**Soucieux de susciter le vote « efficace » à gauche mais aussi de tenter les indécis et les « fâchés pas fachos », le candidat de l’Union populaire ne dispose que d’une marge étroite pour faire campagne contre Marine Le Pen.**
L’affrontement avec Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon connaît. Cette bataille a commencé par un *« Qui elle est celle-là ? »* sur un plateau de télévision en 2002. Puis elle a été émaillée de coups d’éclat et de revers, comme à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), aux élections législatives de 2012, quand le chef du Front de gauche d’alors avait été sorti dès le premier tour et que la présidente du Front national à l’époque avait, elle, échoué au second tour.
Confronté à l’extrême droite, Jean-Luc Mélenchon est celui qui a théorisé la nécessité de descendre dans l’arène. Alors, pourquoi, cette année, Marine Le Pen semble-t-elle plus épargnée que d’habitude, comme si le leader des « insoumis » cherchait à éviter le choc frontal ? Plus dédiabolisée que jamais par l’émergence d’Eric Zemmour, la députée représente pourtant un obstacle sur la route du candidat de l’Union populaire, devenu le troisième homme de l’élection présidentielle dans les enquêtes d’opinion.
Dimanche 27 mars, à Marseille, le candidat a raillé l’idée d’*« un second tour low cost, avec d’un côté l’actuel propriétaire des lieux et ses amis, de l’autre l’héritière de la firme familiale après qu’elle s’est débarrassée du doberman qui était monté sur la table »*. C’est l’issue la plus probable, contre laquelle les soutiens de l’Union populaire engagent leurs forces. Devancer Marine Le Pen relèverait de l’exploit, mais le candidat assure être bien placé, *« pile poil devant le trou de souris »*.
**Eric Zemmour, sa première cible**
Dans cette campagne, Jean-Luc Mélenchon a commencé par s’en prendre à Eric Zemmour. Lors de l’émergence du polémiste, à l’automne 2021, Marine Le Pen était en difficulté. L’ancien journaliste du Figaro et le candidat de La France insoumise (LFI) avaient l’avantage de parler la même langue, de s’être côtoyés et de partager le goût des références historiques, même si c’était pour dire des choses diamétralement opposées. Eric Zemmour, en divisant l’électorat d’extrême droite, faisait baisser le ticket d’entrée au second tour, notait alors avec espoir l’équipe du candidat.
A l’époque, certains à gauche accusaient même le député des Bouches-du-Rhône de faire monter le polémiste en débattant avec lui, relançant le vieux débat sur la manière de faire campagne contre l’extrême droite. Après l’avoir pris deux fois pour contradicteur, Jean-Luc Mélenchon lui est passé devant. Mais cette baisse de régime du candidat de Reconquête ! s’est faite au prix d’une remontée presque mécanique de Marine Le Pen, qui barre maintenant la route au candidat de l’Union populaire.
C’est désormais une évidence, *« l’extrême droite est autour de 30 %* , pour Jean-Luc Mélenchon, *il vaut mieux que chacun de ses candidats soit à 15 %, plutôt que l’un à 10 %, l’autre à 20 % »*, relève Antoine Bristielle, directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès. Le candidat peut-il réussir à entretenir une dynamique supérieure à celle de Marine Le Pen ? Le chercheur en science politique note que la logique de vote utile joue à plein à l’extrême droite, tandis qu’à gauche, il y a plus de freins. *« Au fond, l’enjeu pour lui, c’est d’arriver le jour de l’élection avec un écart avec Marine Le Pen qui soit le plus faible possible, et que face à ces deux, trois points d’écart, des gens qui préféraient Roussel ou Jadot se disent : “Je prends mes responsabilités.” »*
**L’aile souverainiste de LFI mise à distance**
Parallèlement, pour contrer l’attrait d’une partie de l’électorat populaire pour Marine Le Pen, l’expression des *« fâchés pas fachos »* fait un retour discret. Jean-Luc Mélenchon, qui évoque depuis 2012 l’existence d’un vote Le Pen par détresse sociale plutôt que par adhésion à ses thèmes identitaires, l’a prononcée, samedi, sur France 3. *« Bien sûr »*, il veut parler à ces lepénistes, mais pas en allant sur toutes les thématiques. Pour cette élection, la stratégie a changé. La France insoumise a mis à distance une partie de son aile souverainiste : partis en 2018, François Cocq est désormais un des soutiens de Fabien Roussel ; Djordje Kuzmanovic, ex-conseiller aux affaires internationales, a tenté de candidater en son nom sur une sortie de l’Union européenne.
Les « insoumis » évitent, dans cette campagne, les signes subliminaux à l’extrême droite et ne mettent par exemple pas l’accent sur les frontières et leurs bénéfices pour les travailleurs. Son candidat parle créolisation, assume de répéter les mots du poète Edouard Glissant. Dans ses discours, son programme, le vocabulaire des nouvelles luttes antiracistes a gagné en visibilité. Une ligne aux antipodes des angoisses zemmouriennes. *« Les gens qui peuvent voter avec des illusions sur le caractère antisystème de Marine Le Pen, ceux-là, dans le secret de l’isoloir, ils feront ce qu’ils veulent si l’on accède au second tour, mais ce n’est pas notre cible première au premier tour »*, précise le député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel.
Et pourtant cet électorat pourrait peser. Selon la dernière vague de l’enquête électorale Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et le Cevipof, sur cent électeurs de Marine Le Pen qui disent pouvoir changer d’avis, dix choisiraient Jean-Luc Mélenchon en second choix – et, inversement, 13 % des électeurs de ce dernier se reporteraient sur Marine Le Pen. Mais par stratégie politique, avant le premier tour, la captation de cet électorat ne doit pas empiéter sur la mécanique de vote utile enclenchée à gauche, plus porteuse.
**Social et pouvoir d’achat**
Par souci de ne heurter personne, le terrain d’affrontement avec le Rassemblement national se joue donc exclusivement sur le social et le pouvoir d’achat. Marine Le Pen l’a remarqué, elle s’emploie à écarter le candidat de l’Union populaire du champ des *« patriotes ». « J’en appelle aux électeurs qui sont attachés à la France, parce que Jean-Luc Mélenchon soutient des théories racialistes, des groupements islamistes (…), une politique de déconstruction de notre pays »*, lançait-elle le 21 mars sur Franceinfo.
Pour sa part, si Jean-Luc Mélenchon ne dit plus de la candidate d’extrême droite qu’elle est *« semi-démente »*, comme en 2012, il s’attache à la montrer comme étant dans la continuité du programme économique d’Emmanuel Macron, le *« mépris de race »* en plus. Quand certains commencent déjà à brandir l’idée de faire barrage à Marine Le Pen au second tour, il botte en touche, se refusant, comme en 2017, aux consignes de vote. *« Si réellement vous avez l’intention de faire barrage au deuxième tour, j’ai une proposition plus intéressante à vous faire, faites barrage dès le premier tour en votant pour nous ! »*, disait-il dimanche à Marseille.
Dans l’affrontement avec Le Pen, les armes sont limitées. La candidate *« avance masquée, parle moins immigration, beaucoup social*, relève la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain. *Les flèches se sont concentrées sur Zemmour, elle s’est bien banalisée. »* Dans cette campagne sans débat entre les candidats, les occasions sont rares de se confronter à l’héritière de Jean-Marie Le Pen. *« Le refus d’Emmanuel Macron de faire des débats arrange bien Marine Le Pen. On serait prêt à un débat avec elle, mais les éviter la satisfait »*, mesure Eric Coquerel.
Pour parler aux indécis, à ceux qui hésitent à aller voter dans ces derniers jours avant le premier tour, la campagne se concentre donc sur les quartiers populaires. Les caravanes contre l’abstention sont relancées, et le *« parlement de campagne »* y multiplie cette semaine les réunions dans leur direction. Avec un mot d’ordre : *« Aux votes, citoyennes et citoyens. »*
Je vois pas ce qui pourrait inverser la tendance des zemmouriens qui retournent à la niche pour assurer l’ED au deuxième tour, parce qu’actuellement la ligne d’arrivée pour Mélenchon se déplace quasi à la même vitesse que lui, et j’écarterais pas un effondrement complet de Zemmour bien en dessous des 10% dans les derniers jours au profit de MLP si il continue de monter jusqu’à la fin.
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**Soucieux de susciter le vote « efficace » à gauche mais aussi de tenter les indécis et les « fâchés pas fachos », le candidat de l’Union populaire ne dispose que d’une marge étroite pour faire campagne contre Marine Le Pen.**
L’affrontement avec Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon connaît. Cette bataille a commencé par un *« Qui elle est celle-là ? »* sur un plateau de télévision en 2002. Puis elle a été émaillée de coups d’éclat et de revers, comme à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), aux élections législatives de 2012, quand le chef du Front de gauche d’alors avait été sorti dès le premier tour et que la présidente du Front national à l’époque avait, elle, échoué au second tour.
Confronté à l’extrême droite, Jean-Luc Mélenchon est celui qui a théorisé la nécessité de descendre dans l’arène. Alors, pourquoi, cette année, Marine Le Pen semble-t-elle plus épargnée que d’habitude, comme si le leader des « insoumis » cherchait à éviter le choc frontal ? Plus dédiabolisée que jamais par l’émergence d’Eric Zemmour, la députée représente pourtant un obstacle sur la route du candidat de l’Union populaire, devenu le troisième homme de l’élection présidentielle dans les enquêtes d’opinion.
Dimanche 27 mars, à Marseille, le candidat a raillé l’idée d’*« un second tour low cost, avec d’un côté l’actuel propriétaire des lieux et ses amis, de l’autre l’héritière de la firme familiale après qu’elle s’est débarrassée du doberman qui était monté sur la table »*. C’est l’issue la plus probable, contre laquelle les soutiens de l’Union populaire engagent leurs forces. Devancer Marine Le Pen relèverait de l’exploit, mais le candidat assure être bien placé, *« pile poil devant le trou de souris »*.
**Eric Zemmour, sa première cible**
Dans cette campagne, Jean-Luc Mélenchon a commencé par s’en prendre à Eric Zemmour. Lors de l’émergence du polémiste, à l’automne 2021, Marine Le Pen était en difficulté. L’ancien journaliste du Figaro et le candidat de La France insoumise (LFI) avaient l’avantage de parler la même langue, de s’être côtoyés et de partager le goût des références historiques, même si c’était pour dire des choses diamétralement opposées. Eric Zemmour, en divisant l’électorat d’extrême droite, faisait baisser le ticket d’entrée au second tour, notait alors avec espoir l’équipe du candidat.
A l’époque, certains à gauche accusaient même le député des Bouches-du-Rhône de faire monter le polémiste en débattant avec lui, relançant le vieux débat sur la manière de faire campagne contre l’extrême droite. Après l’avoir pris deux fois pour contradicteur, Jean-Luc Mélenchon lui est passé devant. Mais cette baisse de régime du candidat de Reconquête ! s’est faite au prix d’une remontée presque mécanique de Marine Le Pen, qui barre maintenant la route au candidat de l’Union populaire.
C’est désormais une évidence, *« l’extrême droite est autour de 30 %* , pour Jean-Luc Mélenchon, *il vaut mieux que chacun de ses candidats soit à 15 %, plutôt que l’un à 10 %, l’autre à 20 % »*, relève Antoine Bristielle, directeur de l’Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès. Le candidat peut-il réussir à entretenir une dynamique supérieure à celle de Marine Le Pen ? Le chercheur en science politique note que la logique de vote utile joue à plein à l’extrême droite, tandis qu’à gauche, il y a plus de freins. *« Au fond, l’enjeu pour lui, c’est d’arriver le jour de l’élection avec un écart avec Marine Le Pen qui soit le plus faible possible, et que face à ces deux, trois points d’écart, des gens qui préféraient Roussel ou Jadot se disent : “Je prends mes responsabilités.” »*
**L’aile souverainiste de LFI mise à distance**
Parallèlement, pour contrer l’attrait d’une partie de l’électorat populaire pour Marine Le Pen, l’expression des *« fâchés pas fachos »* fait un retour discret. Jean-Luc Mélenchon, qui évoque depuis 2012 l’existence d’un vote Le Pen par détresse sociale plutôt que par adhésion à ses thèmes identitaires, l’a prononcée, samedi, sur France 3. *« Bien sûr »*, il veut parler à ces lepénistes, mais pas en allant sur toutes les thématiques. Pour cette élection, la stratégie a changé. La France insoumise a mis à distance une partie de son aile souverainiste : partis en 2018, François Cocq est désormais un des soutiens de Fabien Roussel ; Djordje Kuzmanovic, ex-conseiller aux affaires internationales, a tenté de candidater en son nom sur une sortie de l’Union européenne.
Les « insoumis » évitent, dans cette campagne, les signes subliminaux à l’extrême droite et ne mettent par exemple pas l’accent sur les frontières et leurs bénéfices pour les travailleurs. Son candidat parle créolisation, assume de répéter les mots du poète Edouard Glissant. Dans ses discours, son programme, le vocabulaire des nouvelles luttes antiracistes a gagné en visibilité. Une ligne aux antipodes des angoisses zemmouriennes. *« Les gens qui peuvent voter avec des illusions sur le caractère antisystème de Marine Le Pen, ceux-là, dans le secret de l’isoloir, ils feront ce qu’ils veulent si l’on accède au second tour, mais ce n’est pas notre cible première au premier tour »*, précise le député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel.
Et pourtant cet électorat pourrait peser. Selon la dernière vague de l’enquête électorale Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, la Fondation Jean Jaurès et le Cevipof, sur cent électeurs de Marine Le Pen qui disent pouvoir changer d’avis, dix choisiraient Jean-Luc Mélenchon en second choix – et, inversement, 13 % des électeurs de ce dernier se reporteraient sur Marine Le Pen. Mais par stratégie politique, avant le premier tour, la captation de cet électorat ne doit pas empiéter sur la mécanique de vote utile enclenchée à gauche, plus porteuse.
**Social et pouvoir d’achat**
Par souci de ne heurter personne, le terrain d’affrontement avec le Rassemblement national se joue donc exclusivement sur le social et le pouvoir d’achat. Marine Le Pen l’a remarqué, elle s’emploie à écarter le candidat de l’Union populaire du champ des *« patriotes ». « J’en appelle aux électeurs qui sont attachés à la France, parce que Jean-Luc Mélenchon soutient des théories racialistes, des groupements islamistes (…), une politique de déconstruction de notre pays »*, lançait-elle le 21 mars sur Franceinfo.
Pour sa part, si Jean-Luc Mélenchon ne dit plus de la candidate d’extrême droite qu’elle est *« semi-démente »*, comme en 2012, il s’attache à la montrer comme étant dans la continuité du programme économique d’Emmanuel Macron, le *« mépris de race »* en plus. Quand certains commencent déjà à brandir l’idée de faire barrage à Marine Le Pen au second tour, il botte en touche, se refusant, comme en 2017, aux consignes de vote. *« Si réellement vous avez l’intention de faire barrage au deuxième tour, j’ai une proposition plus intéressante à vous faire, faites barrage dès le premier tour en votant pour nous ! »*, disait-il dimanche à Marseille.
Dans l’affrontement avec Le Pen, les armes sont limitées. La candidate *« avance masquée, parle moins immigration, beaucoup social*, relève la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain. *Les flèches se sont concentrées sur Zemmour, elle s’est bien banalisée. »* Dans cette campagne sans débat entre les candidats, les occasions sont rares de se confronter à l’héritière de Jean-Marie Le Pen. *« Le refus d’Emmanuel Macron de faire des débats arrange bien Marine Le Pen. On serait prêt à un débat avec elle, mais les éviter la satisfait »*, mesure Eric Coquerel.
Pour parler aux indécis, à ceux qui hésitent à aller voter dans ces derniers jours avant le premier tour, la campagne se concentre donc sur les quartiers populaires. Les caravanes contre l’abstention sont relancées, et le *« parlement de campagne »* y multiplie cette semaine les réunions dans leur direction. Avec un mot d’ordre : *« Aux votes, citoyennes et citoyens. »*
Je vois pas ce qui pourrait inverser la tendance des zemmouriens qui retournent à la niche pour assurer l’ED au deuxième tour, parce qu’actuellement la ligne d’arrivée pour Mélenchon se déplace quasi à la même vitesse que lui, et j’écarterais pas un effondrement complet de Zemmour bien en dessous des 10% dans les derniers jours au profit de MLP si il continue de monter jusqu’à la fin.