Attaqué par les médias Bolloré pour son soutien à l’Ukraine, Emmanuel Macron riposte

by Folivao

14 comments
  1. **Le Journal du dimanche » avait affirmé que le chef de l’Etat assumait de vouloir « faire peur » aux Français avec ses propos sur la « menace russe ». L’Elysée a démenti, mais se trouve désormais sous le feu des critiques des têtes d’affiche du groupe, qui a adopté une tonalité résolument prorusse.**

    Les relations entre l’Elysée et les médias de la sphère Bolloré connaissent un brusque coup de froid. « En cette période grave » et « face à la menace russe », le palais présidentiel a publiquement appelé Le Journal du dimanche (JDD) au « respect de la parfaite véracité des faits », dimanche 9 mars. Propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, l’hebdomadaire avait titré, au sujet de la guerre en Ukraine, sur « La surenchère de la peur », avec une photo pleine page d’Emmanuel Macron. Quatre jours après l’allocution présidentielle consacrée à la situation internationale et ses conséquences pour la France et l’Europe, Le JDD affirmait que l’Elysée assumait de vouloir « faire peur » aux Français – des termes que la présidence de la République dément avoir employés – et décrivait un président qui « exagère la menace russe » et « agite les peurs pour donner le change ».

    Si le communiqué de l’Elysée n’y fait pas référence, un éditorial du JDD signé par Pascal Praud a également irrité en haut lieu. L’ancien journaliste sportif accuse Emmanuel Macron de « précipiter la France dans une guerre, comme ce pilote allemand, Andreas Lubitz, fonça en 2015 avec son avion dans une montagne des Alpes et tua 149 passagers ».

    Les propos de Laurence Ferrari sur CNews et Europe 1 – également propriétés de M. Bolloré –, vendredi matin, face à son invité du jour, le premier ministre, François Bayrou, avaient déjà fait bondir au 55, rue du Faubourg-Saint-Honoré. L’animatrice accusait la France de « vouloir partir en guerre contre la Russie », alors que « l’Ukraine n’a jamais semblé aussi proche de la paix ». « Cette présentation-là, on l’a connue dans les années 1930. C’est une présentation qui nous a menés au pire », lui avait rétorqué François Bayrou. Ce récit trahit une « inversion des valeurs : on oublie qui est l’agresseur et qui est l’agressé », dénonce également le député (Renaissance) d’Eure-et-Loir Guillaume Kasbarian.

    **« Revirement soudain »**

    Le démenti présidentiel au JDD est d’autant plus notable que l’Elysée s’est jusqu’ici montré bienveillant à l’égard des médias du groupe Bolloré, boycottés par une partie de la gauche et qui accordent une large place aux voix de droite et d’extrême droite. En août 2023, alors que Geoffroy Lejeune, condamné en première instance puis relaxé en appel pour avoir publié des contenus racistes lorsqu’il était directeur de la rédaction de l’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles, prend la direction du JDD, l’Elysée se garde d’ostraciser le journal. « Le projet politique que portent ces médias n’est pas celui du président, et de loin, affirme à l’époque son entourage. Mais il veut que le combat se mène politiquement, en allant convaincre sur toutes les chaînes et dans tous les titres. »

    Depuis, députés macronistes et ministres y défilent sans discontinuer. Ce que déplore le député (Renaissance) du Cher François Cormier-Bouligeon, qui appelle à une « digue sanitaire » autour des médias Bolloré, qui diffusent « une réalité parallèle ».

    Emmanuel Macron lui-même accorde régulièrement ses confidences au JDD. Ainsi commentait-il, pas plus tard que le 2 mars, la « conférence de presse qui a mal tourné » entre les présidents ukrainien et américain Volodymyr Zelensky et Donald Trump, à Washington, deux jours plus tôt. A l’Elysée, Bruno Roger-Petit, conseiller mémoire du président et ami de Pascal Praud, entretient le lien avec les médias Bolloré ; tandis que la ministre de la culture, Rachida Dati, n’a pas caché son dépit, le 28 février, de voir la chaîne C8, également propriété de Vincent Bolloré, privée de fréquence sur la télévision numérique terrestre par l’Arcom (le régulateur de l’audiovisuel).

    L’historien spécialiste des médias Alexis Lévrier s’étonne de ce « revirement soudain et théâtralisé » de l’Elysée à l’égard du JDD, alors que « la propagande russe s’y propage depuis longtemps ». Emmanuel Macron, qui, en octobre 2019, accordait un entretien sur l’immigration à Valeurs actuelles, « a continué à utiliser ces médias comme un outil de communication, alors que le groupe Bolloré a un projet idéologique, observe-t-il. C’est le signe d’une naïveté impardonnable. »

    **Caisse de résonance**

    Invité, lundi soir, dans l’émission « L’Heure des pros », le directeur de la rédaction du JDD, Geoffroy Lejeune, a d’ailleurs défendu sa une sur le « discours de la peur » de l’Elysée, « un moyen très agréable de gouverner quand on est à la tête de l’Etat, parce que, quand tout le monde est tétanisé, les gens obéissent, la cote de popularité remonte », a-t-il accusé. L’animateur Pascal Praud a émis, de son côté, une autre théorie : « On soupçonne qu’[Emmanuel Macron] puisse instrumentaliser cette période pour nous vendre davantage d’Europe, pour enlever la souveraineté française et, pourquoi pas, que toutes les décisions, un jour, soient prises par une Europe dont il serait le président. »

    La mutualisation des contenus et des signatures par les différents médias du groupe Vivendi (Europe 1, CNews, JDD) offre une importante caisse de résonance à des discours encore marginaux dans l’opinion. D’anciennes voix de droite comme Hervé Morin, ex-ministre de la défense (2007-2010), ou Henri Guaino, ex-conseiller du président Nicolas Sarkozy, ont été invitées, ces derniers jours, pour mener la charge contre le chef de l’Etat et légitimer une parole complaisante envers la Russie de Vladimir Poutine. « L’action toxique des médias Bolloré, alignés sur les positions les plus extrémistes de droite, des pro-Poutine, des gens qui se disent patriotes et qui sont les complices de ceux qui attaquent l’Europe et la France, est un véritable danger pour la démocratie », dénonce Claude Malhuret, le président du groupe Les Indépendants-République et territoires au Sénat.

    A l’exception d’une partie des sympathisants du Rassemblement national, le discours prorusse véhiculé par ces médias se heurte à un vif sentiment d’inquiétude et d’indignation de l’opinion française à l’égard de l’alignement américain sur la position du Kremlin. « A date, les Français sont majoritairement en phase avec le diagnostic d’Emmanuel Macron », souligne le directeur général d’Ipsos, Brice Teinturier. « Ceux qui prétendent présider demain le pays prendraient un très grand risque à minorer la menace russe », met en garde le sondeur.

    Lundi soir, Emmanuel Macron a dénoncé, aux côtés de la présidente moldave, Maia Sandu, conviée à l’Elysée, « les tentatives russes de plus en plus désinhibées de déstabilisation, ciblant en particulier les institutions démocratiques » de la Moldavie. Lui-même est sur une ligne de crête, contraint de mobiliser les Français face aux dangers d’un contexte international imprévisible, sans leur donner l’impression d’instrumentaliser cette situation à des fins de politique intérieure.

  2. Mais surtout n’oubliez pas comme le disaient certains ici “ouiiiin il faut pas interdire les médias Bolloré sur le sub”

  3. Ah il vient de découvrir que t’as beau l’astiquer autant que tu veux, il finira quand même par te trahir ? Marrant, je pensais que c’était connu depuis des années.

  4. C’est un peu *Who would have thought leopards would eat MY face* pour Macron là, non ? Après des années de complaisance avec les milliardaires / les fascistes / les milliardaires fascistes…

    Le soucis c’est que nous on ramasse aussi pour ses conneries à base de “qui aurait pu prédire ?”

    >qui aurait pu prédire ?

    Ça pourrait être le nom d’une version locale de r/leopardsatemyface ça, tiens…

  5. >Invité, lundi soir, dans l’émission « L’Heure des pros », le directeur de la rédaction du JDD, Geoffroy Lejeune, a d’ailleurs défendu sa une sur le « discours de la peur » de l’Elysée, « un moyen très agréable de gouverner quand on est à la tête de l’Etat, parce que, quand tout le monde est tétanisé, les gens obéissent, la cote de popularité remonte », a-t-il accusé. L’animateur Pascal Praud a émis, de son côté, une autre théorie : « On soupçonne qu’[Emmanuel Macron] puisse instrumentaliser cette période pour nous vendre davantage d’Europe, pour enlever la souveraineté française et, pourquoi pas, que toutes les décisions, un jour, soient prises par une Europe dont il serait le président. »

    Ce que disent Lejeune et Praud c’est littéralement ce que je lis sur les sous francophones de gauche en ce moment.
    Et c’est des commentaires qui sont très loin d’être aussi downvotes qu’ici.

    On est bien barrés.

  6. Bon dieu, mais quand interdira-t-on la monopolisation des médias par un groupe ou une personne ? Quelles que soient ses opinions.

  7. Bolloré, ainsi que ses sbires, méritent non seulement l’indignité nationale.

  8. Si Macron envoyait la police fermer les médias Bolloré, je serais pas contre.

  9. Il est fort poutine, très très fort.

    C’est le seul homme sur terre capable de faire remonter la côte de popularité de Macron ET de Trudeau.

    Alors la franchement, j’applaudis des deux pieds.

  10. Je comprend mieux d’où viens le discours et la panique de certains collègues

  11. Et évidemment, la seule fois qu’il attaque frontalement la bollosphère, c’est la seule fois qu’on peut être d’accord avec elle.

  12. J’ai bien peur que la Russie aie gagné la guerre informationnelle. Vu la tension sociale dans le pays, le débat public qui est devenu un caniveau, ils ont juste à pousser les dominos pour déstabiliser le pays entier dans un moment aussi critique.

    Entre les bourgeois va en guerre qui veulent en profiter pour tabasser ce qu’il reste d’acquis sociaux, l’histoire qui nous fait un clin d’œil de 1939 et les traîtres à la nation de Fillon, Bolloré et Le Pen, c’est difficile d’y voir clair.

  13. On retrouvera bien, dans les archives, un numero de “je suis partout” disant la meme chose de Daladier…

  14. Il avait pas vraiment de problème quand Cnews était seulement misogyne et raciste

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