De nos jours, le Kirchberg est identifié comme le quartier d’affaires de la capitale du Luxembourg. Ses immeubles de plusieurs dizaines de mètres de hauteur à perte de vue, le long des voies de tram et de la route, témoignent de l’intense activité qui y règne une grande majorité de la semaine.

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Difficile donc de s’imaginer qu’il y a «seulement» 60 ans, il n’y avait absolument rien de tout cela. Des terres agricoles occupaient l’espace qui accueillent les tours, tandis que des agriculteurs vivaient aux abords avant leur départ vers d’autres terrains.

Le premier bâtiment qui a marqué cette transformation urbaine est la tour Alcide-de-Gasperi. En 1965, après cinq ans de travaux, ce mastodonte de 77 mètres de hauteur a été achevé. L’année suivante, en 1966, son inauguration a eu lieu. Voici comment cette tour a lancé la métamorphose du Kirchberg.

En quelques décennies, les 365 hectares du Kirchberg sont devenus un véritable centre d’affaires. © PHOTO: Illustration/Shutterstock

Pourquoi le Kirchberg a fait l’objet d’une telle transformation

Pour comprendre comment cette mutation s’est opérée, il convient de revenir aux origines. En 1952, Luxembourg-Ville a été désignée comme lieu de travail de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), l’une des premières organisations internationales ayant précédé l’Union européenne. À cette époque, elle regroupait le Luxembourg, mais aussi la France, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas et l’Allemagne de l’Ouest.

«Plusieurs villes étaient envisagées, comme Strasbourg, Sarrebruck ou encore Liège. Mais c’est finalement à Luxembourg que le siège a été installé», relate Martine Hemmer, responsable communication du Fonds Kirchberg, le fonds d’urbanisation et d’aménagement du quartier. «Le gouvernement a donc eu l’idée de créer toute une ville aux antipodes de celle qui existait jusqu’alors», ajoute-t-elle.

Le problème, à ce moment-là, est que les locaux mis à disposition de ces différents organismes sont trop petits et trop dispersés. L’idée a donc été de pouvoir tout regrouper en un seul et même site, dans des locaux plus vastes. Ainsi, une «mission d’urbanisation et d’aménagement du Plateau de Kirchberg» a été confiée au «Fonds d’urbanisation et d’aménagement du Plateau de Kirchberg», que l’on connaît plus communément sous la forme raccourcie de «Fonds Kirchberg», par une loi du 7 août 1961.

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À l’époque, ce sont donc 365 hectares de terres dédiées à la production agricole et au maraîchage qui sont ciblés pour cette transformation. Les procédures d’expropriation s’enchaînent et les agriculteurs quittent progressivement le plateau. En même temps que la construction de la tour, un autre chantier d’envergure prend forme petit à petit, à un jet de pierre de là: le pont Grande-Duchesse Charlotte, ou «Pont Rouge» tel qu’on le connaît. Les travaux d’aménagement de l’infrastructure se sont étendus de 1962 à 1965. Elle a été inaugurée en 1966, la même année que la tour Alcide-De-Gasperi. Le Kirchberg est donc relié au centre-ville depuis cette date.

Pendant ce temps, la tour, nommée d’après l’un des «pères de l’Europe», l’ancien président du conseil des ministres italien Alcide De Gasperi (1881-1954), accueille le secrétariat du Parlement européen en son sein. L’inauguration de la tour, également nommée «Héichhaus», lance la transformation routière du quartier: à l’ère du «tout voiture», d’immenses parkings sont aménagés et des routes sont bâties pour desservir le plateau et le relier au Findel ainsi qu’au centre-ville.

Ces autres réalisations imposantes qui sont arrivées ensuite

L’imposante structure de 22 étages est restée, de son inauguration jusqu’à 2008, la plus haute tour de la capitale. Les deux premières tours de la Cour de justice européenne, inaugurées cette année-là et mesurant 103 mètres, l’ont dépassée au classement. La troisième tour, inaugurée en 2019, détient le record actuel, avec ses 118 mètres.

D’une hauteur de 77 mètres, la tour est restée la plus haute de Luxembourg-Ville de 1966 à 2008. © PHOTO: Lex Kleren

En 1973, «le bâtiment Robert-Schuman et la Cour de justice européenne ont été inaugurés presque en même temps et sont venus compléter le quartier», poursuit Martine Hemmer. 35 plénières du Parlement européen se sont tenues dans le nouvel hémicycle entre 1973 et 1979, avant l’inauguration de celui du centre de conférences du Kirchberg. «En raison du nombre croissant de députés européens, le Luxembourg a perdu la course aux institutions», expose la responsable communication du Fonds Kirchberg.

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Avec l’augmentation croissante du nombre de salariés venant travailler au Luxembourg et l’explosion du secteur tertiaire, le quartier accueille de plus en plus de tours de bureaux au fil des années. En 1993 débute la construction du Centre de quartier Kirchberg. En 1996, la partie commerciale est achevée, puis en 1998, la partie bureaux est finalisée. Aujourd’hui, le bâtiment accueille le Kirchberg Shopping Center, mis en avant par son grand magasin Auchan.

Par la suite, d’autres infrastructures qui s’éloignent de l’aspect «centre d’affaires» du quartier ont vu le jour: la Philharmonie, la Coque, Luxexpo… Depuis 2017 et la mise en service du tram dans la capitale, le Kirchberg est desservi par de nombreux arrêts le long de l’avenue John F. Kennedy. La route est donc scindée entre les voies de tram et celles réservées aux automobilistes.

Enfin, les nouvelles constructions ne manquent pas au Kirchberg pour les années à venir. Parmi les plus importants chantiers attendus dans le quartier, on retrouve la tour Jean Monnet 2, le futur siège de la Commission européenne, mais aussi K22, le futur siège mondial d’ArcelorMittal, ainsi que le nouveau siège de la Banque européenne d’investissement (BEI) ou encore les trois nouveaux bâtiments qui seront occupés par le Mécanisme européen de stabilité (ESM).