« J’entends les préoccupations concernant la situation sécuritaire. Mais soyons clairs, nous ne sommes pas en 1992. Et nous ne laisserons pas un vide sécuritaire s’installer », a déclaré M. Rutte en référence au début du conflit inter-communautaire qui a fait 100 000 morts entre 1992 et 1995.

« La communauté internationale est présente et déterminée à poursuivre son soutien fort, y compris par le biais de (la force européenne) Eufor et de l’Otan. Je sais que l’Eufor est pleinement préparée à maintenir un environnement sûr et sécurisé en Bosnie-Herzégovine », a-t-il ajouté.

La situation s’est tendue en Bosnie après la condamnation de M. Dodik par la Cour d’État pour le non-respect des décisions du Haut représentant international, Christian Schmidt, chargé de veiller au respect de l’accord de paix de Dayton, qui ont mis fin à la guerre.

AFP - Le leader des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik (c), à Banja Luka, le 26 février 2025

Le leader des Serbes de Bosnie, Milorad Dodik (c), à Banja Luka, le 26 février 2025

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STRINGER – Banja Luka (AFP)

Prison. Condamné à une peine d’un an de prison, assortie d’une interdiction d’exercer ses fonctions pendant six ans, le président de la Republika Srpska (RS) peut faire appel. Mais il a décidé de rejeter le verdict et a fait adopter par le Parlement de la RS une législation interdisant à la justice et à la police de l’État central d’exercer sur le territoire de l’entité serbe de Bosnie.

Ces décisions ont mis à l’épreuve les fragiles et complexes institutions centrales de ce pays divisé en deux entités autonomes, la Republika Srpska dont Dodik est le chef depuis des années, et la Fédération croato-musulmane. Elles sont reliées par des institutions centrales que remet en question M. Dodik.

Face aux tensions, la Force européenne (Eufor) a annoncé vendredi des renforts pour sa mission de maintien de la paix en Bosnie, une « mesure proactive (…) dans l’intérêt de tous ses citoyens ». Le chef de l’Otan – dont la Bosnie ne fait pas partie – a rencontré à Sarajevo les membres de la présidence tripartite du pays, Zeljka Cvijanovic (serbe), Denis Becirovic (bosniaque) et Zeljko Komsic (croate).

Dayton. « L’Accord de paix de Dayton est la pierre angulaire de la paix dans ce pays et doit être respecté. Et nous soutenons le bureau du Haut Représentant », a dit M. Rutte lors d’une conférence de presse avec les trois membres de la présidence, ajoutant que « toute action qui sape Dayton, l’ordre constitutionnel ou les institutions nationales est inacceptable ».

« Les discours et actions incendiaires sont dangereux. Ils constituent une menace directe pour la stabilité et la sécurité de la Bosnie-Herzégovine », a poursuivi le secrétaire général de l’Otan. S’adressant aux trois membres de la présidence, il les a appelés à « rendre ce pays fier de sa présidence » et à « résoudre ce problème », dans une allusion voilée à M. Dodik.

« Cela n’aidera pas seulement ce pays à avancer, mais aussi la région, et toute l’Europe », a-t-il insisté. La question du pouvoir des institutions centrales se pose cruellement depuis la condamnation de M. Dodik, qui a appelé les Serbes à quitter le Paquet d’État, la Cour d’État et la SIPA (la police centrale) et à rejoindre les institutions de l’entité serbe.

Enquête. On ignore encore combien de fonctionnaires ont suivi ses recommandations. En réaction, le Parquet d’État a ouvert une nouvelle enquête pour « attaque contre l’ordre constitutionnel », et la Cour constitutionnelle du pays a suspendu vendredi les lois de la RS, « jusqu’à l’annonce d’une décision définitive ».

L’Union européenne et Washington ont dénoncé avec fermeté ces actions de l’entité serbe. M. Dodik avait célébré la victoire de Donald Trump à la présidentielle américaine.

S’il semblait compter sur un laisser-faire des États-Unis, le secrétaire d’État américain Marco Rubio l’a accusé vendredi de « saper la sécurité et la stabilité » du pays. « Nous appelons nos partenaires dans la région à se joindre à nous pour résister à ce comportement dangereux et déstabilisateur », a écrit le chef de la diplomatie américaine sur X.

Rusmir SMAJILHODZIC

© Agence France-Presse