AboRelations avec les USA –
Comment Trump bouleverse et déstabilise la politique suisse
Que ce soit en termes d’économie, de défense ou de politique étrangère, les déclarations-chocs du président américain poussent Berne à réagir.

Depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a multiplié les annonces fracassantes.
Alex Wrobleskli / AFP-Imago-Montage Tamedia-F.G.
«Chaque matin, on se lève en se demandant quelles annonces Donald Trump a encore faites.» Dans la bouche de Laurent Wehrli (PLR/VD), président de la Commission de politique extérieure (CPE) du National, il ne s’agit pas que d’une boutade. «Il y a le fond des déclarations qui surprend, mais aussi le ton employé, qui est en décalage avec tout ce qui se fait dans les relations internationales. Et si cela pose de tels problèmes, c’est qu’on ne parle pas de n’importe quel État, mais d’un pays ami et structurant pour la politique mondiale.» De quoi désarçonner la politique suisse et susciter l’inquiétude de la population.
«Tout ce qui se passe avait été annoncé par Donald Trump, rappelle toutefois Carlo Sommaruga (PS/GE). Le problème est que la Suisse n’avait pas anticipé sa victoire. Et quand il a été élu, elle a cru qu’elle pourrait éviter les effets de cette nouvelle politique en faisant le dos rond. Le Conseil fédéral mais aussi le parlement s’aperçoivent désormais que ça ne marche pas. Mais ils sont pris de court par la vitesse à laquelle le président américain met sa politique «America First» à exécution et par la perte de fiabilité dont fait preuve la nouvelle administration américaine», conclut le sénateur, lui aussi spécialiste de politique étrangère.
Depuis son élection, Donald Trump fait trembler toute la planète. En Suisse, la dernière secousse s’est fait sentir ce dimanche. Dans une interview aux journaux CH Media, la secrétaire d’État à l’économie, Helene Budliger Artieda, expliquait que les États-Unis avaient placé la Suisse sur une liste de pays aux «méthodes commerciales déloyales». Des déclarations à même d’ébranler l’économie helvétique, alors que Washington mène une véritable guerre commerciale.
Ce qui vaut à la Suisse cette accusation? Le fait que notre balance commerciale avec les États-Unis soit positive. À savoir que nous exportons davantage que nous importons. «Mais on ne peut certainement pas nous reprocher d’être déloyaux, insiste la patronne du SECO. La Suisse a unilatéralement supprimé ses droits de douane industriels, nous n’avons pas de droits de douane pour les produits pharmaceutiques. Les entreprises américaines peuvent exporter leurs produits en Suisse sans payer de droits de douane.»
Ces propos résonnent avec ceux du ministre de l’Économie, Guy Parmelin, à mi-février. Appelé à réagir à la nouvelle politique américaine, le Vaudois déclarait sur la RTS: «On peut être inquiets, mais il faut aussi garder la tête froide. Je crois qu’il y a eu beaucoup d’annonces. Les taxes annoncées qui pourraient avoir un effet sont celles sur l’acier et l’aluminium. De ce côté-là, nous suivons l’évolution de la situation.»
Acte rare et symbolique
L’avenir de nos relations économiques est une chose. Mais depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, plusieurs autres certitudes vacillent en termes de politique internationale. Le clash entre le pensionnaire de la Maison-Blanche et Volodymyr Zelensky début mars a fait l’effet d’un électrochoc.
Six jours plus tard, le président américain annonçait suspendre l’aide militaire à l’Ukraine. Et ses velléités de se désengager de la sécurité sur le Vieux-Continent – fragilisant de fait le rempart que constitue l’OTAN – ont provoqué une contre-réaction des pays européens, qui a fait des vagues jusque sous la Coupole fédérale.
Jeudi dernier, le Conseil national a en effet voté à une écrasante majorité une résolution de sa Commission de politique de sécurité, qui demande à Berne de collaborer davantage en matière de défense avec l’Union européenne (UE). Le texte a été voté par tous les partis sauf l’UDC, qui y voit un problème en termes de neutralité. Au-delà de cette résolution, le nouveau positionnement de Washington pèse sur des projets bien concrets. Rarement l’idée de tirer la prise de l’achat du F-35 n’a résonné aussi fort à Berne.

La présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter.
Nicole Philipp
La Suisse semble à ce point ébranlée par le nouveau discours américain que la thématique a été évoquée vendredi, lors de la séance du Conseil fédéral. Dans un acte aussi rare que symbolique, la présidente de la Confédération, Karin Keller-Sutter, s’est même fendue d’une déclaration.
«Au cours des dernières semaines et des derniers jours, la nouvelle administration américaine a fait plusieurs annonces et pris des décisions qui pourraient également affecter notre pays, a expliqué Karin Keller-Sutter. Ces événements ne sont pas tous surprenants, mais ils remettent en question un certain nombre de choses. Le Conseil fédéral prend ces développements géopolitiques au sérieux. La politique étrangère de la Suisse n’a toutefois pas changé.» Et de rappeler les valeurs «centrales» de la Suisse, à savoir «le droit international, les droits de l’homme, la démocratie et le libre-échange».
Ne pas paniquer
Karin Keller-Sutter a ensuite répondu presque point par point à toutes les questions que pose cette nouvelle géopolitique. «Le Conseil fédéral s’engage pour une paix juste et durable en Ukraine et condamne l’attaque russe contre un État souverain. Il veut également rétablir les capacités de déploiement de l’armée suisse. Le Conseil fédéral veut stabiliser et développer les relations bilatérales avec l’UE et il entretient de bonnes relations, notamment avec les principaux acteurs, dont les États-Unis.» Et de résumer: «Les institutions de notre pays fonctionnent. Le Conseil fédéral s’attaque aux problèmes et si des décisions doivent être prises, elles seront communiquées à ce moment-là.»
Mais pas de quoi rassurer totalement Carlo Sommaruga. «Après une période de sidération et un silence complaisant, les réactions commencent enfin à se faire sentir. Mais comme rien n’avait été anticipé, cela se fait par à-coups.»
Pour Laurent Wehrli au contraire, le ton des autorités fédérales est juste. «Le système Trump mène une politique volontairement disruptive. Le but est de créer la panique. Or, la meilleure façon de résister à cette déstabilisation, c’est de rappeler nos valeurs et nos forces. Et nous en avons de nombreuses.»
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