Mali : la dérive autoritaire du régime des putschistes

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  1. **Mali : la dérive autoritaire du régime des putschistes**

    **Les autorités maliennes ont annoncé mi-mars la suspension de RFI et France 24. Petit à petit, le pouvoir fait taire les voix critiques dans le pays, tandis que l’armée est accusée de nombreuses exactions, pour l’heure impunies, contre les civils.**

    **Rémi Carayol**

    Ce fut d’abord une revendication, qui pouvait alors sembler folle, d’un mystérieux Comité pour la défense des militaires (CDM) dont on ignore tout, jusqu’à l’identité de ses membres, et qui, depuis quelques mois, s’est érigé, via des communiqués incendiaires, en censeur de toute voix critique. C’est devenu une réalité le 16 mars, lorsque les autorités maliennes ont annoncé la suspension de Radio France internationale (RFI) et de France 24, et l’interdiction faite « à toutes les radios et télévisions nationales, ainsi qu’aux sites d’information et journaux maliens », de rediffuser les émissions des deux médias français.

    Depuis lors, au Mali, on ne peut plus écouter RFI à la radio ni regarder France 24 à la télé – deux médias très suivis dans ce pays comme dans de nombreux autres de l’Afrique de l’Ouest. Le seul moyen d’avoir accès à leurs émissions est de disposer d’une connexion internet et d’utiliser un VPN.

    Cette mesure radicale est intervenue après la publication, sur les ondes et le site de RFI, d’une enquête sur des allégations d’exactions commises par des soldats maliens dans le centre du pays. Une pratique – l’enquête – comparée par le gouvernement (issu du double coup d’État d’août 2020 et de mai 2021) à celles de la sinistre Radio des Mille Collines, qui avait joué un rôle majeur dans l’exécution du génocide des Tutsis au Rwanda en 1994.

    Ce parallèle odieux illustre la dérive du régime militaro-civil dirigé par un quarteron de militaires, à la tête desquels se trouve le colonel Assimi Goïta, et par le premier ministre de la transition, Choguel Kokalla Maïga.

    Voilà plusieurs semaines que les journalistes travaillant au Mali ont senti le vent tourner. Le 31 janvier, les correspondant·es de la presse dite « occidentale » (BBC, RFI, Jeune Afrique, AFP, Le Monde, entre autres) avaient été convoqué·es au ministère de la communication. Après ce coup de pression, la délivrance des accréditations avait été suspendue. Aujourd’hui, la plupart des journalistes étrangers (dont beaucoup sont français) installés à Bamako ne disposent plus de cette accréditation. Officiellement, ils ne peuvent donc plus exercer leur travail.

    « On a fait la demande, mais on n’a pas encore eu de réponse, ni négative ni positive », explique l’un d’eux, sous couvert d’anonymat. « On fait avec, poursuit un autre. Certains ont choisi de signer leurs articles sous pseudo. D’autres continuent comme si de rien n’était, mais ils y réfléchissent à deux fois avant d’appeler une source officielle. On ne sait pas combien de temps ça va durer. Et on a tous en tête que personne n’est à l’abri d’une mauvaise surprise. Certains ont décidé de quitter le pays plus tôt que prévu. D’autres se demandent quand ils seront expulsés, comme Benjamin Roger. » Le 7 février, ce journaliste de Jeune Afrique qui venait d’atterrir à Bamako a été arrêté par la police et expulsé dans le premier vol pour Paris, au motif qu’il n’avait pas d’accréditation.

    « Ce gouvernement, qui est déjà très isolé sur le plan diplomatique, veut s’isoler encore plus en imposant un huis clos total pour faire ce qu’il veut dans le pays. Pour cela, il lui faut se débarrasser des journalistes étrangers », déplore un responsable d’une ONG malienne qui, lui aussi – et comme toutes les personnes interrogées dans le cadre de cet article –, a requis l’anonymat.

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