Mardi, la Commission européenne a présenté un règlement pour approfondir largement la politique d’externalisation de ses frontières. S’il est approuvé, ce texte permettrait aux Etats membres de l’Union Européenne de conclure des accords avec des pays non-membres afin de construire des « centres de retour » pour y refouler des personnes immigrées en échange d’incitations financières. Le texte précise également que la personne sera « transférée » une fois que le demandeur d’asile aura « épuisé toutes les voies légales pour obtenir une protection internationale et qu’il aura reçu un ordre de retour définitif ».
Concrètement il s’agit d’une décision qui permet d’accélérer le rythme des expulsions et d’accroître les déportations massives de personnes sans-papiers vers des pays hors de l’UE avec lequel ils n’ont aucun lien. De plus, ces « centres de retour » sont de véritables prisons dans lesquelles sont parqués des familles, des enfants, des personnes ayant fuient la guerre et la misère.
Pour ceux qui n’obtiennent pas l’asile—sachant que cela représente plus de la moitié des demandes—ce nouveau règlement les obligerait à fournir leurs documents d’identité et des données biométriques. A tout moment, ils pourront être sollicités pour une fouille de leurs biens personnels ou pour être déportés vers un autre pays. S’ils ne se soumettent pas à ces demandes, ils risquent suppression des prestations sociales, saisie des documents de voyage, révocation du permis de travail, interdiction d’entrer sur le territoire européen, voire des sanctions financières. Il s’agit d’un approfondissement alarmant de la traque aux migrants sur le sol européen et particulièrement à ses frontières.
Cette loi s’ancre dans la continuité des politiques cherchant à faire de l’Europe une réelle forteresse de barbelés, notamment impulsées par la cheffe d’extrême droite italienne Georgia Meloni. En avril 2024, le Parlement européen adopte le pacte Asile et immigration Europe, s’articulant autour de législations ultra xénophobes comme la mise en place d’un système de tri pour expulser rapidement et massivement dès l’arrivée en Europe. Un pacte qui s’attaque aussi frontalement aux droits des enfants dont il permet l’enfermement, la prise de photos et d’empreintes.
L’avant-garde de cette traque est incarnée par l’Italie où Meloni a fait de l’externalisation et de la militarisation des frontières une politique centrale. Quelques mois après l’adoption de la loi européenne, le gouvernement d’extrême droite fait déporter seize immigrés originaires du Bangladesh et d’Egypte dans deux camps de rétention en Albanie. Ils sont détenus dans des préfabriqués de 12 m², entourés d’un grillage de 7 mètres de haut et surveillés en continu par la police. A l’époque, cette action avait été saluée par quinze gouvernements européens ainsi que par la présidente de la Comission européenne Ursula Von der Leyen, qui avait pour ambition d’élargir cette politique xénophobe à une échelle plus large. Aujourd’hui, alors que la Cour de justice de l’Union européenne examine la légalité de l’accord entre l’Albanie et l’Italie, la Commission affiche son plein soutien à l’Italie.
Par ce nouveau règlement, l’Union Européenne jette les bases pour concrétiser l’externalisation des questions migratoires en déportant les sans-papiers en dehors de ses frontières. En effet, la nouvelle loi permet de développer des partenariats avec des « pays tiers sûrs » qui pourraient accueillir les personnes déportées, c’est-à-dire sous-traiter les questions migratoires à des pays semi-coloniaux qui, en échange d’une contrepartie financière, s’occuperaient de jouer les gardes-frontières de l’UE, à l’image de l’accord passé avec la Tunisie en 2023.
En Europe, ce sont l’Italie, le Danemark, et le Pays-Bas qui se penchent le plus sur l’idée de déportations vers des pays tiers, mais en France, Bruno Retailleau a également exprimé l’envie de poursuivre des traités avec d’autres pays afin de muscler la traque aux immigrés et accélérer les expulsions. Face à l’approfondissement des politiques mortifères à l’égard des personnes immigrées et à la montée des idées xénophobes et réactionnaires en Europe, il est impératif de revendiquer la fin de la traque aux migrants, la régularisation de tous les sans-papiers et l’ouverture des frontières. Pour cela il est urgent d’organiser une grande solidarité au plan international qui rejette le tri raciste aux frontières. Contre le nationalisme des pays impérialistes, seule un mouvement d’ensemble pourra endiguer la montée des idées d’extrême droite, dans lequel le mouvement ouvrier à un rôle clé à jouer.