**Non, le programme économique de Marine Le Pen n’est pas « de gauche »**
**Une étude quantitative récente qualifie « de gauche » le programme économique du RN à la présidentielle, rejoignant les accusations d’Éric Zemmour. Mais ces analyses ne résistent pas à une étude sérieuse de ce projet.**
Alors que, depuis quelques semaines, la question sociale émerge comme une question centrale dans la campagne présidentielle, Marine Le Pen tente de jouer sur ce point pour atteindre le second tour. La patronne du Rassemblement national (RN) entend se présenter comme protectrice des plus modestes face à un Emmanuel Macron qui confirme son orientation néolibérale. Elle parviendrait ainsi à capter une partie de l’opposition à la politique du quinquennat finissant en orientant « à gauche » son programme.
Une « note de recherche » du Cevipof de Sciences Po, signé Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS, viendrait confirmer ce positionnement. Publié samedi 26 mars, ce texte compare quantitativement les programmes d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen et constate que 66 % des mesures proposées par cette dernière seraient « redistributives », contre 21 % qui relèveraient du « libéralisme ».
Le « social », « l’interventionnisme » ou « l’étatisme » ne sont pas des concepts de gauche en soi.
Selon cette étude, cette « localisation à gauche de l’axe économique » serait plus marquée qu’en 2017, où le programme redistributif représentait 43 % du programme, contre 35 % pour le libéralisme. Ce serait même le « plus à gauche depuis les années 1980 ». Cela dessinerait un « social-populisme » qui s’opposerait à un « capitalisme populaire » défendu par Éric Zemmour, dont le programme serait à 32 % « redistributif » et à 43 % « libéral ».
En apparence, il n’y a là rien d’étonnant en soi. Éric Zemmour représente effectivement une vision « bourgeoise » de l’extrême droite, influencée par la pensée libertarienne de Friedrich Hayek, héritière du Front national version Jean-Marie Le Pen. Marine Le Pen, de son côté, s’est séparée de cette voie dès 2011 et a tenté de séduire une partie de l’électorat populaire. Mais ce mouvement est-il, pour autant, comme le défend l’auteur de cette note, la preuve d’un ancrage du RN dans la « gauche économique » ?
Mais ce récit – et l’étude qui l’appuie – pose de nombreux problèmes. D’abord, le « social », « l’interventionnisme » ou « l’étatisme » ne sont pas des concepts de gauche en soi. Il y a toujours eu une « droite sociale » qui entend corriger les excès du capitalisme et soutenir la demande, mais aussi critiquer les effets d’inégalités du marché. C’est l’habituel discours des « petits » contre les « gros », qui est un classique des programmes de la droite populiste.
L’extrême droite, elle-même, a aussi prospéré sur ce discours. Le fascisme a ainsi joué sur la double opposition à la révolution et au libéralisme. La critique du capitalisme, de la finance, des inégalités et de l’individualisme économique sont des figures classiques du fascisme. Elle permettait de défendre le dépassement de la division entre les classes au sein d’une unité nationale militarisée.
Cette organisation économique corporatiste et étatisée avait évidemment une dimension « sociale » et, si on utilisait les critères du Cevipof, serait classée à gauche. Mais elle s’appuyait sur le nationalisme, la xénophobie et la soumission du monde du travail. À moins de penser précisément comme Hayek que le fascisme n’était qu’un simple « socialisme » : il s’agit de la position défendue par Éric Zemmour, qui a utilisé ce terme pour qualifier sa rivale du RN lors de son meeting du 27 mars.
> social-populisme
On est à deux doigts de parler de social-nationalisme.
Je me demande encore comment les gens peuvent penser que le RN a une quelconque fibre sociale. Ce parti a voté pour la baisse des APL et pour la réduction des instances de contrôle dans les entreprises (anciennement CHSCT, maintenant CSE fourre-tout).
Le programme laisse peu de doute aussi sur son orientation, mais je suppose que les gens n’entendent que “hausse de salaire” sans se poser la question de comment c’est réalisé.
Du coup avec leurs définitions je me demande combien ya de gouvernements “de gauche” pour mediapart sur la planète.
Parce que même le Venezuela ou Cuba je pense qu’ils cochent la case “nationalisme”, du coup c’est perdu pour eux aussi.
Franchement c’est très facile de faire ce genre de critique sur n’importe quel programme.
Ça a bien changé: de mes souvenirs, ses premiers programmes relevaient plus du dirigisme étatique que du libéralisme débridé (dans la mesure où la France est un pays de gauche, tous partis confondus) que je lis ici, ou est-ce que j’ai mal lu à l’époque.
C’est quoi au juste qui n’est pas clair dans les mots “extrème *droite*” ?
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**Non, le programme économique de Marine Le Pen n’est pas « de gauche »**
**Une étude quantitative récente qualifie « de gauche » le programme économique du RN à la présidentielle, rejoignant les accusations d’Éric Zemmour. Mais ces analyses ne résistent pas à une étude sérieuse de ce projet.**
Alors que, depuis quelques semaines, la question sociale émerge comme une question centrale dans la campagne présidentielle, Marine Le Pen tente de jouer sur ce point pour atteindre le second tour. La patronne du Rassemblement national (RN) entend se présenter comme protectrice des plus modestes face à un Emmanuel Macron qui confirme son orientation néolibérale. Elle parviendrait ainsi à capter une partie de l’opposition à la politique du quinquennat finissant en orientant « à gauche » son programme.
Une « note de recherche » du Cevipof de Sciences Po, signé Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS, viendrait confirmer ce positionnement. Publié samedi 26 mars, ce texte compare quantitativement les programmes d’Éric Zemmour et de Marine Le Pen et constate que 66 % des mesures proposées par cette dernière seraient « redistributives », contre 21 % qui relèveraient du « libéralisme ».
Le « social », « l’interventionnisme » ou « l’étatisme » ne sont pas des concepts de gauche en soi.
Selon cette étude, cette « localisation à gauche de l’axe économique » serait plus marquée qu’en 2017, où le programme redistributif représentait 43 % du programme, contre 35 % pour le libéralisme. Ce serait même le « plus à gauche depuis les années 1980 ». Cela dessinerait un « social-populisme » qui s’opposerait à un « capitalisme populaire » défendu par Éric Zemmour, dont le programme serait à 32 % « redistributif » et à 43 % « libéral ».
En apparence, il n’y a là rien d’étonnant en soi. Éric Zemmour représente effectivement une vision « bourgeoise » de l’extrême droite, influencée par la pensée libertarienne de Friedrich Hayek, héritière du Front national version Jean-Marie Le Pen. Marine Le Pen, de son côté, s’est séparée de cette voie dès 2011 et a tenté de séduire une partie de l’électorat populaire. Mais ce mouvement est-il, pour autant, comme le défend l’auteur de cette note, la preuve d’un ancrage du RN dans la « gauche économique » ?
Mais ce récit – et l’étude qui l’appuie – pose de nombreux problèmes. D’abord, le « social », « l’interventionnisme » ou « l’étatisme » ne sont pas des concepts de gauche en soi. Il y a toujours eu une « droite sociale » qui entend corriger les excès du capitalisme et soutenir la demande, mais aussi critiquer les effets d’inégalités du marché. C’est l’habituel discours des « petits » contre les « gros », qui est un classique des programmes de la droite populiste.
L’extrême droite, elle-même, a aussi prospéré sur ce discours. Le fascisme a ainsi joué sur la double opposition à la révolution et au libéralisme. La critique du capitalisme, de la finance, des inégalités et de l’individualisme économique sont des figures classiques du fascisme. Elle permettait de défendre le dépassement de la division entre les classes au sein d’une unité nationale militarisée.
Cette organisation économique corporatiste et étatisée avait évidemment une dimension « sociale » et, si on utilisait les critères du Cevipof, serait classée à gauche. Mais elle s’appuyait sur le nationalisme, la xénophobie et la soumission du monde du travail. À moins de penser précisément comme Hayek que le fascisme n’était qu’un simple « socialisme » : il s’agit de la position défendue par Éric Zemmour, qui a utilisé ce terme pour qualifier sa rivale du RN lors de son meeting du 27 mars.
> social-populisme
On est à deux doigts de parler de social-nationalisme.
Je me demande encore comment les gens peuvent penser que le RN a une quelconque fibre sociale. Ce parti a voté pour la baisse des APL et pour la réduction des instances de contrôle dans les entreprises (anciennement CHSCT, maintenant CSE fourre-tout).
Le programme laisse peu de doute aussi sur son orientation, mais je suppose que les gens n’entendent que “hausse de salaire” sans se poser la question de comment c’est réalisé.
Du coup avec leurs définitions je me demande combien ya de gouvernements “de gauche” pour mediapart sur la planète.
Parce que même le Venezuela ou Cuba je pense qu’ils cochent la case “nationalisme”, du coup c’est perdu pour eux aussi.
Franchement c’est très facile de faire ce genre de critique sur n’importe quel programme.
Ça a bien changé: de mes souvenirs, ses premiers programmes relevaient plus du dirigisme étatique que du libéralisme débridé (dans la mesure où la France est un pays de gauche, tous partis confondus) que je lis ici, ou est-ce que j’ai mal lu à l’époque.
C’est quoi au juste qui n’est pas clair dans les mots “extrème *droite*” ?