La France va mobiliser, grâce aux intérêts des avoirs russes gelés, “une nouvelle enveloppe de 195 millions d’euros” pour aider l’Ukraine sur le plan militaire, a déclaré ce week-end le ministre des Armées Sébastien Lecornu. Mais on ne parle là que des intérêts des avoirs russes gelés. En Europe, au-delà du plan pour réarmer l’UE s’élevant à 800 milliards d’euros, les avoirs russes sont de plus en plus présentés comme la solution pour financer à peu de frais la défense et la reconstruction de l’Ukraine.

Des économistes, des Prix Nobel, des politiques plaident de plus en plus pour la saisie pure et simple des avoirs russes, qui sont gelés sur le continent depuis le début de la guerre. Ceux qui sont réticents à cette idée mettent en avant les sanctions juridiques encourues ainsi que le risque à l’avenir de voir les milliardaires rechigner à investir sur le continent.

Des yachts, des billets, mais surtout des titres financiers

On se souvient du yacht d’Igor Setchine, un très proche de Vladimir Poutine, qui avait été saisi à La Ciotat en mars 2022. Avec ses quatre ponts et ses 86 mètres de long, il était devenu un symbole de la mobilisation européenne contre la Russie après l’invasion. Mais il ne fait pas partie du véritable trésor de guerre. “Il y a une partie, alors pas des montagnes de billets, mais plutôt des titres de placement, décrit Nathalie Janson, professeure associée à la NEOMA Business School. Ce sont des actions, des obligations, des bons du trésor. Tout ça, ce sont des titres financiers.”

Ces avoirs appartiennent à la Banque centrale de Russie. Ils sont retenus en Belgique, derrière les vitres d’une chambre de compensation, dont les responsables sont aujourd’hui sous protection. Il pèse 210 milliards d’euros. L’Europe se sert donc des intérêts qu’ils génèrent, mais elle refuse de puiser dans le capital. C’est “regrettable”, dit le député du groupe Liot, Laurent Mazaury. Il est rapporteur d’une proposition de résolution qui sera débattue, mercredi 12 mars 2025 à l’Assemblée nationale, pour pousser à la saisie des fonds. “Aujourd’hui, le blocage est de nature politique, il n’est pas juridique, affirme-t-il. On a un long catalogue de cas où cela a déjà été fait et cela n’a pas posé de problème. Et ça a été particulièrement efficace dans le cadre de négociations.”

En France, le débat s’intensifie. En 2023, le magot russe a rapporté presque 4,5 milliards d’euros, qui ont été reversés aux Ukrainiens.

Les explications d’Etienne Monin, éditées par Carol Sandevoir.