Il y a deux ans, Paul Willemse (32 ans, 32 sélections) était titulaire lors du crunch qui avait vu le XV de France infliger une raclée historique à l’Angleterre (10-53), dans son temple. Le Montpelliérain évoque ce souvenir si particulier et fait le point sur sa situation personnelle, alors que sa carrière est en suspens.
Alors que la France s’apprête à défier l’Angleterre sur ses terres, samedi, on imagine que les souvenirs de la démonstration de 2023 vous reviennent à l’esprit…
Oui, ça fait remonter le souvenir de ce match et de toute cette période. Le fait qu’on ait mis cinquante points aux Anglais, à Twickenham, soit la plus grande défaite de leur histoire à domicile, avait marqué les esprits. Pour moi, cette rencontre avait surtout montré à quel point l’équipe de France était alors en train de progresser, de révolutionner son jeu. Cette génération a changé l’image du rugby français.
Est-ce le match international le plus mémorable que vous ayez disputé ?
C’est le plus fou par rapport au nombre d’essais, en tout cas. Et ça a été, je dirais, un des matchs les plus parfaits aussi. Après, au niveau des moments mémorables, celui face à la Nouvelle-Zélande (40-25, en novembre 2021, N.D.L.R.) avait été énorme aussi. Mais cette fois-là, il y avait la satisfaction de sortir cette prestation dans le cadre du Tournoi. C’est comme ça que l’on crée l’histoire, en réalisant des performances jamais vues dans la compétition. Et les confrontations face à l’Angleterre ont une saveur unique aussi…
Quelles images vous reviennent en mémoire au sujet de ce crunch ?
C’est ce jour-là que Thibaud Flament a vraiment montré qui il était. Il avait été tellement chaud sur ce match. Il avait sorti le grand jeu. Charles Ollivon, aussi, avait été à un niveau optimal parmi les avants. Damian Penaud, aussi, avait été en feu en attaque mais comme d’habitude j’ai envie de dire… Il y a le souvenir des images de célébration entre nous qui est fort.
L’atmosphère de cette rencontre était unique, aussi ?
On peut dire que les Anglais n’étaient pas trop contents dans le stade. Mais je retiens avant tout ce qui s’était passé entre nous, avec le staff, au sein du vestiaire. Nous étions tellement fiers de cette performance. On avait l’envie de battre des records, de montrer que l’on était différent, de créer notre propre histoire.
Aviez-vous senti, dans la semaine, que l’équipe allait réaliser un exploit de cet ordre ?
Plus que sur ce match, c’était sur la longueur que j’avais ce sentiment. Il y avait une mentalité et une confiance tellement grandes. On voulait s’imposer comme une des meilleures équipes du monde et arriver à la Coupe du monde dans la meilleure des positions. Ça passait par de grandes prestations. Malheureusement pour les Anglais, c’est tombé sur eux.

Willemse au plaquage sur Marcus Smith
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Deux ans après, alors que votre carrière est entre parenthèses, quels sentiments personnels vous inspirent ce crunch mémorable ?
Je dirais de la reconnaissance, surtout. Je suis reconnaissant d’avoir fait partie de cette génération, de cette équipe qui a été capable de réaliser de telles performances. Il y a très peu de joueurs professionnels qui ont connu de tels moments. À un moment, j’en venais à me poser des questions : “Est-ce que je fais vraiment partie de ce groupe ?”, “c’est un rêve ou quoi ?”… C’était super d’être acteur de tout ça.
Vous êtes actuellement arrêté pour une succession de commotions. Où en êtes-vous ?
Je suis arrêté jusqu’en avril. C’est un peu compliqué et c’est frustrant car je suis entre les mains des spécialistes, j’entends plein de conseils de tous les côtés… En attendant, je me repose et j’essaye de garder les idées claires pour étudier toutes les options. Ce n’est pas ce qui m’est arrivé de mieux d’avoir ce genre de discussions.
Avez-vous encore l’espoir de revenir sur les terrains ?
Oui, bien sûr, j’ai encore espoir. Le rugby a été un des premiers amours de ma vie. C’était un rêve de gamin. Et quand tu rêves, tu ne veux pas que la fin arrive. Je veux le prolonger le plus longtemps possible. Pour l’heure, j’attends d’avoir les informations des professionnels pour faire le meilleur choix.
Pendant ce temps, vos partenaires de club ont retrouvé des couleurs…
Oui, ils ont fait une petite remontada. Je suis très fier des gars. Ils ont tourné la page de l’an dernier et ont retrouvé de la confiance. Il y a une bonne ambiance, une bonne dynamique. Ils savent sur quoi s’appuyer et ce qui leur manque encore. C’est un bon nouveau départ : on a montré que ça marchait, il faut poursuivre sur cette voie.