Des militants de Reconquête lèvent le voile sur les dérives autoritaires et radicales du parti

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  1. **Interdictions d’assister à des meetings, exclusions sans explication… Plusieurs militants dénoncent les pratiques du parti d’Éric Zemmour. À Nice, le coordinateur de Reconquête, Benoît Kandel, vient d’annoncer sa démission, refusant l’arrivée, imposée par les instances parisiennes, d’un dirigeant RN proche des identitaires.**

    Après avoir participé activement à la naissance du parti d’Éric Zemmour sur le terrain, plusieurs militants de Reconquête ont été remerciés, interdits de meeting, voire parfois menacés. Le coordinateur départemental pour les Alpes-Maritimes, Benoît Kandel, a annoncé dans un communiqué repris par Nice-Matin, le 22 mars, sa démission de son poste, ne souhaitant pas « se voir imposer pas les instances parisiennes Philippe Vardon, responsable RN proche des milieux identitaires les plus radicaux ».

    « Le parti Reconquête a été noyauté à des postes clefs par des cadres frontistes durs qui ont des méthodes brutales », déplore Benoît Kandel auprès de Mediapart.

    Depuis le début du mois, l’ancien premier adjoint de Christian Estrosi alerte l’instance de direction du parti. Le chef des fédérations, Thibaut Monnier, la directrice de la stratégie, Sarah Knafo, et le directeur de campagne, Bertrand de La Chesnais, ont tous été informés du refus de Benoît Kandel de voir débarquer Philippe Vardon au sein du parti à Nice.

    « Les instances de direction me répondaient : “Mets de l’eau dans ton vin”, “tu n’auras pas le choix” » jusqu’à des coups de téléphone de proches de Marion Maréchal, les 17 et 21 mars, qui lui demandent « d’évoluer sur sa position ».

    L’ancien gendarme n’en démord pas : « Ce ne sont pas des valeurs que je partage. Son passé est sulfureux, ses positions extrêmes. Et politiquement ce n’est pas une bonne stratégie. »

    Conseiller régional et chef de file du Rassemblement national à la mairie de Nice, Philippe Vardon a, de longues années durant, été à la tête des identitaires niçois de Nissa Rebela. Comme Mediapart l’avait évoqué, il s’est très tôt engagé dans des groupuscules d’extrême droite, de l’Union des étudiants nationalistes, dérivée du Groupe union défense (GUD) à Nice, à l’Unité radicale, ancêtre du Bloc Identitaire.

    Depuis le début des années 2000, il tente de polir son image afin de pouvoir s’assurer un avenir au sein du FN. Mais ses mauvais réflexes le rattrapent. En 2016, il est condamné à six mois de prison ferme pour une rixe. Peine réduite, en appel, à 750 euros d’amende.

    Néanmoins, « Philippe Vardon est soutenu par Grégoire Dupont-Tingaud [idéologue identitaire, à la tête des fédérations de Reconquête, ancien délégué général de Bruno Mégret au MNR – ndlr]. Il a été le témoin de mariage de Marion Maréchal. Ça a été un proche collaborateur de l’ex-porte-parole du RN, Nicolas Bay [qui soutient, depuis février Éric Zemmour] », rappelle Benoît Kandel.

    L’ancien gendarme restant inflexible, « ils ont alors monté une histoire pour mettre en cause [son] plus proche collaborateur en l’accusant d’avoir utilisé des fichiers d’adhérents et de leur avoir envoyé une vidéo contre Philippe Vardon ».

    Dans ce court enregistrement, Philippe Vardon apparaît au sein d’un groupe de rock identitaire, Fraction Hexagone, sur la scène d’un concert privé, entouré des crânes rasés, faisant le salut nazi. Ces images proviennent d’un documentaire diffusé par Arte, en 1998. Un texte clôt cette vidéo : « Reconquête ! Philippe Vardon et ses amis ne sont pas les bienvenus. Ils n’y ont pas leur place. »

    « Qui a fait cette vidéo et l’a diffusée aux adhérents des Alpes-Maritimes ? Je n’en ai pas la moindre idée. Comme d’ailleurs les instances parisiennes, commente Benoît Kandel. Ils suspendent mon proche collaborateur et le convoquent à un conseil de discipline, sans même me prévenir. J’ai eu Dupont-Tingaud [en charge de coordonner les référents des fédérations – ndlr] au téléphone, qui m’a lui-même affirmé qu’ils n’avaient pas de preuves. C’est des cinglés », conclut-il avant d’ajouter : « Ils font n’importe quoi. Ces fichiers tout le monde les a. Je les ai également. Ils voulaient se débarrasser de moi parce que j’étais un obstacle pour faire venir les plus extrémistes comme Vardon. »

    Contacté par Mediapart, le chef des fédérations Grégoire Dupont-Tingaud confirme qu’« il n’y a pas de preuves, à ce stade, de l’utilisation frauduleuse de fichiers par le collaborateur de Benoît Kandel ». Il a demandé à ce que les fichiers des adhérents soient extraits. « Mais nous ne savons ni pour quoi ni ce qu’il en a fait. Il devra s’en expliquer. » Quant à l’arrivée potentielle du frontiste radical Philippe Vardon au sein de Reconquête, il rappelle qu’« Éric Zemmour veut rassembler toutes les droites ».
    Interrogé, le proche collaborateur de Benoît Kandel, qui a préféré garder l’anonymat, « trouve cette situation consternante » : « Tout d’abord, on me convoque selon des statuts qui ne sont même pas connus des adhérents. Et deuxièmement, si j’ai demandé des fichiers, en toute transparence, par mail, avec Benoît Kandel en copie, c’est pour travailler et faire notamment du phoning. Je n’en ai rien à faire de leur conseil de discipline. Je suis bénévole. Et je suis venu pour aider Benoît Kandel. »

    Aujourd’hui, cet ancien secrétaire général quitte « volontiers ce parti. D’autant que les identitaires sont trop présents et l’idée d’un ministère de la remigration, c’est bien trop extrémiste ». Philippe Vardon n’a pas souhaité nous répondre. Dans une interview accordée à Nice-Presse, il n’a pas, à ce jour, évoqué son ralliement à Reconquête.

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