Les États-Unis ont affirmé samedi que l’Europe n’aura pas sa place à la table des négociations de paix sur l’Ukraine tout en demandant aux capitales européennes de leur préciser ce qu’elles pourraient fournir comme garanties de sécurité à Kiev.

Selon un élu américain, le secrétaire d’État américain Marco Rubio, le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, Mike Waltz, et l’émissaire Steve Witkoff vont engager dans les prochains jours en Arabie saoudite des pourparlers avec des négociateurs ukrainiens et russes, ce que ni Kiev ni Moscou n’ont confirmé.

Les Européens redoutent un accord dans leur dos depuis que Donald Trump a annoncé mercredi, à l’issue d’un entretien avec Vladimir Poutine, l’ouverture imminente de négociations.

Les responsables de l’administration américaine n’ont eu de cesse, en parallèle, d’exhorter l’Europe à se prendre en charge, Washington ayant selon eux d’autres priorités, par exemple la sécurité à ses frontières ou la montée en puissance de la Chine.

Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, qui rassemble chaque année des dirigeants politiques, des militaires et des diplomates, l’émissaire américain pour l’Ukraine, Keith Kellogg, a déclaré que les États-Unis entendent jouer le rôle d’intermédiaire dans les discussions avec l’Ukraine et la Russie comme principaux protagonistes.

Le vice-président américain J.D. Vance (à droite), le secrétaire d'État américain Marco Rubio (deuxième à droite) et le président ukrainien Volodymyr Zelensky (à gauche) se sont rencontrés en marge de la soixante et unième Conférence de Munich sur la sécurité à Munich, dans le sud de l'Allemagne, le 14 février 2025.

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Volodymyr Zelensky a rencontré le vice-président américain J.D. Vance en marge de la 61e Conférence de Munich sur la sécurité.

Photo : Getty Images / Tobias Schwarz

Interrogé sur la perspective de voir les Européens à la table des discussions, il a répondu : J’appartiens à l’école du surréalisme. Je pense que cela ne se produira pas.

Par la suite, il a ajouté que cela ne signifie pas que les intérêts des Européens ne seront ni considérés, ni utilisés, ni développés.

À mes amis européens, je dirais : entrez dans le débat non pas en vous plaignant d’être, oui ou non, à la table des discussions mais en apportant des propositions concrètes, des idées, en augmentant vos dépenses en défense.

Une citation de Keith Kellogg, émissaire américain pour l’Ukraine

Présent lui aussi à Munich, le président finlandais a déploré cette mise à l’écart des Européens : Il est impossible d’envisager des discussions ou des négociations sur l’Ukraine, sur l’avenir de l’Ukraine ou sur l’architecture de sécurité européenne sans les Européens, a déclaré Alexander Stubb.

Mais cela signifie que l’Europe doit agir de concert. Elle doit parler moins et agir plus.

Portrait d'une personne en train de parler.

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Le président finlandais Alexander Stubb. (Photo d’archives)

Photo : AFP / MARKKU ULANDER

Zelensky plaide pour une armée européenne

Le chef de l’État finlandais a confirmé que les États-Unis ont adressé aux pays européens un questionnaire qui leur demande de fournir des informations sur les armements, les contingents de maintien de la paix et les dispositifs de sécurité qu’ils pourraient fournir à l’Ukraine.

Cela va obliger les Européens à réfléchir, a souligné Alexander Stubb.

Les Américains demandent aux Européens combien de soldats ils sont prêts à déployer, a indiqué un diplomate.

La France discute avec ses alliés de la possibilité d’organiser une réunion informelle de dirigeants européens au sujet de l’Ukraine, a déclaré samedi une source proche de la présidence française, et quatre sources diplomatiques ont déclaré que la réunion aurait probablement lieu lundi.

Lors d’un discours prononcé à Munich samedi, Volodymyr Zelensky a appelé à la création d’une armée européenne, affirmant que le continent ne peut plus tenir pour acquise la protection des États-Unis et n’obtiendra le respect de Washington qu’avec une armée forte.

Gros plan de Volodymyr Zelensky devant une femme et un homme.

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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors d’une rencontre avec la délégation américaine à la Conférence sur la sécurité de Munich, vendredi.

Photo : Reuters / Leah Millis

Le président ukrainien a vu dans l’attaque en règle contre les démocraties européennes, à laquelle s’était livré la veille le vice-président américain J. D. Vance devant la même tribune, la preuve que la relation entre l’Europe et les États-Unis a profondément changé.

Soyons honnêtes : nous ne pouvons pas exclure la possibilité que l’Amérique dise non à l’Europe sur des questions qui la menacent.

Une citation de Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Le chef de l’État ukrainien a également déclaré, en marge de la conférence, qu’un éventuel accord bilatéral entre Kiev et Washington sur les minerais ukrainiens demande de plus amples discussions, car il n’offre pas de garanties de sécurité suffisantes à l’Ukraine.

Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent a présenté mercredi lors d’une visite à Kiev un projet d’accord qui, selon trois sources, proposerait que les États-Unis prennent possession de 50 % des minerais critiques de l’Ukraine.