**Le candidat d’extrême droite peine à s’extraire d’une séquence de campagne laborieuse, y compris sur l’immigration et l’identité, son terrain de prédilection.**
Qu’est-il arrivé à Eric Zemmour ? Ce lundi 14 mars, à la fin de l’émission spéciale « La France face à la guerre » sur TF1, le candidat d’extrême droite a semblé ailleurs. « C’était l’émotion », déminent ses proches à l’unisson. L’ancien cogneur de CNews a débité une conclusion sur un air d’excuse, et a trébuché sur un lapsus : « Je ne vous promettrai pas que ce que je peux tenir. » Il a de nouveau semblé justifier « [sa] décision d’être candidat » à l’heure de se mesurer aux prétendants à l’Elysée. « Vingt-six jours, ce n’est pas grand-chose », a-t-il ajouté avant de réciter une anaphore, répétant « vingt-six jours » le souffle court, comme autant de montagnes à gravir avant le premier tour.
Le chemin qu’il reste à parcourir a suscité des piques de ses adversaires. « Eric Zemmour est hors de l’exercice, c’est un imposteur, ose l’eurodéputé Rassemblement national Jean-Lin Lacapelle. Il ne maîtrise pas les dossiers. Plus on avance, plus c’est “pire”. Il était un concurrent, il ne l’est plus : il est cuit. »
Comme si le challenger de l’extrême droite était promis à dévaler la pente en dessous des 10 %, Marine Le Pen refuse de débattre avec lui et Valérie Pécresse pour préserver, dit-elle, sa « stature présidentielle ». Un communiqué amer du candidat de Reconquête ! n’y a pour l’heure rien changé.
**Erreurs et maladresses**
Eric Zemmour persiste à expliquer son recul comme l’effet collatéral de la guerre en Ukraine, qui masquerait, selon lui, « un problème majeur : l’immigration venue du Sud ». « Je ne veux pas que ça occulte (…) ce “grand remplacement” », a répété l’idéologue nationaliste lundi, reprenant sa théorie complotiste. Il a toutefois enchaîné les erreurs et les maladresses ces derniers jours, y compris, contrairement à ce qu’il prétend, sur son terrain favori. Alors que son entourage se frottait les mains en imaginant qu’il allait « plier » Valérie Pécresse en débat, jeudi 10 mars, l’ancien polémiste a peiné à se défendre sur les sujets régaliens.
Comment faire tourner l’économie et les services publics avec l’« immigration zéro » ? « Vous allez obliger à la baïonnette les Français à prendre ces emplois ? », a provoqué Valérie Pécresse face au silence de son débatteur. Comment reconduire les étrangers dans leur pays d’origine ? « Tous les moyens de coercition » seront bons contre les Etats récalcitrants, a-t-il lancé. « Vous les bombardez ? », a rebondi Gilles Bouleau. Le candidat a plutôt évoqué la suppression des visas ou le blocage des transferts de fonds. De même, Eric Zemmour a-t-il répété que « l’islam et l’islamisme, c’est la même chose », assertion au cœur de son discours sur l’identité et l’assimilation, ouvrant la brèche pour Valérie Pécresse : « Pourquoi ne pas fermer toutes les mosquées ? » Il n’a pas répondu. Après cette joute, la déception était telle que ses militants se sont épanchés dans une discussion publique sur Twitter, obligeant les cadres de la campagne à éteindre l’incendie.
Jugé peu crédible sur l’international, Eric Zemmour a voulu se rattraper sur le pouvoir d’achat. En déplacement à Moissac (Tarn-et-Garonne) le 12 mars, il s’est arrêté à une station-service pour échanger avec des habitants sur l’envolée des prix à la pompe. Plusieurs médias ont relevé qu’il s’agissait de ses militants mimant la rencontre, dans une mise en scène flagrante comme en raffole son entourage.
**Une promesse critiquée dans son propre camp**
Son équipe multiplie les initiatives censées témoigner de davantage de sérieux : une « lettre aux Français » de seize pages envoyée à 3 millions de foyers, 100 « meetings de la reconquête » partout en France, une vidéo et des opérations de porte-à-porte… « On bosse depuis un an pour accoucher d’un programme à la hauteur de celui de François Fillon en 2017 : il a 73 pages, 31 chapitres, 400 mesures… », valorise Jonathan Nadler, coordonnateur du projet.
Le document rectifie surtout certaines mesures phares martelées par Zemmour : il n’est plus question d’immigration zéro, mais d’une caution obligatoire de 10 000 euros pour obtenir un visa, ou de sélectionner les étudiants étrangers « les plus prometteurs ». Un « ministère de l’immigration et de l’éloignement » doté d’avions suffirait à éloigner les « étrangers indésirables ». Quant à la promesse d’interdire les prénoms non chrétiens, critiquée dans son propre camp par Marion Maréchal, elle serait finalement soumise à référendum.
Incohérences et imprécisions n’affectent pas pour autant le noyau dur de supporteurs : le candidat nationaliste jouit toujours d’une rare ferveur militante et de salles pleines à craquer. Selon la dernière vague d’Ipsos-Sopra Steria et du Cevipof, publiée dans Le Monde le 5 mars, 63 % de ses électeurs potentiels le choisissent pour ses « idées », seulement 26 % parce qu’ils ont « confiance en lui » pour gouverner.
Schadenfreude, Herr Zemmour.
Trop habitué à un public conquis dans un environnement le soutenant, un type se débine la première fois qu’il doit se confronter à des arguments contradictoires.
Y’en a un dans chaque campagne ou presque, j’ai l’impression.
>**«Il reste vingt-six jours» et la campagne présidentielle d’Eric Zemmour prend l’eau**
>A moins d’un mois de l’élection, le candidat d’extrême droite a raté son passage dans la grande émission de TF1. Déjà en difficulté dans les sondages, embourbé par la guerre en Ukraine et des séquences médiatiques bidonnées, son meeting géant dans dix jours pourrait le relancer.
>Deux longues minutes de gêne. Nous sommes lundi soir sur le plateau de TF1, dans la première grande émission présidentielle de cette fin de campagne. Quatre des huit candidats (sur les douze en lice pour le premier tour du scrutin d’avril) ont déjà conclu leur prestation dans ce non-débat. Chacun s’est «vendu» en se montrant dans son rôle, offrant une sorte de mise en bouche de son programme, avec les grandes lignes et des promesses. Quand arrive le tour d’Eric Zemmour.
>Costume bleu sombre, l’homme s’avance sur la scène et se tient immobile, les jambes arrimées au sol pour éviter qu’elles ne flanchent, les bras ballants et le dos voûté, dans une mollesse étrange. Il a ôté les petites lunettes rondes qui le suivent et qui glissent tout le temps de son nez depuis qu’il s’est déclaré et se donne des allures. Peut-être cherche-t-il à se rendre authentique. Il a l’air épuisé. Le cou est rigide, les yeux fixent le public, quelques personnes assises en contrebas et, depuis le poste de télévision, on a l’impression qu’il regarde le sol.
>La séquence est catastrophique. Zemmour, qui s’est présenté avec l’idée de se trouver une crédibilité tout en gardant son image de «politicien non professionnel» censée lui garantir l’excuse de ses nombreux ratés depuis des semaines, enchaîne les maladresses. D’abord, il se trompe de tempo et laisse poindre un doute sur la qualité de son engagement : «Tout ce que j’ai entendu ce soir m’a plutôt conforté dans ma décision d’être candidat.» Plutôt… Il hausse les épaules comme un pantin désolé, quand il jure : «Moi, je ne vous trahirai pas.» Soudain tombe le lapsus : «Je ne vous promettrai pas que ce que je peux tenir.» Et le candidat marque un silence, d’une éternité.
>«Le 10 avril, il ne nous restera que vingt-six jours», enchaîne-t-il, perturbé, avant de filer l’anaphore. Il récite «vingt-six jours» treize fois, et, dans sa bouche, l’expression s’évapore, la date se périme aussitôt, elle est le temps qu’il lui reste pour sauver sa campagne. Zemmour joint alors ses mains, à la manière d’une prière.
>La conclusion est un bon résumé de cette performance : fragile et peu maîtrisée. Le multicondamné pour incitation à la haine manque de s’étouffer quand il affirme qu’il reste «vingt-six jours pour améliorer la justice» ; l’effet tombe à plat quand le candidat d’extrême droite lance, sans conviction, qu’il reste «vingt-six jours pour sauver la France». La fin est un dernier bafouillage, mais achève le supplice du maurrassien : «Choisissez-moi, choisissez la France», et Zemmour repart comme il est venu.
>**Brouillon et peu crédible**
>Sur Twitter, ses équipes prennent le relais pour atténuer le naufrage. «Quelle émotion en disant ces mots», comme si Zemmour, pourtant habitué des plateaux télé, s’était laissé submerger. Dans son entourage, on tente de se rassurer : «Zemmour a été bon au début de l’émission, quand il y avait 6 millions de personnes devant leur poste.» La débandade, seules 2 millions l’auraient vue ce qui, en principe, devrait atténuer son effet. Sauf que le manqué n’en est qu’un de plus dans une campagne qui prend l’eau.
>Car Zemmour dévisse en ce moment dans les sondages. Le candidat du «grand remplacement», accusé par huit femmes de violences sexuelles, est aujourd’hui proche de passer sous la barre symbolique des 10%, après une série de bévues stratégiques et politiques majeures. Lui qui fut donné à 17% au plus fort de sa bulle médiatique.
>La chute s’est accélérée avec la guerre en Ukraine. En difficulté dès qu’il s’agit de parler d’autre chose que de ses angoisses identitaires, Zemmour s’est montré brouillon et peu crédible aux premiers instants du conflit. Pro-Poutine, l’idéologue a longtemps été incapable de reconnaître les torts du dirigeant russe, qu’il a continué de qualifier de «démocrate autoritaire» une fois les premières frappes tombées. Le candidat d’extrême droite a ensuite manqué d’humanité sur l’accueil des réfugiés ukrainiens, dans un premier temps pas dignes de venir en France, au même titre, selon lui, que n’importe quel migrant. Ces positions contre des patriotes, blancs, d’origine chrétienne, agressés sur leur propre territoire, ont perturbé jusque dans son camp.
>**Echec criant du candidat**
>Pour tenter de reprendre la main sur l’agenda médiatique, Zemmour a ensuite joué sa carte Marion Maréchal, en rendant officiel le ralliement à son camp de l’ancienne députée du Vaucluse, considérée comme un messie par une partie de la droite radicale. L’annonce devait tout changer et offrir à l’ancien chroniqueur de CNews une nouvelle dynamique. Mais, à croire que ses équipes avaient surestimé l’importance du personnage dans le jeu politique, l’événement, organisé le 6 mars à Toulon, c’est-à-dire trop tard dans la campagne – en raison des hésitations de Maréchal –, n’a eu que peu d’impact. Le meeting n’était pas diffusé en direct sur les chaînes d’info, en raison d’un temps de parole de Zemmour dépassé, et les images qui ont le plus tourné ont été le salut nazi d’un supporteur dans le public.
>Plus tard, Zemmour a affronté la candidate de la droite, Valérie Pécresse, dans un débat télévisuel que ses proches avaient envisagé comme une «boucherie» où l’ancien chroniqueur, habitué à ce genre d’exercices, devait «atomiser» sa concurrente. Mais, c’est tout l’inverse qui s’est produit. Et si le face-à-face a été souvent inaudible, à cause des échanges parfois musclés des deux candidats, Pécresse s’est montrée plus combative que son adversaire, plus crédible sur les sujets régaliens, plus expérimentée politiquement et même plus technique que lui sur l’immigration, pourtant au cœur de sa candidature.
>Les lieutenants de Zemmour n’ont pas eu l’air de voir le désastre : «On voulait parler à la droite et c’est ce qu’on a fait», analysent-ils aujourd’hui. Mais ce jour-là l’échec du candidat a été si criant qu’il a provoqué un débat chez ses propres supporteurs, qui s’en sont vertement émus sur Twitter, le réseau social que Zemmour est pourtant censé dominer.
>**Socle solide de fans**
>Dernière séquence, le week-end dernier à Moissac, où le candidat d’extrême droite était venu exhiber sa nouvelle prise, Marion Maréchal, a priori en terre conquise : un homme lui a écrasé un œuf sur la tête, gâchant son déplacement. Comme si cela ne suffisait pas, il s’agissait du père d’un enfant handicapé, ce qui a rappelé un précédent dérapage de début de campagne, que Zemmour traîne depuis comme un boulet.
>Puis, pour parler pouvoir d’achat avec les Français, le candidat s’est rendu dans une station-service où un petit moment en apparence véritable était organisé : un échange avec un homme à la pompe à essence. Comme beaucoup de séquences de Zemmour depuis le début de la campagne, par exemple ces figurants au Salon de l’agriculture ou ces étreintes sur les marchés avec des femmes handicapées pour se donner une image positive, le rendez-vous était totalement bidonné. Sauf que, cette fois, cela s’est su. Et l’histoire s’est retournée contre le candidat, pointé du doigt pour son manque de sincérité.
>Paradoxalement, cette série de fautes n’empêche pas Eric Zemmour d’être encore adulé par un socle solide de fans. L’auteur identitaire revendique plus de 100 000 adhérents à son parti, même si le chiffre est invérifiable : il remplit toutes les salles partout en France où il se rend dans une ambiance de ferveur indéniable que beaucoup d’autres lui envieraient. Le 27 mars, il est censé donner un meeting géant en plein air, à Paris, place du Trocadéro, où ses proches espèrent 50 000 personnes. 32 824 sont déjà inscrites, à quinze jours de l’événement, indique une source chez Reconquête.
>A la fin, le bilan pourrait être moins contrasté pour l’ancien chroniqueur de CNews, s’il réussit la prouesse d’organiser le plus gros meeting de la campagne 2022. Il ne faut pas omettre d’où vient ce «politicien non professionnel», c’est-à-dire de nulle part. «Pour un homme seul et sans rien il y a six mois, ça va. On a tendance à oublier le début et le chemin parcouru en si peu de temps», se rassure une source proche. Manière de dire que les ratés sont aussi ceux d’un débutant, dont le but semble aujourd’hui davantage de sortir du premier tour devant la candidate LR, Valérie Pécresse, que d’y devancer celle du RN, Marine Le Pen.
Je crois que c’est encore plus jouissif de le voir se casser la gueule comme ca plutôt que si sa campagne n’avait pas décollé du tout
En meme temps quand on base son programme sur une idée complotiste on peut pas convaincre la majorité. Il va juste nous faire une Philipot je le vois venir gros comme une maison.
Attendez, vous voulez dire que son programme ne repose sur rien et que c’est du vent ? Je suis abasourdi.
Téma la taille du rat
[removed]
Tres prosaiquement, je me demande toujours quel est le plan LT de mecs comme Zemmour (ou Trump dans une moindre mesure).
Il n’a aucune chance d’être président (même un 2eme tour Le Pen /Zemmour), j’ose croire qu’il le savait des le départ.
Est-ce qu’apres une candidature présidentielle, il peut retourner tranquillement à son boulot de chroniqueur ? Est-ce qu’il pense qu’il se fera plus de fric à écrire des livres “ma vision pour la France” que ce qu’il aurait fait si il était resté dans son coin?
Est-ce qu’il s’en fout parcequ’il est déjà blindé ?
Vu l’idéologie de ces journaux je ne m’attendais pas à ce qu’il reçoive des fleurs…
Mais en arriver là c’est quand même pitoyable …
Enfin c’est comme ça depuis trop longtemps…
Mais bon le problème n’est pas les gens qui votent mais l’abstention … Et ça c’est ce qui peut faire basculer cette élection..
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**Le candidat d’extrême droite peine à s’extraire d’une séquence de campagne laborieuse, y compris sur l’immigration et l’identité, son terrain de prédilection.**
Qu’est-il arrivé à Eric Zemmour ? Ce lundi 14 mars, à la fin de l’émission spéciale « La France face à la guerre » sur TF1, le candidat d’extrême droite a semblé ailleurs. « C’était l’émotion », déminent ses proches à l’unisson. L’ancien cogneur de CNews a débité une conclusion sur un air d’excuse, et a trébuché sur un lapsus : « Je ne vous promettrai pas que ce que je peux tenir. » Il a de nouveau semblé justifier « [sa] décision d’être candidat » à l’heure de se mesurer aux prétendants à l’Elysée. « Vingt-six jours, ce n’est pas grand-chose », a-t-il ajouté avant de réciter une anaphore, répétant « vingt-six jours » le souffle court, comme autant de montagnes à gravir avant le premier tour.
Le chemin qu’il reste à parcourir a suscité des piques de ses adversaires. « Eric Zemmour est hors de l’exercice, c’est un imposteur, ose l’eurodéputé Rassemblement national Jean-Lin Lacapelle. Il ne maîtrise pas les dossiers. Plus on avance, plus c’est “pire”. Il était un concurrent, il ne l’est plus : il est cuit. »
Comme si le challenger de l’extrême droite était promis à dévaler la pente en dessous des 10 %, Marine Le Pen refuse de débattre avec lui et Valérie Pécresse pour préserver, dit-elle, sa « stature présidentielle ». Un communiqué amer du candidat de Reconquête ! n’y a pour l’heure rien changé.
**Erreurs et maladresses**
Eric Zemmour persiste à expliquer son recul comme l’effet collatéral de la guerre en Ukraine, qui masquerait, selon lui, « un problème majeur : l’immigration venue du Sud ». « Je ne veux pas que ça occulte (…) ce “grand remplacement” », a répété l’idéologue nationaliste lundi, reprenant sa théorie complotiste. Il a toutefois enchaîné les erreurs et les maladresses ces derniers jours, y compris, contrairement à ce qu’il prétend, sur son terrain favori. Alors que son entourage se frottait les mains en imaginant qu’il allait « plier » Valérie Pécresse en débat, jeudi 10 mars, l’ancien polémiste a peiné à se défendre sur les sujets régaliens.
Comment faire tourner l’économie et les services publics avec l’« immigration zéro » ? « Vous allez obliger à la baïonnette les Français à prendre ces emplois ? », a provoqué Valérie Pécresse face au silence de son débatteur. Comment reconduire les étrangers dans leur pays d’origine ? « Tous les moyens de coercition » seront bons contre les Etats récalcitrants, a-t-il lancé. « Vous les bombardez ? », a rebondi Gilles Bouleau. Le candidat a plutôt évoqué la suppression des visas ou le blocage des transferts de fonds. De même, Eric Zemmour a-t-il répété que « l’islam et l’islamisme, c’est la même chose », assertion au cœur de son discours sur l’identité et l’assimilation, ouvrant la brèche pour Valérie Pécresse : « Pourquoi ne pas fermer toutes les mosquées ? » Il n’a pas répondu. Après cette joute, la déception était telle que ses militants se sont épanchés dans une discussion publique sur Twitter, obligeant les cadres de la campagne à éteindre l’incendie.
Jugé peu crédible sur l’international, Eric Zemmour a voulu se rattraper sur le pouvoir d’achat. En déplacement à Moissac (Tarn-et-Garonne) le 12 mars, il s’est arrêté à une station-service pour échanger avec des habitants sur l’envolée des prix à la pompe. Plusieurs médias ont relevé qu’il s’agissait de ses militants mimant la rencontre, dans une mise en scène flagrante comme en raffole son entourage.
**Une promesse critiquée dans son propre camp**
Son équipe multiplie les initiatives censées témoigner de davantage de sérieux : une « lettre aux Français » de seize pages envoyée à 3 millions de foyers, 100 « meetings de la reconquête » partout en France, une vidéo et des opérations de porte-à-porte… « On bosse depuis un an pour accoucher d’un programme à la hauteur de celui de François Fillon en 2017 : il a 73 pages, 31 chapitres, 400 mesures… », valorise Jonathan Nadler, coordonnateur du projet.
Le document rectifie surtout certaines mesures phares martelées par Zemmour : il n’est plus question d’immigration zéro, mais d’une caution obligatoire de 10 000 euros pour obtenir un visa, ou de sélectionner les étudiants étrangers « les plus prometteurs ». Un « ministère de l’immigration et de l’éloignement » doté d’avions suffirait à éloigner les « étrangers indésirables ». Quant à la promesse d’interdire les prénoms non chrétiens, critiquée dans son propre camp par Marion Maréchal, elle serait finalement soumise à référendum.
Incohérences et imprécisions n’affectent pas pour autant le noyau dur de supporteurs : le candidat nationaliste jouit toujours d’une rare ferveur militante et de salles pleines à craquer. Selon la dernière vague d’Ipsos-Sopra Steria et du Cevipof, publiée dans Le Monde le 5 mars, 63 % de ses électeurs potentiels le choisissent pour ses « idées », seulement 26 % parce qu’ils ont « confiance en lui » pour gouverner.
Schadenfreude, Herr Zemmour.
Trop habitué à un public conquis dans un environnement le soutenant, un type se débine la première fois qu’il doit se confronter à des arguments contradictoires.
Y’en a un dans chaque campagne ou presque, j’ai l’impression.
Article de libération sur le même sujet: https://www.liberation.fr/politique/elections/il-reste-vingt-six-jours-et-la-campagne-presidentielle-deric-zemmour-prend-leau-20220315_CQWD7VLOBBHHNGYUVDQE5B3AHQ/
>**«Il reste vingt-six jours» et la campagne présidentielle d’Eric Zemmour prend l’eau**
>A moins d’un mois de l’élection, le candidat d’extrême droite a raté son passage dans la grande émission de TF1. Déjà en difficulté dans les sondages, embourbé par la guerre en Ukraine et des séquences médiatiques bidonnées, son meeting géant dans dix jours pourrait le relancer.
>Deux longues minutes de gêne. Nous sommes lundi soir sur le plateau de TF1, dans la première grande émission présidentielle de cette fin de campagne. Quatre des huit candidats (sur les douze en lice pour le premier tour du scrutin d’avril) ont déjà conclu leur prestation dans ce non-débat. Chacun s’est «vendu» en se montrant dans son rôle, offrant une sorte de mise en bouche de son programme, avec les grandes lignes et des promesses. Quand arrive le tour d’Eric Zemmour.
>Costume bleu sombre, l’homme s’avance sur la scène et se tient immobile, les jambes arrimées au sol pour éviter qu’elles ne flanchent, les bras ballants et le dos voûté, dans une mollesse étrange. Il a ôté les petites lunettes rondes qui le suivent et qui glissent tout le temps de son nez depuis qu’il s’est déclaré et se donne des allures. Peut-être cherche-t-il à se rendre authentique. Il a l’air épuisé. Le cou est rigide, les yeux fixent le public, quelques personnes assises en contrebas et, depuis le poste de télévision, on a l’impression qu’il regarde le sol.
>La séquence est catastrophique. Zemmour, qui s’est présenté avec l’idée de se trouver une crédibilité tout en gardant son image de «politicien non professionnel» censée lui garantir l’excuse de ses nombreux ratés depuis des semaines, enchaîne les maladresses. D’abord, il se trompe de tempo et laisse poindre un doute sur la qualité de son engagement : «Tout ce que j’ai entendu ce soir m’a plutôt conforté dans ma décision d’être candidat.» Plutôt… Il hausse les épaules comme un pantin désolé, quand il jure : «Moi, je ne vous trahirai pas.» Soudain tombe le lapsus : «Je ne vous promettrai pas que ce que je peux tenir.» Et le candidat marque un silence, d’une éternité.
>«Le 10 avril, il ne nous restera que vingt-six jours», enchaîne-t-il, perturbé, avant de filer l’anaphore. Il récite «vingt-six jours» treize fois, et, dans sa bouche, l’expression s’évapore, la date se périme aussitôt, elle est le temps qu’il lui reste pour sauver sa campagne. Zemmour joint alors ses mains, à la manière d’une prière.
>La conclusion est un bon résumé de cette performance : fragile et peu maîtrisée. Le multicondamné pour incitation à la haine manque de s’étouffer quand il affirme qu’il reste «vingt-six jours pour améliorer la justice» ; l’effet tombe à plat quand le candidat d’extrême droite lance, sans conviction, qu’il reste «vingt-six jours pour sauver la France». La fin est un dernier bafouillage, mais achève le supplice du maurrassien : «Choisissez-moi, choisissez la France», et Zemmour repart comme il est venu.
>**Brouillon et peu crédible**
>Sur Twitter, ses équipes prennent le relais pour atténuer le naufrage. «Quelle émotion en disant ces mots», comme si Zemmour, pourtant habitué des plateaux télé, s’était laissé submerger. Dans son entourage, on tente de se rassurer : «Zemmour a été bon au début de l’émission, quand il y avait 6 millions de personnes devant leur poste.» La débandade, seules 2 millions l’auraient vue ce qui, en principe, devrait atténuer son effet. Sauf que le manqué n’en est qu’un de plus dans une campagne qui prend l’eau.
>Car Zemmour dévisse en ce moment dans les sondages. Le candidat du «grand remplacement», accusé par huit femmes de violences sexuelles, est aujourd’hui proche de passer sous la barre symbolique des 10%, après une série de bévues stratégiques et politiques majeures. Lui qui fut donné à 17% au plus fort de sa bulle médiatique.
>La chute s’est accélérée avec la guerre en Ukraine. En difficulté dès qu’il s’agit de parler d’autre chose que de ses angoisses identitaires, Zemmour s’est montré brouillon et peu crédible aux premiers instants du conflit. Pro-Poutine, l’idéologue a longtemps été incapable de reconnaître les torts du dirigeant russe, qu’il a continué de qualifier de «démocrate autoritaire» une fois les premières frappes tombées. Le candidat d’extrême droite a ensuite manqué d’humanité sur l’accueil des réfugiés ukrainiens, dans un premier temps pas dignes de venir en France, au même titre, selon lui, que n’importe quel migrant. Ces positions contre des patriotes, blancs, d’origine chrétienne, agressés sur leur propre territoire, ont perturbé jusque dans son camp.
>**Echec criant du candidat**
>Pour tenter de reprendre la main sur l’agenda médiatique, Zemmour a ensuite joué sa carte Marion Maréchal, en rendant officiel le ralliement à son camp de l’ancienne députée du Vaucluse, considérée comme un messie par une partie de la droite radicale. L’annonce devait tout changer et offrir à l’ancien chroniqueur de CNews une nouvelle dynamique. Mais, à croire que ses équipes avaient surestimé l’importance du personnage dans le jeu politique, l’événement, organisé le 6 mars à Toulon, c’est-à-dire trop tard dans la campagne – en raison des hésitations de Maréchal –, n’a eu que peu d’impact. Le meeting n’était pas diffusé en direct sur les chaînes d’info, en raison d’un temps de parole de Zemmour dépassé, et les images qui ont le plus tourné ont été le salut nazi d’un supporteur dans le public.
>Plus tard, Zemmour a affronté la candidate de la droite, Valérie Pécresse, dans un débat télévisuel que ses proches avaient envisagé comme une «boucherie» où l’ancien chroniqueur, habitué à ce genre d’exercices, devait «atomiser» sa concurrente. Mais, c’est tout l’inverse qui s’est produit. Et si le face-à-face a été souvent inaudible, à cause des échanges parfois musclés des deux candidats, Pécresse s’est montrée plus combative que son adversaire, plus crédible sur les sujets régaliens, plus expérimentée politiquement et même plus technique que lui sur l’immigration, pourtant au cœur de sa candidature.
>Les lieutenants de Zemmour n’ont pas eu l’air de voir le désastre : «On voulait parler à la droite et c’est ce qu’on a fait», analysent-ils aujourd’hui. Mais ce jour-là l’échec du candidat a été si criant qu’il a provoqué un débat chez ses propres supporteurs, qui s’en sont vertement émus sur Twitter, le réseau social que Zemmour est pourtant censé dominer.
>**Socle solide de fans**
>Dernière séquence, le week-end dernier à Moissac, où le candidat d’extrême droite était venu exhiber sa nouvelle prise, Marion Maréchal, a priori en terre conquise : un homme lui a écrasé un œuf sur la tête, gâchant son déplacement. Comme si cela ne suffisait pas, il s’agissait du père d’un enfant handicapé, ce qui a rappelé un précédent dérapage de début de campagne, que Zemmour traîne depuis comme un boulet.
>Puis, pour parler pouvoir d’achat avec les Français, le candidat s’est rendu dans une station-service où un petit moment en apparence véritable était organisé : un échange avec un homme à la pompe à essence. Comme beaucoup de séquences de Zemmour depuis le début de la campagne, par exemple ces figurants au Salon de l’agriculture ou ces étreintes sur les marchés avec des femmes handicapées pour se donner une image positive, le rendez-vous était totalement bidonné. Sauf que, cette fois, cela s’est su. Et l’histoire s’est retournée contre le candidat, pointé du doigt pour son manque de sincérité.
>Paradoxalement, cette série de fautes n’empêche pas Eric Zemmour d’être encore adulé par un socle solide de fans. L’auteur identitaire revendique plus de 100 000 adhérents à son parti, même si le chiffre est invérifiable : il remplit toutes les salles partout en France où il se rend dans une ambiance de ferveur indéniable que beaucoup d’autres lui envieraient. Le 27 mars, il est censé donner un meeting géant en plein air, à Paris, place du Trocadéro, où ses proches espèrent 50 000 personnes. 32 824 sont déjà inscrites, à quinze jours de l’événement, indique une source chez Reconquête.
>A la fin, le bilan pourrait être moins contrasté pour l’ancien chroniqueur de CNews, s’il réussit la prouesse d’organiser le plus gros meeting de la campagne 2022. Il ne faut pas omettre d’où vient ce «politicien non professionnel», c’est-à-dire de nulle part. «Pour un homme seul et sans rien il y a six mois, ça va. On a tendance à oublier le début et le chemin parcouru en si peu de temps», se rassure une source proche. Manière de dire que les ratés sont aussi ceux d’un débutant, dont le but semble aujourd’hui davantage de sortir du premier tour devant la candidate LR, Valérie Pécresse, que d’y devancer celle du RN, Marine Le Pen.
Je crois que c’est encore plus jouissif de le voir se casser la gueule comme ca plutôt que si sa campagne n’avait pas décollé du tout
En meme temps quand on base son programme sur une idée complotiste on peut pas convaincre la majorité. Il va juste nous faire une Philipot je le vois venir gros comme une maison.
Attendez, vous voulez dire que son programme ne repose sur rien et que c’est du vent ? Je suis abasourdi.
Téma la taille du rat
[removed]
Tres prosaiquement, je me demande toujours quel est le plan LT de mecs comme Zemmour (ou Trump dans une moindre mesure).
Il n’a aucune chance d’être président (même un 2eme tour Le Pen /Zemmour), j’ose croire qu’il le savait des le départ.
Est-ce qu’apres une candidature présidentielle, il peut retourner tranquillement à son boulot de chroniqueur ? Est-ce qu’il pense qu’il se fera plus de fric à écrire des livres “ma vision pour la France” que ce qu’il aurait fait si il était resté dans son coin?
Est-ce qu’il s’en fout parcequ’il est déjà blindé ?
Vu l’idéologie de ces journaux je ne m’attendais pas à ce qu’il reçoive des fleurs…
Mais en arriver là c’est quand même pitoyable …
Enfin c’est comme ça depuis trop longtemps…
Mais bon le problème n’est pas les gens qui votent mais l’abstention … Et ça c’est ce qui peut faire basculer cette élection..
Je pense que son racisme est très crédible