L’intelligence artificielle au service de l’intérêt général. C’est avec ce noble objectif dans le viseur que la Semaine pour l’action sur l’IA se déroule en ce moment même à Paris, devenue pour quelques jours la «capitale mondiale de l’intelligence artificielle». Le point d’orgue de cet événement – qui propose entre autres des journées scientifiques et une journée dédiée aux entreprises – sera sans nul doute le sommet international, coprésidé par l’Inde, qui se déroulera au Grand Palais lundi et mardi prochains. Le sommet réunira près d’une centaine de pays et plus d’un millier d’acteurs du secteur privé et de la société civile venus de tous les continents.

«Un premier sommet de ce type a été organisé au Royaume-Uni en 2023. L’accent avait été mis sur la sécurité et l’éthique au niveau de l’IA. Il y en a eu un second en Corée du Sud en mai 2024. Nous nous situons dans la suite de ces deux premiers sommets», explique l’ambassadrice de France au Luxembourg, Claire Lignières-Counathe.

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La France, qui se positionne depuis l’arrivée du président Macron à l’Élysée comme un leader mondial de l’IA, a donc logiquement assumé ses responsabilités pour prendre la suite. «L’intelligence artificielle est une technologie cruciale, car il s’agit d’un changement de paradigme pour beaucoup d’activités humaines. Ce sommet veut donc aborder tous les domaines qui sont impactés par l’IA, et pas uniquement la sécurité ou l’éthique.» Cinq axes seront développés durant ces deux jours: innovation et culture, avenir du travail, IA de confiance, IA d’intérêt général et gouvernance mondiale. Lors de ce sommet également, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dévoilera un plan sur l’IA à l’échelle de l’Union européenne.

Le Premier ministre Luc Frieden participera au sommet

Le Luxembourg sera bien représenté lors de ce sommet. Le Premier Ministre Luc Frieden (CSV) et la ministre Elisabeth Margue (CSV) participeront ensemble au sommet pour l’action sur l’IA à Paris, a confirmé le ministère d’État. Les discussions porteront sur la gouvernance, la réglementation, la sécurité, l’accès à la technologie et les opportunités économiques pour une intelligence artificielle responsable et éthique.

«En marge du sommet, le Premier ministre rencontrera différents acteurs du monde de l’IA», précise-t-on encore.

L’enjeu qui sera au centre des discussions est en effet de taille: comment faire de l’IA un vecteur de progrès et d’émancipation tout en créant un cadre de confiance commun et en exploitant l’ensemble des nouvelles opportunités que cette technologie permet?

L’Europe doit rester dans la course

La question se pose d’autant plus pour l’Europe, qui a pris du retard dans la course au développement de l’IA et qui doit désormais accélérer les investissements dans ce domaine pour occuper une place de premier rang au niveau mondial. L’arrivée de l’IA chinoise DeepSeek sur le marché fin janvier n’a fait que renforcer l’urgence pour l’Europe de rester dans la course. «Il s’agit de montrer que l’Europe est un acteur majeur dans ce domaine, qu’elle peut agir. Il faut qu’elle puisse se positionner et développer ses propres modèles. Des entreprises européennes travaillent d’ailleurs sur le sujet.» Citons notamment la start-up française Mistral AI, spécialisée dans l’intelligence artificielle générative, qui développe des modèles de langages open sources et propriétaires.

Il faut maîtriser le développement de l’IA parce qu’elle va être indispensable pour nos économies

Claire Lignières-Counathe

Ambassadrice de France au Luxembourg

«L’Europe a la capacité de faire beaucoup de choses dans ce domaine. Elle doit être l’endroit où il y a les meilleurs experts en IA, les infrastructures les plus modernes, le financement. Il faut investir dans cette technologie. Je pense que c’est la lecture qu’en a aussi le Luxembourg. Il faut maîtriser son développement parce que l’IA va être indispensable pour nos économies», souligne l’ambassadrice de France au Luxembourg. «L’approche européenne de la thématique est de trouver un équilibre entre innovation et régulation. Le bon équilibre n’est pas forcément toujours facile à trouver. Mais c’est l’enjeu de la discussion. L’approche régulatrice européenne est souvent citée en exemple. Avec l’IA Act (entré en vigueur en août 2024, NDLR), on a commencé à poser des jalons à ce niveau-là. C’est un peu le rôle du continent européen de prendre en main cet aspect, car peu d’autres acteurs le font pour l’instant.»

Le Vieux Continent a aussi son rôle à jouer au niveau de l’innovation. L’Europe compte une importante communauté scientifique qui travaille sur les développements de l’IA. «Il y a beaucoup d’Européens parmi les chercheurs et notamment beaucoup de Français. Car l’IA peut nous apporter beaucoup de solutions positives. On cite souvent le domaine de la santé, avec la recherche dans la lutte contre le cancer par exemple, mais il y a aussi les nouveaux matériaux, etc.»

Un autre axe du sommet parisien sera d’exposer les enjeux de l’IA pour le monde culturel, que ce soit l’importance du respect des droits de la propriété intellectuelle ou de la diffusion d’une information fiable produite par les médias et les journalistes, à l’heure des fake news et de la désinformation. «L’objectif du sommet à ce propos est de discuter de l’intérêt d’une plateforme mondiale qui prendra la forme d’une fondation où il puisse y avoir des échanges sur ces thèmes.»

Une gouvernance mondiale de l’IA

Rendre l’IA durable est un autre enjeu pour le futur de la technologie. Pour fonctionner, l’intelligence artificielle a en effet besoin d’énormément d’énergie. «C’est un peu paradoxal car l’IA peut aider à trouver des solutions pour le changement climatique mais dans le même temps, sa consommation d’énergie est énorme et croît de plus en plus rapidement. Il faut donc se pencher sur cette question sans plus attendre et réfléchir à des modèles qui soient moins gourmands en énergie.»

Claire Lignières-Counathe est ambassadrice de France au Luxembourg depuis 2021. © PHOTO: Chris Karaba

La question d’une gouvernance large de l’IA sera aussi débattue à Paris. «Il ne faut pas faire de l’IA juste un outil aux mains de quelques pays… Le signal est déjà donné avec ce sommet où tous les partenaires possibles ont été invités à participer. Par exemple, des pays qui ne sont pas dans des structures de gouvernance mondiale de l’IA parce qu’aujourd’hui, en matière de gouvernance, il y a plusieurs initiatives, comme celle du pacte numérique mondial de l’ONU ou le Partenariat mondial sur l’IA. L’idée n’est pas de les supprimer, mais de faire s’articuler les différents efforts entre eux», souligne Claire Lignières-Counathe.

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Le sommet aura enfin pour but de répondre à la préoccupation d’une IA ouverte, plus inclusive et accessible à tous, afin d’éviter que les inégalités déjà existantes se creusent encore plus. «L’intelligence artificielle qui profite à tous, c’est vraiment primordial. Il faut s’assurer que l’intérêt général reste toujours au cœur du développement de l’intelligence artificielle», conclut l’ambassadrice de France au Luxembourg.

Des échanges entre la France et le Luxembourg

L’intelligence artificielle est l’un des domaines sur lesquels les chercheurs français et luxembourgeois échangent depuis plusieurs années déjà. «Au Luxembourg, les acteurs, ce sont l’Université du Luxembourg, et plus spécialement le SnT (Interdisciplinary Centre for Security, Reliability and Trust). En France, il y a plusieurs acteurs, et notamment l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique), notre centre de recherche sur les questions informatiques au sens large. Les chercheurs se connaissent déjà et quelquefois, des thèses sont faites sur l’IA, mais il y a de la place pour que cela se développe encore plus. Le sommet aidera peut-être certains acteurs à vouloir aller plus loin ensemble», souligne l’ambassadrice de France au Luxembourg.

Au Luxembourg, le SnT a travaillé avec la banque franco-luxembourgeoise BNP Paribas Luxembourg pour mettre en place des solutions d’intelligence artificielle nécessaires pour la banque et utilisées de manière responsable. Ce qui a été mis en place pourra être utilisé pour d’autres succursales de la banque de la BNP, donc ailleurs qu’au Luxembourg. 

Tout comme la France, le Luxembourg veut, lui aussi, se positionner comme l’un des acteurs majeurs de l’IA en Europe: «Le Luxembourg partage avec la France cette volonté, je crois, d’être engagé dans l’IA. Les échanges et projets sont amenés à se développer et à s’intensifier dans le futur.»