Le ministre de l’Intérieur veut reprendre la main. Selon les informations du Figaro, Bruno Retailleau devait recevoir, ce mardi 4 février, des responsables du culte musulman en France. Une rencontre qualifiée d’informelle par le quotidien, qui a pour objectif de préparer la prochaine réunion du Forum de l’islam de France (Forif).
Le Forif est d’abord né d’un échec : celui du Conseil français du culte musulman (CFCM). Créé en 2003 et placé sous l’égide du ministère de l’Intérieur, il aura été « le terrain d’une inlassable guerre d’ego », dixit le sociologue spécialiste de l’islam Franck Frégosi, interrogé par Libération. Ses querelles internes avaient amené en 2021 Gérald Darmanin, alors installé Place Beauvau, à estimer que « le CFCM, pour les pouvoirs publics, n’existe plus, n’est plus l’interlocuteur de la République ». Emmanuel Macron avait confirmé ces propos en février 2023.
À LIRE AUSSI Que faire de la Grande Mosquée de Paris, annexe du régime algérien ? Le Forif a été créé à l’issue de la troisième édition des Assises territoriales de l’islam de France (Atif), qui avaient pour objectif d’interroger les acteurs locaux et d’identifier des thématiques à même d’amener des pistes de travail concrètes. La première session plénière du Forif s’est tenue le 5 février 2022 au sein du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Une époque où, alors dans l’opposition, Bruno Retailleau n’avait pas hésité à dire tout le mal qu’il pensait de cette nouvelle organisation…
Aucun résultat concret jusqu’ici
Un compte rendu autour de quatre thèmes est présenté : le fonctionnement et la gestion des aumôneries, la professionnalisation et le recrutement des imams, la lutte contre les actes antimusulmans et la sécurité des lieux de culte ainsi que l’application de la loi confortant le respect des principes de la République. Néanmoins, trois ans après sa création, aucun résultat concret n’est sorti de cet organisme. Le problème étant que, contrairement au CFCM, le Forim est une instance organisée plutôt localement que nationalement, où de petits groupes d’experts travaillent sur des sujets précis, mais isolément, rendant difficile la possibilité de créer une émulation collective et des propositions globales.
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L’organisation de l’islam, par ailleurs, ne facilite pas les choses : le culte ne dispose pas de représentants officiels nationaux, comme la conférence des évêques de France pour l’Église catholique ou le consistoire israélite de Paris, qui élit le grand rabbin de France. Selon Le Figaro, la question du statut (notamment soulevée par Gérald Darmanin) et de la formation des imams devrait ainsi être au centre des discussions lancées par Bruno Retailleau.
La formation des imams au cœur des débats
Car si les imams détachés – c’est-à-dire les imams formés à l’étranger et financés par ces pays qui viennent en renfort dans les mosquées françaises – ne sont plus autorisés depuis 2024, nombre de fédérations de mosquées ne respectent pas la loi. La réunion avec Bruno Retailleau ce mardi se fera par ailleurs avec les représentants de la Grande Mosquée de Paris, institution de l’islam algérien aujourd’hui très critiquée.