“Mafia : peut-on croire en un nouveau sursaut de la société corse ?” C’est le titre de votre magazine de la rédaction, diffusé en deux parties, les lundis 17 et 24 février.

Dans cette seconde partie, nous entendrons Jacques Follorou, journaliste pour le quotidien Le Monde, Lisandru Laban-Giuliani, chef du groupe “Fronte Pupulare” à l’Assemblea di a Giuventù et membre du collectif Massimu Susini, ainsi que le préfet de Corse, Jérôme Filippini. Depuis sa nomination en octobre 2024, ce dernier classe l’enjeu de la lutte antimafia comme “l’une des priorités” de sa mission en Corse. Au micro de RCFM, il n’hésite pas à employer des termes forts.

Renforcer l’action de l’Etat contre la criminalité organisée

“J’ai pris l’engagement, quand je suis arrivé, de m’occuper des sujets importants pour la Corse et je pense que celui de la criminalité organisée est un sujet majeur pour la Corse. La chronique judiciaire qui émaille la presse corse n’est pas habituelle, elle résulte d’un travail acharné de la police, de la gendarmerie, des magistrats, pour intercepter, confondre et faire répondre devant la justice des criminels et des délinquants qui sont des acteurs de la criminalité organisée. Il faut continuer et intensifier cela mais je crois que ça ne suffira pas si, parallèlement – et je suis confiant sur le fait que les germes de cette réaction sont là – il n’y a pas une réaction profonde de la société corse face à cette emprise de la criminalité organisée et des pratiques mafieuses.”

À lire aussi

Interrogé au sujet de la  déclaration de l’ancien préfet de Corse, Amaury de Saint-Quentin, Jérôme Filippini explique :”Je ne vais pas commenter une phrase qui a déjà été commentée par d’autres. Ce qui est une réalité – et je partage tout à fait ce qu’a dit Amaury de Saint-Quentin – c’est que la prégnance, la force, l’intensité de l’activité de groupes criminels sont tout à fait notoires et que cette dimension imprègne, effectivement, au-delà même de certains secteurs géographiques ou de certaines activités, la vie collective corse puisque les pratiques de ces groupes criminels peuvent s’apparenter à ce qu’ailleurs on appelle des ‘pratiques mafieuses’, par la pression, par l’intimidation, par le meurtre, pour non seulement, assoir son activité mais aussi prendre le pouvoir.”

Quelle différence y aurait-il entre les comportements criminels que l’on observe “ailleurs”, là où des groupes mafieux sévissent, et ceux que l’on connaît en Corse ? Aucune, selon Jérôme Fillippini, qui estime que “ce qui distingue les comportements mafieux par rapport à des comportements criminels, c’est que la stratégie des auteurs n’est pas simplement de commettre des crimes pour s’enrichir mais c’est aussi de prendre le pouvoir sur un secteur géographique, économique, voire sur des processus de décision politique. C’est là qu’il faut être extrêmement vigilant puisque les comportements de ces clans criminels [en Corse], depuis de nombreuses années, peuvent s’apparenter à des pratiques mafieuses, et les deux collectifs […] ont eu raison d’employer le terme de ‘mafia””.

À écouter

Cette interview sera diffusée en intégralité dans la seconde partie du magazine “Mafia : peut-on croire en un nouveau sursaut de la société corse”, ce lundi 24 février, à 12h30 sur les ondes de RCFM.