Mondiaux de ski à Saalbach –
Ces histoires d’amitié qui font la force du ski suisse
Buzz avec leurs folies capillaires, euphorie post-triplé, saines rivalités et vraie émulation: le ski suisse est boosté par de franches camaraderies entre plusieurs de ses athlètes.

Le combiné par équipes, où six Suisses (dont quatre Romands) sont montés sur le podium, a provoqué des scènes de joie mémorables.
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Les images du sprint à «saute-boudins gonflables» d’Alexis Monney, pour venir partager ce moment unique pour le ski suisse où six athlètes du pays sont montés sur le podium du combiné par équipes, resteront parmi les instantaés marquants des Mondiaux de Saalbach.
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Comme aussi le buzz provoqué par les célébrations décoiffantes des descendeurs après le doublé suisse dans l’épreuve reine. Les moments de complicités et de joie ont égayé la folle quinzaine du ski suisse à Saalbach.
Rivaux sur la piste où ils se livrent la «bataille des centièmes», les Helvètes entretiennent de solides et sincères amitiés au bord des pistes. Des complicités qui profitent clairement aux athlètes de Swiss-Ski.
Lara se met au service du collectif grâce à Wendy
Avec son amie et contemporaine Michelle Gisin, Wendy Holdener a vécu des émotions extraordinaires avec un titre mondial en combiné aux Mondiaux de Saint-Moritz en 2017 devant sa complice qui avait décroché l’argent.
Un incroyable doublé qui avait été suivi par deux autres médailles partagées aux Jeux olympiques en combiné: en 2018 à PyeongChang (or pour Gisin et bronze pour Holdener), puis à Pékin en 2022 (or pour Gisin et argent pour Holdener).

Sur le podium du combiné par équipes, où elles ont décroché l’argent mardi, Lara Gut-Behrami a séché les larmes de sa compatriote Wendy Holdener, très émue.
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En Chine, la sœur de Dominique avait dû sécher les larmes de sa pote, déçue d’être encore privée d’or. Cette semaine, à Saalbach, la scène s’est répétée sur le podium de l’inédit combiné par équipes féminin.
Cette fois, Wendy Holdener a fondu en larmes en pensant à son frère Kevin, décédé à seulement 34 ans il y a un an. Il aurait fêté son anniversaire peu avant ces Mondiaux. Lara Gut-Behrami a pris la main de sa partenaire pour monter sur la boîte et a essuyé ses larmes dans un moment fort en émotion.
Un duo improbable
Une union impensable entre deux athlètes pas du tout amies il y a moins d’une décennie. La faute à l’entraîneur en chef de l’époque qui «aurait tout fait pour les opposer», selon «LGB», qui a justifié le clash dans une émission de la chaîne SRF cette semaine en Autriche.
Un binôme que tout oppose aussi: «L’employée modèle de Swiss-Ski» Holdener d’un côté, toujours là pour l’équipe. Elle avait déjà gagné l’argent du «team parallèle» en début de Mondiaux à Saalbach. De l’autre côté, la star «rebelle», qui a toujours snobé les épreuves collectives qu’elle jugeait «alibis».
Fuyant l’attention médiatique et les caméras braquées sur elle pendant la manche de Wendy Holdener, la Tessinoise s’est offert un sprint d’environ 200 mètres pour retrouver sa compatriote mardi lors du combiné par équipes. «Je ne voulais pas la laisser seule», a souri «LGB», qui a même ramassé les skis de la slalomeuse.
Des échanges avaient eu lieu il y a deux ans et c’est Wendy Holdener qui a fait le premier pas à Saalbach. «J’ai demandé à Lara si elle voulait faire le combiné avec moi, cette médaille partagée avec cette immense championne est très spéciale pour moi» a glissé la Schwytzoise. Lara Gut-Behrami, elle, n’a pas caché son bonheur de découvrir les émotions du collectif à 33 ans. Et si le duo remettait ça aux JO l’hiver prochain?
Ex-rivales, Camille et Mélanie sont devenues inséparables
Difficile d’imaginer que les deux meilleures slalomeuses romandes étaient les «pires ennemies du monde» il y a encore quelques années. Camille Rast, qui a explosé cette saison (quatre premiers podiums dont deux victoires en slalom) et Mélanie Meillard (toujours bien placée cette saison en slalom) étaient des rivales, en concurrence pour une place dans l’élite.
«C’était un peu «Dallas», résumait l’an passé au «Matin Dimanche» Camille Rast. Des tensions qui ont été exacerbées lorsqu’elles ont compris qu’elles avaient toutes les deux le potentiel pour décrocher leur place sur le tant convoité cirque blanc.

Camille Rast (à dr.) et Mélanie Meillard sont inséparables. Mais leur amitié n’était pas gagnée d’avance.
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Mais les deux femmes, qui ont toutes deux franchi le cap du quart de siècle, ont mûri: pourquoi ne pas bénéficier l’une de l’autre? Mieux: se tirer vers le haut! Les techniciennes valaisannes s’échangent des conseils précieux sur la qualité de la neige avant leurs manches respectives.
Ayant traversé toutes les deux des moments de doutes et n’ayant pas été épargnées par les blessures, elles se serrent désormais les coudes et se soutiennent quand le moral est au plus bas. De simples coéquipières, elles sont devenues de véritables amies, qui partagent aussi sur des sujets de leur vie privée.
Émulation saine
Depuis la saison dernière, la meilleure de leur carrière, elles ont trouvé constance et sérénité. La blessure de la leader Wendy Holdener lors du précédent hiver a même encore resserré le binôme romand autour de leur coach Denis Wicky, lui aussi Valaisan.
«Avec Denis et Mélanie, on peut parler français et on n’a pas besoin de beaucoup se parler pour se comprendre, ce qui rend les choses tellement plus faciles, souligne Camille Rast. C’est un coach hyperperfectionniste, un vrai passionné qui nous connaît par cœur, et il pousse chacune de nous vers nos objectifs sans nous mettre en concurrence l’une contre l’autre.»
L’émulation est saine et tire le binôme vers les sommets. Les deux Romandes sont devenues inséparables. «On dort plus souvent ensemble que chacune seule à la maison, on a appris à ne pas se marcher dessus et à respecter les habitudes de l’autre en faisant des compromis, poursuit Camille Rast. Il faut vraiment une belle complicité pour gérer notre colocation pendant le long hiver.»
Marco et Justin, fidèles alliés du ski et de l’après-ski
La scène résume le lien qui unit Marco Odermatt et Justin Murisier. Alors que leurs coéquipiers ont fait basculer l’aire d’arrivée du combiné alpin par équipes dans une hystérie suisse générale après leur incroyable triplé, mercredi, le Valaisan et le Nidwaldien se retirent tous les deux derrière le podium, à l’abri, pour échanger. Ce jour-là, Odermatt a fait l’impasse sur l’épreuve et Murisier a dû déchanter après l’élimination de son pote Daniel Yule en slalom.

En décembre dernier, Justin Murisier a battu son fidèle ami Marco Odermatt lors de la descente de Beaver Creek. La seule victoire du Valaisan en Coupe du monde à ce jour restera un souvenir unique pour les deux potes.
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Cette fois, Justin n’a pas forcément la tête à faire la fête, son ami au crâne pareillement rasé se montre bienveillant. Tous deux fuient ensemble les festivités. L’amitié entre le Bagnard, travailleur acharné et le Nidwaldien, prodige du ski, est sincère.
Ils suent avec le même coach physique espagnol, Alejo Hervas, avec lequel ils ont fait leur préparation estivale à Grenade. En Espagne, le Romand a même emmené son pote découvrir les coulisses de sa passion au cœur d’un Moto GP.
Savourer les succès au moment présent
Les deux athlètes échangent énormément sur le matériel, les réglages et les lignes à choisir (ou non) lors des précieuses reconnaissances d’avant-course. Ces dernières saisons, le skieur de Bruson a vécu l’explosion du phénomène sur ses spatules ou presque. Combien de fois le roi «Odi» a-t-il salué l’apport de l’expertise du Valaisan dans ses succès? Presque autant de fois aussi, le Romand a fait la moue en devant répondre à des questions liées à son ami, prodige du ski.
En décembre dernier, «Ju» a maté «Odi» lors de la descente de Beaver Creek, la première et unique victoire en Coupe du monde du Valaisan à ce jour. Difficile de savoir qui était le plus heureux des deux. Une chose est sûre, ils ont la même philosophie: un succès doit être célébré avec les émotions encore à chaud.
Marco Odermatt vibre sincèrement pour l’ensemble de ses coéquipiers, mais le succès de Justin Murisier est encore un peu plus spécial. Pareil lorsque son compère est frustré, «Odi» n’est jamais loin. Après son échec lors du slalom du combiné, Daniel Yule a rappelé que son histoire avec le ski ne se résumait pas qu’à ses podiums et succès, mais notamment au lien qu’il a noué avec Justin Murisier, devenu son meilleur ami. Avec Marco Odermatt, le Bagnard peut compter sur une autre amitié qui se poursuivra dans la vie (après-) ski.
Les «chiens fous» Alexis et Franjo ont montré les crocs
Franjo von Allmen a grandi au pied du col de Jaun, à Boltigen. Du côté bernois de la frontière sommitale avec le canton de Fribourg. Alexis Monney, lui, est Fribourgeois, il a été élevé à Châtel-Saint-Denis. Les «voisins» ont tous les deux appris à skier dans des stations de basse altitude, à environ 1500 mètres: les Paccots pour Monney et les contrebas du Jaunpass pour von Allmen.
Chacun a brillé, plus tôt, chez les juniors. En 2020, Alexis Monney a décroché le titre mondial de descente, alors que Franjo von Allmen a terminé vice-champion du monde junior de descente, de super-G et de combiné deux ans plus tard. Leurs parcours comportent d’autres similarités: chacun a gagné sa première victoire en Coupe du monde cet hiver: le super-G de Wengen pour Franjo, la descente de Bormio pour Alexis.

Après leur doublé en descente (or pour Franjo von Allmen et bronze pour Alexis Monney), les descendeurs et leurs coachs ont célébré de manière décoiffante dans la nuit de Saalbach.
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À Saalbach, les deux compères ont partagé leur chambre à l’hôtel des Suisses et les colocataires ont mis le feu sur et en dehors de la piste. En descente, les «chiens fous» (c’est ainsi qu’ils se surnomment) ont montré les crocs. Franjo von Allmen a remporté le titre mondial avec 31 centièmes d’avance sur Alexis Monney (en bronze).
Pas de Röstigraben à Swiss-Ski
La «bataille des centièmes» entre les deux jeunes descendeurs (23 ans pour Franjo, 25 pour Alexis) a basculé en faveur du Fribourgeois lors de la descente du combiné, où il s’est imposé avec deux centièmes d’avance sur son compère alémanique.
Deux podiums mondiaux partagés par les jeunes fougueux, héritiers d’un trône laissé vacant par le roi Odermatt en descente (seulement 5e). Des colocataires décomplexés qui ont basculé dans l’euphorie (et provoqué un buzz capillaire à Swiss-Ski) après leur exploit.
«Cette semaine, c’est complètement fou ce qu’on vit tous les deux, on va s’en souvenir», résume le Fribourgeois. A priori discret et réservé, le Romand a semblé être «contagié» par la folie du bon vivant bernois, sourire scotché aux lèvres.
Franjo et Alexis ont marqué l’histoire du ski suisse avec leurs deux médailles mondiales. Et prouvé que le Röstigraben n’existait pas, malgré le col qui sépare leurs villages.
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