
Rivotril, Tramadol, Subutex… plongée au cœur du trafic des médicaments psychotropes. ENQUÊTE – Revendus en pleine rue ou exportés à prix d’or, de nombreux médicaments, uniquement disponibles sur ordonnance, sont la cible de trafics qui creusent le «trou de la Sécu».
3 comments
«C’est un véritable fléau qui va en s’aggravant.» Pas un jour ne passe sans qu’Aurélie de Gorostarzu, directrice de l’association Hors la Rue, spécialisée dans le soutien aux mineurs isolés en Île-de-France, ne constate les ravages de l’addiction aux médicaments. «Sans-abris, adolescentes en fugue, enfants exploités … Beaucoup de ceux que nous accompagnons se fournissent dans la rue, devenant totalement dépendants pour fuir la réalité», prévient-elle auprès du Figaro. Un constat partagé par le Sénat qui s’inquiétait, en mars dernier dans une question au gouvernement, de la recrudescence des trafics de médicaments à Paris et de leur impact sur les mineurs non accompagnés (MNA), régulièrement mis en cause dans des affaires de vols ou de violences.
«Les gélules qu’ingèrent les MNA, mais aussi de nombreuses personnes en situation de détresse, ne sont pas n’importe lesquelles», précise Aurélie de Gorostarzu. Selon nos informations, sont surtout concernés les médicaments psychotropes, tels que le Rivotril, un antiépileptique ; le Tramadol, un antalgique qui agit sur la perception de la douleur par le cerveau ; le Subutex, destiné à remplacer l’héroïne dans le cadre d’une dépendance ; et le Lyrica, ou prégabaline, qui lutte notamment contre le trouble anxieux généralisé.
Tous comportent de sérieuses contre-indications, et peuvent provoquer insomnie, dépression respiratoire, agitations, comportements agressifs ou hallucinations en cas de mésusage ou d’abus. «En 2019, près de la moitié des 551 décès liés à des substances psychotropes ont fait suite à un surdosage en médicaments, principalement ceux de substitution aux opiacés», rappelle au Figaro le Dr Leila Chaouachi, du Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance de Paris. «Ces soins sont donc soumis à une prescription, parfois sécurisée, pour être dispensés en pharmacie.»
​
**De «l’automédication» à la «récréation»**
Une obligation médicale qu’outrepassent de nombreux usagers, assure une source policière, pour qui se fournir en traitements dans les rues de la région francilienne n’a «rien de compliqué». Il suffit de se rendre aux Quatre Chemins, entre Aubervilliers et Pantin (Seine-Saint-Denis), ou dans le 18e arrondissement de Paris, au sortir des stations de métro Barbès ou La Chapelle. Sur place, comme l’a constaté Le Figaro, se côtoient des dizaines de marchands à la sauvette.
Certains proposent sur demande, entre deux cartouches de cigarettes, «un large catalogue de petites pilules», indique notre policier, qui rappelle que l’exercice illégal de la pharmacie est passible de deux ans d’emprisonnement et 30.000 euros d’amende. «À l’unité, les cachets les moins dosés peuvent être revendus contre un billet de 10 ou 20 euros.» À titre de comparaison, une boîte de 56 comprimés de Lyrica coûte une dizaine d’euros en officine.
«Les usagers qui se tournent vers ce circuit parallèle le font à des fins de défonce, d’automédication ou d’autosubstitution», assure Leila Chaouachi, qui pointe «un recours pour les personnes en marge du système, sans-papiers, en difficulté financière ou en sortie de prison.» Pour notre agent de police, ces marchés clandestins attirent tous les profils: «Les clients peuvent être des pères de famille ou des étudiants, addicts ou à la recherche d’une drogue récréative pour égayer leurs soirées.»
​
**«Consommation hors norme»**
L’attrait que suscitent ces médicaments dans l’Hexagone est démontré par un récent rapport du groupement scientifique Epi-Phare. «Entre mars 2020 et avril 2021, on observe une forte augmentation de +1,9 million de délivrances d’antidépresseurs, +440.000 de délivrances d’antipsychotiques, +3,4 millions de délivrances d’anxiolytiques et +1,4 million de délivrances d’hypnotiques par rapport à l’attendu», calculé sur la moyenne des deux années précédentes, est-il écrit.
En 2015, les dernières données de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) indiquaient que 13,4% de la population française avait déjà consommé au moins une fois une benzodiazépine (molécule utilisée dans les anxiolytiques, hypnotiques…). «C’est cette consommation hors norme qui fait se multiplier les marchés noirs et les trafics», analyse notre policier.
«Les criminels internationaux, qui usent de messagerie cryptée, de dispositif de contre-filature et de circuits de blanchiment des bénéfices, recherchent aussi ces médicaments, car dotés d’une très bonne valeur marchande», souligne au Figaro le général Sylvain Noyau, chef de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP). Il rappelle ainsi le démantèlement par ses services, en 2019, d’un réseau ukraino-marseillais, ayant réalisé plus de dix millions d’euros de profit en revendant sur un an et demi 200.000 cachets de Subutex récupérés en France.
«L’Europe du Nord, où il y a plus de toxicomanes qu’en France, est un terrain propice pour la revente, mais aussi le Royaume-Uni et le Caucase», résume au Figaro un haut responsable de l’Observatoire du médicament, au service des douanes. En Finlande, où le Subutex est interdit, un cachet peut être revendu jusqu’à 500 euros en prison. «Au Maroc, le Rivotril est recherché car détourné de son usage pour fabriquer le “karkoubi”, une pâte de cannabis et de comprimés écrasés que fume la jeunesse déshéritée des villes marocaines», reprend Sylvain Noyau.
Au total, les douanes françaises ont saisi en 2020 1,3 million de pilules détournées à des fins psychotropes. Un nombre qui «augmente au fil des années», renchérit notre haut responsable.
Des mineurs en détresse s’explosent au Subutex mais le Figaro doit avant tout mentionner le trou de la Sécu. Heureusement que l’article est plus intéressant que cette présentation
Moi je lis air France donc je sais que la solution c’est de mettre toutes les drogues en vente libre.