait pris des vols, son retour aurait rejeté dans l’atmosphère près de 5 tonnes de CO2, soit les émissions moyennes d’une personne dans le monde pendant un an. « En état d’urgence climatique, cela me paraissait inacceptable d’un point de vue moral, étant donné qu’il y avait d’autres solutions, explique-t-il. J’avais promis aux 1 800 participants de ma recherche que je reviendrais en Allemagne avec un trajet bas carbone. » Son bilan s’est révélé dix fois moindre, avec près de 500 kilos de CO2.
L’institut lui notifie son licenciement le 9 octobre 2023, pour « faute grave », sans indemnité, estimant que Gianluca Grimalda a contrevenu à ses obligations professionnelles. Pour Julia Steinberger, professeure à l’université de Lausanne, spécialiste en économie écologique, l’affaire est entendue : l’IfW a « clairement exercé des représailles contre l’engagement » du scientifique dans la désobéissance civile au sein du collectif Scientist Rebellion (dont Scientifiques en rébellion est la branche française). « Nous ne commentons pas publiquement les questions de personnel interne », répond l’institut, qui dit se « féliciter de l’accord » trouvé avec le chercheur.
A ceux qui jugent sa décision insensée, Gianluca Grimalda rétorque que « la folie réside dans la poursuite du “business as usual” », qui mène à des points de bascule climatique. Il en est conscient, consacrer un ou deux mois à voyager n’est pas accessible à tous. S’il ne veut « pas dire aux autres quoi faire », il souhaite les inviter à « revoir les limites de ce qu’on considère comme normal ». « Il n’est pas toujours possible de se passer d’avion dans la recherche, mais il faut se demander si chaque déplacement est justifié », avance l’écologue Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS et membre, lui aussi, de Scientifiques en rébellion.
Un engagement qui a toutefois un prix : depuis plus d’un an, Gianluca Grimalda n’est pas parvenu à retrouver un emploi académique. Il repartira en Papouasie-Nouvelle-Guidée en février, en tant que chercheur indépendant. Sans avion, bien entendu.
Audrey Garric
Perso j’aime le travail en presentiel, mais cette obsession de l’imposer quand on a l’internet/electricité/ordinateur partout, ça me dépasse
Abandon de poste pendant 70 jours = licenciement abusif. OOOOOOK.
C’est quand même du grand n’importe quoi cette histoire.
Déjà il n’a même pas boycotté l’avion vu qu’il a du le prendre 2 fois:
>Il avait dû toutefois prendre deux avions, faute d’alternative, les frontières chinoises et birmanes étant fermées.
Ensuite je ne crois pas du tout à son bilan de 500 kg pour la simple et bonne raison que le mec a dû être escorté par des flics pendant sa traversée de 3 PAYS, faut faire rentrer ça dans l’équation mon gars. Donc en plus le mec se met en danger inutilement, pas ouf pour son employeur.
Et pour finir, et là c’est bien plus personnel, je trouve sa critique du business as usuel extrêmement hypocrite. Est ce que l’arrêt du business as usual ça ne serait pas aussi d’arrêter d’envoyer des scientifiques à l’autre bout du monde ? Quoi il n’y pas assez de domaines en Europe qui sont intéressants dans son expertises ? Il fallait ABSOLUMENT étudier cette population en présentiel? Il n’y a pas de scientifiques locaux pour le faire ? Il pouvait pas les assister en visio ? Bref vraiment aucun moyen de juste pas faire ce voyage alors que même lui parle “d’urgence climatique”.
Malheureusement à cause du Paywall je ne sais pas si il parle de son itinéraire. Est-ce que l’article parle de par ou il est passé ? J’aimerais bien savoir ! je trouve ça intéressant
bon il y a débat dans les commentaires sur les technicités de son action. De mon côté, j’aimerais rebondir sur le thème. Le principal facteur de deplacement dans la recherche, ce sont les conferences. Et je trouve que le système a été dévoyé et est anachronique. C’est autant une carotte pour faire un peu de tourisme que des échanges/rencontres. Et il y en a trop. Franchement, c’est une bonne utilisation de la visio (+ contact par mail pour echanger). Et faire des échanges réels plus rarement mais plus fructueux (echanges semestriels, avec le temps de prendre des transports plus doux)
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Gianluca Grimalda avait parcouru 28 000 kilomètres en train, cargo, ferry et voiture, un périple de soixante-douze jours à travers seize pays, pour revenir en Europe après une mission en Papouasie-Nouvelle-Guinée, afin de limiter son empreinte carbone.
Il est connu comme le premier employé licencié pour avoir boycotté l’avion. Gianluca Grimalda, un chercheur italien en psychologie sociale, avait refusé de prendre un vol pour rentrer d’une mission scientifique en Papouasie-Nouvelle-Guinée, afin de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. A la place, il avait parcouru 28 000 kilomètres en train, cargo, ferry et voiture, un périple de soixante-douze jours à travers 16 pays, pour rejoindre la ville allemande de Kiel (Schleswig-Holstein), où il travaillait. Cette décision lui a coûté son poste à l’Institut pour l’économie mondiale (IfW).
Congédié en octobre 2023, le scientifique de 53 ans a engagé un recours en justice pour licenciement abusif. Après avoir perdu en première instance, il vient d’obtenir une « demi-victoire », se félicite-t-il. Le 10 janvier, Gianluca Grimalda et son ancien employeur ont accepté l’accord proposé par le tribunal du travail de Kiel : l’institut dédommagera le chercheur, mais sans le réembaucher, en raison d’une « incompatibilité des convictions idéologiques des parties ». Le montant exact de l’indemnité de départ n’a pas été divulgué, accord de confidentialité oblige, mais Gianluca Grimalda a annoncé d’ores et déjà qu’il en verserait une partie – 75 000 euros – à des associations écologistes.
**Ouvrir une discussion sur l’usage de l’avion**
« J’aurais voulu retrouver mon emploi, mais c’est déjà un premier pas dans la reconnaissance légale d’une objection de conscience pour des raisons climatiques », nous explique-t-il de Milan, où il réside désormais. Il espère que son cas permettra d’ouvrir une discussion sur l’usage de l’avion, le moyen de transport le plus polluant, et sur l’articulation entre contraintes professionnelles et réduction de l’empreinte carbone.
Le chercheur s’était rendu sur l’île de Bougainville, dans l’archipel des Salomon, en Océanie, en mars 2023, pour étudier les impacts sociaux sur les populations relocalisées en raison de la montée des océans. Il lui avait fallu trente-cinq jours pour rejoindre les atolls aux eaux turquoise, une épopée qui l’a vu traverser notamment l’Iran, l’Afghanistan et le Baloutchistan (Pakistan), où il a dû être escorté par des policiers. Il avait dû toutefois prendre deux avions, faute d’alternative, les frontières chinoises et birmanes étant fermées. En dix ans de « voyage lent », comme il dit, son employeur l’avait toujours soutenu. Et l’avait même valorisé dans des articles de communication. Mais, sur place, la mission prend du retard, en raison de mésaventures rocambolesques : l’homme subit un vol à main armée, une éruption volcanique est survenue, et enfin il a eu des problèmes de visa.
Le 27 septembre 2023, il reçoit un ultimatum de l’IfW : il doit être de retour à Kiel le 2 octobre, soit cinq jours plus tard. « J’ai été très surpris, car il n’y avait aucune nécessité pour moi d’être physiquement présent. Je fais de la recherche sur le terrain et je travaille pendant tous mes déplacements », assure-t-il. Le chercheur paie à chaque fois lui-même les coûts supplémentaires liés au voyage lent, notamment les visas, sauf dans le cas de la mission en Papouasie-Nouvelle-Guidée, financée par une fondation allemande.
**« Faute grave »**
Gianluca Grimalda refuse de sauter dans un avion. S’il avait pris des vols, son retour aurait rejeté dans l’atmosphère près de 5 tonnes de CO2, soit les émissions moyennes d’une personne dans le monde pendant un an. « En état d’urgence climatique, cela me paraissait inacceptable d’un point de vue moral, étant donné qu’il y avait d’autres solutions, explique-t-il. J’avais promis aux 1 800 participants de ma recherche que je reviendrais en Allemagne avec un trajet bas carbone. » Son bilan s’est révélé dix fois moindre, avec près de 500 kilos de CO2.
L’institut lui notifie son licenciement le 9 octobre 2023, pour « faute grave », sans indemnité, estimant que Gianluca Grimalda a contrevenu à ses obligations professionnelles. Pour Julia Steinberger, professeure à l’université de Lausanne, spécialiste en économie écologique, l’affaire est entendue : l’IfW a « clairement exercé des représailles contre l’engagement » du scientifique dans la désobéissance civile au sein du collectif Scientist Rebellion (dont Scientifiques en rébellion est la branche française). « Nous ne commentons pas publiquement les questions de personnel interne », répond l’institut, qui dit se « féliciter de l’accord » trouvé avec le chercheur.
A ceux qui jugent sa décision insensée, Gianluca Grimalda rétorque que « la folie réside dans la poursuite du “business as usual” », qui mène à des points de bascule climatique. Il en est conscient, consacrer un ou deux mois à voyager n’est pas accessible à tous. S’il ne veut « pas dire aux autres quoi faire », il souhaite les inviter à « revoir les limites de ce qu’on considère comme normal ». « Il n’est pas toujours possible de se passer d’avion dans la recherche, mais il faut se demander si chaque déplacement est justifié », avance l’écologue Wolfgang Cramer, directeur de recherche au CNRS et membre, lui aussi, de Scientifiques en rébellion.
Un engagement qui a toutefois un prix : depuis plus d’un an, Gianluca Grimalda n’est pas parvenu à retrouver un emploi académique. Il repartira en Papouasie-Nouvelle-Guidée en février, en tant que chercheur indépendant. Sans avion, bien entendu.
Audrey Garric
Perso j’aime le travail en presentiel, mais cette obsession de l’imposer quand on a l’internet/electricité/ordinateur partout, ça me dépasse
Abandon de poste pendant 70 jours = licenciement abusif. OOOOOOK.
C’est quand même du grand n’importe quoi cette histoire.
Déjà il n’a même pas boycotté l’avion vu qu’il a du le prendre 2 fois:
>Il avait dû toutefois prendre deux avions, faute d’alternative, les frontières chinoises et birmanes étant fermées.
Ensuite je ne crois pas du tout à son bilan de 500 kg pour la simple et bonne raison que le mec a dû être escorté par des flics pendant sa traversée de 3 PAYS, faut faire rentrer ça dans l’équation mon gars. Donc en plus le mec se met en danger inutilement, pas ouf pour son employeur.
Et pour finir, et là c’est bien plus personnel, je trouve sa critique du business as usuel extrêmement hypocrite. Est ce que l’arrêt du business as usual ça ne serait pas aussi d’arrêter d’envoyer des scientifiques à l’autre bout du monde ? Quoi il n’y pas assez de domaines en Europe qui sont intéressants dans son expertises ? Il fallait ABSOLUMENT étudier cette population en présentiel? Il n’y a pas de scientifiques locaux pour le faire ? Il pouvait pas les assister en visio ? Bref vraiment aucun moyen de juste pas faire ce voyage alors que même lui parle “d’urgence climatique”.
Malheureusement à cause du Paywall je ne sais pas si il parle de son itinéraire. Est-ce que l’article parle de par ou il est passé ? J’aimerais bien savoir ! je trouve ça intéressant
bon il y a débat dans les commentaires sur les technicités de son action. De mon côté, j’aimerais rebondir sur le thème. Le principal facteur de deplacement dans la recherche, ce sont les conferences. Et je trouve que le système a été dévoyé et est anachronique. C’est autant une carotte pour faire un peu de tourisme que des échanges/rencontres. Et il y en a trop. Franchement, c’est une bonne utilisation de la visio (+ contact par mail pour echanger). Et faire des échanges réels plus rarement mais plus fructueux (echanges semestriels, avec le temps de prendre des transports plus doux)
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