Vladimir Poutine joue la montre face à la proposition de trêve en Ukraine malgré l’insistance de Donald Trump. Il exige que soient réglées ce qu’il appelle les causes profondes du conflit. En clair, le statut sinon l’indépendance même de l’Ukraine, tout comme les équilibres régionaux établis sur notre continent depuis la fin de l’empire soviétique. Quelle que soit maintenant la riposte de la Maison Blanche, l’Europe n’a plus d’autre choix que de repenser et de reconstruire ses capacités de défense. Les reproches faits aux Européens en la matière sont toujours les mêmes : trop de discours, on bombe le torse, on n’est pas d’accord, rien n’avance… Ou pire : le complot fédéraliste est en marche. Cette fois, le procès tombe à plat. La convergence des analyses entre la plupart des membres de l’Union Européenne et le Royaume Uni, la conversion du prochain chancelier d’Allemagne à la vision française d’autonomie stratégique, la coordination entre Londres et Paris pour imposer l’implication des Européens dans un éventuel accord de paix en Ukraine… Voilà autant de signaux d’une détermination nouvelle, autant de facteurs d’une accélération de différents processus. Encore faut-il les distinguer, et chacun offre son lot de difficultés.

Échelles nationales, OTAN, dissuasion nucléaire

Au niveau national d’abord : la défense ne fait pas partie des compétences communes de l’Union, c’est à chaque pays de déterminer l’ampleur et la nature des efforts à entreprendre, même si la Commission met en place des facilités budgétaires et doit annoncer des propositions de financement complémentaires. Jusqu’où serait-il possible de faire converger les exercices nationaux de programmation militaire ? Comment arbitrer les commandes de matériel entre préférence européenne et dépendance traditionnelle aux industries américaines ? Il en sera question dès jeudi prochain lors du prochain sommet. L’autre dimension est évidemment celle de l’OTAN : 24 des 27 pays de l’Union sont membres de l’Organisation de l’Alliance Atlantique. Comment renforcer le rôle des Européens au sein d’un dispositif que Washington menace périodiquement d’affaiblir ? C’est enfin au niveau de la dissuasion nucléaire qu’une approche nouvelle se dessine. Face aux demandes de l’Allemagne et de la Pologne, la France serait-elle en mesure d’élargir sa protection ? Le Royaume-Uni, l’autre puissance nucléaire européenne, pourrait-il y être associé ?

Nos invités :

Claudia Major a co-signé avec Aldo Kleemann le document de travail Models for upholding a potential ceasefire in Ukraine publié le 10/02/2025 sur le site de l’Institut Allemand pour les Affaires Internationales et de Sécurité à Berlin (SWP) ;

Amélie Zima a publié l’ouvrage L’OTAN (PUF, Que-Sais-Je, réédition, 2023). Elle co-signe également avec Léo Péria-Peigné l’analyse de l’ifri “Pologne, première armée d’Europe en 2035 ? Perspectives et limites d’un réarmement” (05/02/2025) ;

Bruno Tertrais est l’auteur du livre La guerre des mondes : le retour de la géopolitique et le choc des empires (nouvelle édition, janvier 2025). Il signe par ailleurs la tribune “Est-il temps désormais de déployer un véritable “parapluie nucléaire” européen au-dessus du continent ?” (Monde, 10/03/2025) ;

Benjamin Hautecouverture a publié les tribunes “Affirmer que l’OTAN est en phase d’affaiblissement est une incorrection historique” (Monde, 05/03/2025) et “Défense européenne : « L’élargissement de la dissuasion nucléaire française est un non-sens »” (La Croix, 12/03/2025).