Quand « usine » n’est plus un « gros mot » : en France, la lente résurrection de l’industrie

6 comments
  1. ce sont les bourgeois qui ont vendu le concept de desindustrialisation du pays. Parce qu il voulait toujors plus de profits et pourtant ces meme bourgeois nous vendent aussi leur soit disant patriotisme.

    pour la meme raison on ne voit que rarement des ouvriers a la television et quand on en voit ce sont toujours des petites PME qui font de l’artisanat. le savoir faire francais on l’a torpillé

  2. Le truc c’est que le grand délire du *l’avenir c’est le service et le tout numérique* ça marche pas tant que ça. Oui bien sur il y a des métiers qui sont apparus dans le service et le numérique et la France en a bénéficié. Mais il y a aussi pleins de metiers de services qui en fait sont de l’industrie. En théorie ton chef de projet SSII en charge de la validation et du deployement du nouveau firmware de tes robots industriels. Pour l’INSEE c’est du *service numérique* en pratique c’est de l’industrie dans une usine. Ton consultant en “lean-mangement” . Il va pas avoir beaucoup de consultant si il y a plus d’industrie qui doivent “optimiser leurs process”.

    Bref à un moment, les nouveaux “emplois” non seulement ne compense plus la fermeture des usines, mais sont confrontés à la perte de leurs clients et à la concurrence des pays à bas cout (Aujourd’hui je veux des graphisme pour mon site web, je paye un indien sur fiverrr pour le 10e du prix Français).

    J’ai quand même l’impression que petit à petit on se rend compte que la dé-industrialisation impacte aussi les bourgeois et donc le gouvernent panique.

  3. ÉDITION ABONNÉS
    Quand « usine » n’est plus un « gros mot » : en France, la lente résurrection de l’industrie
    Le Monde
    Publié hier à 02h05, mis à jour hier à 10h21
    Lecture 8 min.
    Relocaliser et réindustrialiser. Ces termes, presque inaudibles dans les années 2000, sont devenus le nouveau mantra hexagonal, scandé par les politiques, les élus locaux et les décideurs économiques. Mais des freins perdurent.
    Dans l’atelier de fabrication de films réflecteurs de l’usine Actis, à La Bastide-de-Bousignac (Ariège), le 28 octobre 2021.
    Dans l’atelier de fabrication de films réflecteurs de l’usine Actis, à La Bastide-de-Bousignac (Ariège), le 28 octobre 2021. ULRICH LEBEUF / MYOP POUR «LE MONDE»
    Ce matin d’octobre, Gérald Sgobbo, élu de Villeneuve-d’Olmes, dans l’Ariège, est un maire heureux. L’usine textile désaffectée depuis plus de dix ans, qui a « structuré la vie du village », va revivre. Pas autour du textile, cette fois, mais qu’importe. Le groupe Actis, basé dans l’Aude, va y investir 31 millions d’euros pour y produire des panneaux isolants destinés au bâtiment, un produit d’avenir, transition environnementale oblige.

    « Dans le village, on a compté jusqu’à 700 emplois industriels pour 1 600 habitants, raconte l’élu. La mémoire locale est marquée par l’industrie : pour les habitants, l’activité économique, c’est forcément de l’industrie. » Soucieuse de préserver cette culture, la communauté de communes s’est portée acquéreuse des bâtiments lors de la fermeture de l’usine et les a conservés en l’état en espérant pouvoir retrouver, un jour, une activité productive. C’est désormais chose faite.

    Renouer avec l’industrie, relocaliser, réindustrialiser. Ce qui était presque inaudible dans les années 2000, à la suite du rêve d’une France « fabless » – avec ces entreprises sans usine, chères à Serge Tchuruk, l’ancien patron d’Alcatel –, est devenu le nouveau mantra hexagonal, scandé par les politiques, les élus locaux et les décideurs économiques avec une belle unanimité. Depuis le sommet de l’Etat jusqu’à Gérald Sgobbo, maire d’une petite commune de moins de 1 000 habitants blottie au pied des Pyrénées. « L’industrie est devenue le nouveau cheval de bataille d’à peu près tout le monde », se réjouit Alexandre Saubot, président de France Industrie.

    Lire aussi: Avec « Territoires d’industrie », l’Etat a jeté un pont entre élus et industriels
    Que s’est-il passé ? La crise due au Covid-19 aura peut-être eu au moins une vertu : celle de faire prendre conscience aux Français, grisés par le virage du numérique ou la prééminence des services, qu’ils n’étaient plus capables de fabriquer des produits aussi essentiels que des masques, du paracétamol ou des respirateurs. « La crise sanitaire a agi comme un révélateur, explique François Blouvac, responsable du programme Territoires d’industrie à la Banque des territoires, filiale de la Caisse des dépôts. Lors des élections régionales, pas un programme qui n’en parlait pas : dans toutes les régions, il y a une envie d’industrie, pour des questions de souveraineté notamment. On constate une vraie appétence des acteurs locaux. »

    Changement d’état d’esprit
    Magali Joëssel, directrice générale du fonds SPI (Société de projets industriels) chez Bpifrance – fonds qui a investi dans quelque 17 usines en six ans –, a observé avec un brin d’amusement ce changement d’état d’esprit. « Quand nous avons lancé, en 2014, ce fonds pour recréer de l’industrie, nous nous sommes heurtés à de la surprise et de l’incrédulité. A l’époque, l’industrie était très dénigrée et, nous, nous arrivions en disant des gros mots comme “usine”. Le monde de la finance nous regardait comme des animaux étranges. Depuis, il y a eu une évolution du côté des investisseurs, l’industrie a été en partie réhabilitée. »

    « L’IDÉE S’EST IMPOSÉE QUE LES USINES NE SONT PAS QUE DES BÂTIMENTS NOIRS QUI CRACHENT DE LA FUMÉE », RÉSUME NADINE LEVRATTO, DIRECTRICE DE L’UNITÉ DE RECHERCHE ECONOMIX
    Ce petit miracle ne dépend pas seulement des pénuries et des constats amers consécutifs à la pandémie. Les avatars de la désindustrialisation que sont le chômage, la perte de compétitivité du pays, le délitement du lien social, la désertion des villages, ont aussi conduit les élus à prendre conscience du rôle structurant de l’industrie dans leurs territoires, en matière d’emplois et de développement local.

    « La France est le pays en Europe qui a le plus pris au pied de la lettre le concept de société postindustrielle, rappelle François Bost, professeur de géographie économique et industrielle à l’université de Reims. Aujourd’hui, on ne tient plus ce discours-là, on sait qu’on a besoin de toutes les activités : l’industrie a une dimension profondément géopolitique, c’est un atout de la puissance. »

    Vincent Charlet, délégué général de La Fabrique de l’industrie, un think tank, enfonce le clou : « Dans un grand nombre de territoires ruraux, l’industrie est désormais le premier employeur. La venue des usines est plus que bienvenue. » Sur d’anciens sites industriels en « déprise », comme l’était celui de Carling, en Moselle, haut lieu de la pétrochimie, les nouveaux projets, outre le fait qu’ils recréent des emplois, ont aussi la vertu de réutiliser des installations quasi impossibles à démanteler.

    Lire aussi: Industrie française : « Il faut jouer la carte des villes moyennes »
    Après une quinzaine d’années de destructions d’emplois industriels, le courant s’est inversé en 2017. Les ouvertures d’usines ont pris le pas sur les fermetures, et l’emploi a commencé à repartir à la hausse. L’Insee chiffre à 26 300 les créations nettes d’emplois dans l’industrie entre 2017 et 2019. Une lente résurrection brutalement interrompue par la crise de 2020, qui a détruit 57 500 emplois industriels. Un chiffre cependant « extraordinairement contenu » au regard de l’ampleur de la récession, qui a fait plonger le PIB de 8 %, souligne M. Saubot, de France Industrie.

    « Le made in France, argument commercial majeur »
    La reprise a ramené un peu d’optimisme et pléthore de projets. Guillaume Gady, cofondateur et directeur général d’Ancoris, un cabinet spécialisé dans la détection d’opportunités pour le compte des collectivités locales, résume l’état d’esprit de ses quelque 80 clients : « Qu’il s’agisse de territoires ruraux, de villes moyennes ou de métropoles un peu plus denses, ils ont tous en commun la volonté d’accueillir des industriels, alors que, il y a quelques années, il y avait un fort tropisme sur le numérique et les services. »

    Les chiffres attestent cette humeur industrieuse. Alors que le cabinet détecte environ 1 500 projets par an, les compteurs affichaient déjà 1 400 dossiers en cours en septembre, avec une très forte hausse du nombre de projets industriels. La clé de ce sursaut ? « Le “made in France”, qui est devenu un argument commercial majeur », affirme M. Gady.

    Lire aussi: Face à la crise, l’espoir retrouvé du « made in France »
    Les investisseurs étrangers aussi sont de plus en plus nombreux à s’intéresser à l’Hexagone – à son maillage de communications serré et à ses écoles d’ingénieurs – pour y installer leurs sites de production. En retour, les collectivités locales leur ouvrent grands les bras. Selon l’agence Business France, qui marie investisseurs étrangers et territoires d’accueil, les réponses des régions aux sollicitations pour accueillir des projets étrangers ont augmenté de 9 % entre 2020 et 2021, et le nombre de sites industriels « clés en main », purgés de toutes les redoutables procédures administratives, est passé de 12 à 127 en moins de deux ans.

    « Toutes les régions sans exception essaient d’avoir leur part, assure Christophe Lecourtier, directeur général de Business France. Aucun projet d’investissement n’est ignoré. On observe que les projets logistiques ne soulèvent pas une forte adhésion, parce qu’ils sont perçus comme porteurs de nuisances possibles, mais il peut toujours y avoir la possibilité de trouver des sites adaptés. »

    AU-DELÀ DES DIFFICULTÉS CONJONCTURELLES, UNE ENTREPRISE INDUSTRIELLE SUR DEUX PEINE AUJOURD’HUI À TROUVER DES SALARIÉS
    C’est l’autre face de ce changement d’attitude face à l’industrie : modernisée, robotisée, automatisée, elle est devenue plus présentable. « L’idée s’est imposée que les usines ne sont pas que des bâtiments noirs qui crachent de la fumée », résume Nadine Levratto, directrice d’EconomiX, une unité de recherche du CNRS et de l’université Paris-Nanterre. « Les industriels se posent des questions sur leur impact environnemental », ajoute M. Blouvac, du programme Territoires d’industrie, et l’évolution des modes de production rend les usines « moins impactantes, plus faciles à accepter ».

  4. Ah on se souvient de l’inénarrable Serge Tchuruk vantant les sociétés sans usines dans les années 90: on allait laisser les trucs sales et pénibles aux chinetoques et aux bronzés, et nous garderions pour nous les “activités nobles”, intellectuelles : l’ingénierie, le marketing et *in fine* le pognon. On voit où en est Alcatel aujourd’hui à la fin du cycle de cette grande idée néo-colonialiste…

    On peut aussi se rappeler que la majorité des services ne s’effectuent pas dans un éther purement intellectuel: on vend *quelque chose*, on conseille sur *quelque chose*, on fait de la maintenance de *quelque chose*, et à un moment il faut bien que quelqu’un fabrique *quelque chose*.

    Comme le dit Jancovici, la SNCF consacre seulement 5% de son budget à l’énergie, mais pourtant sans énergie, pas un train ne roule. Pour l’économie des services c’est un peu pareil vis-à-vis de l’industrie… Vivre en parasite avec des services financiers ou délocalisés ça peut fonctionner pour de petits pays comme le Luxembourg ou l’Irlande, mais certainement pas pour un pays qui ambitionne de peser un tant soit peu sur les affaires du monde.

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