«La santé moyenne des masses d’eau de surface de l’UE est critique, 39,5% seulement ayant atteint un bon état écologique et 26,8% seulement un bon état chimique», constate la Commission européenne dans son dernier rapport sur l’état de l’eau dans l’UE pour la période 2015-2021 publié mardi 4 février 2025.
Pour autant, en comparaison avec la moyenne de l’UE, le bilan du Luxembourg paraît bien plus alarmant: en 2021, 0% des eaux de surface, comme les lacs et les rivières, sont dans un bon état écologique, et 0% dans un bon état chimique.
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Ce constat marque une dégradation par rapport aux années précédentes: lors du premier rapport, en 2009, 7% des eaux de surface du pays étaient dans un bon état écologique (qui prend en compte la température, le bilan d’oxygène, la salinité, les nutriments ou encore la flore aquatique), avant de baisser à 3% en 2015, puis d’atteindre finalement 0% en 2021.
Une meilleure surveillance pour de moins bons résultats
Toutefois, cette «détérioration apparente peut être principalement attribuée à l’amélioration du respect des méthodes de surveillance et d’évaluation par le Luxembourg», note le rapport. Autrement dit, les meilleurs résultats des années précédentes pourraient seulement être le fait d’une évaluation moins fine.
Dans le détail, en 2021, 41% des eaux de surface sont dans un état écologique modéré, 20% dans un état écologique médiocre et 39% dans un état écologique mauvais, selon le rapport. «Au total, cela signifie malheureusement que 100% des masses d’eau sont dans un état (ou un potentiel) écologique inférieur au bon état», en déduisent les auteurs du rapport.
Le constat est donc le même pour la qualité chimique des eaux de surface (qui évalue la présence de substances comme les produits phytosanitaires, les micropolluants organiques ou les métaux lourds), dont 0% sont dans un bon état, tout comme lors de la précédente évaluation en 2015.
Pollution atmosphérique et artificialisation des rives
Quelles sont les causes d’une telle situation? De manière générale en Europe, la pollution causée par les dépôts atmosphériques est citée parmi les principales causes, suivie des changements hydromorphologiques (drainage, irrigation dans l’agriculture, hydroélectricité, protection contre les inondations, navigation, approvisionnement en eau potable) et de la pollution provenant de l’agriculture. À cela s’ajoutent les rejets d’eaux résiduaires urbaines, le captage à des fins multiples, la pollution causée par le ruissellement urbain, les surcharges dues aux pluies d’orage ou encore les rejets provenant des installations industrielles.
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Plus spécifiquement pour le Luxembourg, «les principales pressions sont les nutriments et les pesticides d’origine agricole, ainsi que les pressions hydromorphologiques», soit l’altération du lit de la rivière ou des rives par des canaux ou des barrages. Le rapport pointe aussi du doigt des sources ponctuelles de pollution, comme les rejets industriels ou les stations d’épuration urbaines.
L’agriculture, pression importante au Luxembourg
Toutefois, la pollution due à l’agriculture est en particulier «identifiée comme une pression importante sur presque toutes les masses d’eau», notamment via les pesticides, remarquent les auteurs du rapport, qui soulignent la couverture «relativement faible» de l’agriculture biologique en 2021: 6% au Luxembourg contre 9,9% en moyenne dans l’UE.
Les espèces exotiques envahissantes ont aussi une responsabilité, puisque 10 des 21 espèces recensées «sont des mollusques, des poissons ou des macroinvertébrés qui entravent la réalisation d’un bon état écologique».
Effort sur l’assainissement des eaux usées et la renaturation des rivières
Pour renverser la situation, le Luxembourg ne ménage pourtant pas ses efforts. Le pays a ainsi beaucoup investi dans la gestion des eaux usées urbaines, renforçant considérablement son réseau de stations d’épuration. «Le Luxembourg a rattrapé le retard qu’il avait pris dans l’assainissement des eaux usées; d’importants investissements ont été réalisés depuis 2014», remarquait ainsi l’OCDE dans son examen environnemental de 2020.
La renaturation des rivières est aussi prévue, afin que celles-ci retrouvent leur cours naturel et leur capacité d’auto-épuration. Celle de la rivière Pétrusse est un exemple parmi d’autres «de mesures actuellement mise en œuvre pour faire face aux pressions hydromorphologiques», qui «permettra de réduire les risques d’inondation, d’accroître la biodiversité et de contribuer à l’adaptation de l’atmosphère de la ville au changement climatique».
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En outre, le Luxembourg introduit des mesures visant à réduire le débit pendant les inondations et à augmenter la capacité d’infiltration, deux éléments bénéfiques pour la réduction de la pollution. D’autres mesures consistent à supprimer la protection du lit et des berges et à restaurer les plaines d’inondation.
Améliorations insuffisantes
Avec ces efforts, «la qualité écologique des eaux de surface s’est améliorée», constatait l’OCDE dès 2020, «mais reste en deçà des résultats obtenus dans d’autres pays». Ce qui s’explique par «une pauvre qualité hydromorphologique et une forte présence de nutriments d’origine agricole, des retards dans la mise en œuvre des plans de gestion de l’eau et un manque de cohérence entre les politiques de l’eau et les politiques agricoles».
Il est cependant nécessaire de relever que le Luxembourg fait face à des difficultés inhérentes, notamment la forte croissance démographique qui exerce une pression toujours plus importante sur les eaux de surface. Il est donc difficile pour le pays de renforcer ses efforts et ses infrastructures aussi vite que la pression s’accroît.
L’échéance de 2027 impossible à atteindre
En outre, le pays est de petite taille, avec pour conséquence peu de zones peu peuplées où les masses d’eau restent épargnées. Et la situation géographique n’aide pas: coincé entre les bassins du Rhin et de la Meuse, les ruisseaux du pays – les zones réceptrices – sont aussi de taille réduite, agrandissant d’autant la part d’eaux rejetées en leur sein.
Tous ces éléments font qu’il sera impossible pour le Luxembourg d’atteindre l’objectif européen fixé par la directive cadre sur l’eau, qui veut que toutes les masses d’eau de surface soient dans un bon état d’ici à 2027. Un objectif d’ailleurs tout aussi inatteignable au niveau de l’Europe dans son ensemble.