
REPORTAGE. “Je crois que ça se transmet avec l’haleine”, “il faut se vacciner à la naissance” : une nouvelle enquête révèle la méconnaissance du sida chez les jeunes
by BuddyDesigner3502

REPORTAGE. “Je crois que ça se transmet avec l’haleine”, “il faut se vacciner à la naissance” : une nouvelle enquête révèle la méconnaissance du sida chez les jeunes
by BuddyDesigner3502
12 comments
“L’enquête publiée par Sidaction révèle que 42% des jeunes pensent encore que le VIH peut se transmettre par un baiser, 40% qu’il existe un vaccin contre le sida.”
Je crois que le pire passage c’est :
>lycéennes marseillaises, âgées de 16 ans ( …) ‘les préservatifs, cela ne leur dit rien. *”C’est quoi* *?”*, questionne l’une d’elles.’
Sans même parler du sida, il y a tellement de merde que tu peux attraper avec un rapport non protégé…
Sept jeunes sur dix affirment aussi qu’il est « peu probable » qu’ils l’attrapent un jour.
J’aimerais bien connaître la question.
Cette réponse est techniquement vraie.
Nous on nous l’a rabâché au collège, je vois pas comment on aurait pu ignorer ça à ce point. On n’en parle plus aujourd’hui ?
Ma génération, j’ai 35 ans, a bouffé des pubs, des émissions, des reportages, des cours a l’école la dessus. Pendant des années.
Pour avoir eu pas mal de coups d’un soir a la fac, quasiment jamais aucun de mes partenaires homme ou femme, n’a voulu coucher sans capote.
Quand je vois mon neveux, qui a 23 ans me dire qu’il a jamais mis de capote, je suis partagé entre la baffe et la crainte mais je me dis surtout que comme pour le reste de l’éducation, on les a un peu laissé sur le bord de la route.
Mais je leur en veut aussi un peu. C’est la première génération a être née avec un appareil entre les mains qui leur donne accès à toutes la connaissance du monde et ils regardent des vidéos de merde sur tiktok au lieu de se renseigner sur comment apprendre a utiliser la capote (mais aussi, le neveu de 23 ans ne sait pas où est situé le clito).
Je pense qu’il faut remettre une bonne couche d’éducation sexuelle dans tous les médias et surtout apprendre aux gens, jeunes et vieux a utiliser internet pour autre chose que regarder des vidéos de chat.
Pour ceux qui veulent le compte rendu complet du sondage vu que c’est jamais ajouté au communiqué de presse (ce qui est un problème):
https://www.opinion-way.com/wp-content/uploads/2025/03/OpinionWay-pour-Sidaction-Enquete-aupres-des-jeunes-13-mars-2025.pdf
C’est quand même étonnant que dans la partie *”Les représentations associées aux risques de transmission du VIH”*, certaines métriques sont stables depuis 2015 et soudainement, entre février 2023 et octobre 2023, il y a un recul important de “bonnes réponses” à ces questions (par exemple celle de la transmission en embrassant). Recul confirmé en février 2025. Dans un pool représentatif de 15-24 ans, la proportion de renouvellement en 6 mois (et même sur 2 ans) rend cette brusque fluctuation étonnante si les questions sont bien les mêmes, de même que la méthode d’échantillonnage si on suppose la réelle représentativité de l’échantillon. Sauf à ce que la variance soit en réalité importante. Après je pinaille vu que la tendance est quand même globalement baissière.
Et sinon, hors-sujet mais vu que c’est dans les annexes du sondage, ça me rend toujours aussi perplexe de voir une mesure de la perméabilité aux théories complotistes utiliser, entre autres: *”Les politiciens ne nous disent généralement pas ce qui
motive réellement leurs décisions.*” mais c’est mon côté complotiste j’imagine. 🙂
> il faut se vacciner à la naissance
la bonne nouvelle c’est qu’au moins ils ne sont pas antivax
Il faut urgemment relancer les campagnes de sensibilisation telles que pratiquées il y a 20-30 ans.
Ils ont besoin de lire le Guide du zizi sexuel
Comment a-t-on pu en arriver là ?
Petites choses que j’ai vues et entendues chez des 20-30 ans ces dernières années :
– Une fille qui allait faire un dépistage et était bien embêtée car “j’ai pas mes règles aujourd’hui, comment ils vont faire pour l’analyse ?” (Elle était convaincue que pour dépister il faut prendre le sang des règles…)
– Diverses variations de “j’ai pas besoin de capotes, j’ai [système de contraception]” et beaucoup de réactions surprises lorsque je mentionne que les capotes c’est pour se protéger des IST et du SIDA, pas d’une grossesse (la plupart ont refusé de me croire, une personne m’a même hurlé dessus)
– “OK faut une capote en vaginal mais pour l’anal y a pas besoin pas vrai ?”
– Un peu différent mais un débat avec des jeunes femmes à la fac qui étaient convaincues que les femmes n’ont pas besoin d’aller chez le gynécologue régulièrement, “pas comme les hommes qui ont le test de la prostate” : elles m’ont dit sans broncher que le gynéco c’est que si tu es enceinte. Dans la même veine une pote à moi avait des règles ultra douloureuses et a refusé d’aller chez le gynéco parce que, je cite, “je suis pas une traînée” et m’a presque traitée de pute lorsque j’ai dit que j’allais chez le gynéco depuis mes 14 ans (meuf mes règles me faisaient m’évanouir et à un moment donné j’ai eu un kyste à un sein… ouais je suis allée chez le gynéco. Elle m’a dit “je savais pas que ça servait à ca” et elle ignorait aussi que la pilule peut aider avec les règles…)
L’ignorance crasse des jeunes face à leur sexualité, leur santé et leur propre corps est un danger qui nous pend au nez à tous. C’est également absolument choquant.
Ce que certains pensent observer, et qui semble effectivement se produire, est un effet du capitalisme et de la société de consommation. À mon avis.
Les jeunes lisent de moins en moins. La rétention du savoir est moins valorisée, car la compétence à rechercher l’information est jugée suffisante (en réalité mettre en avant cette compétence est sûrement qu’un premier effet de la généralisation du « marché du savoir » ; une perversion du système éducatif mis au pas pour le marché du travail). Ainsi, le savoir s’accumule sur des supports physiques que nous ne possédons pas, comme des serveurs, et l’information est triée par des algorithmes. En d’autres termes, on ne lit plus un livre complet sur un sujet, mais un résumé d’informations sous un certain angle, si on a la chance de les trouver par nous-mêmes.
Cette externalisation du savoir réduit la latitude de la culture générale commune dans tous les domaines. Nous sommes inondés d’informations que nous n’avons pas nécessairement choisi de connaître (il faut comprendre : on nous oriente), qui sont souvent superficielles (à un niveau assez suffisant pour se croire expert alors qu’on connait que le surface ; impression de ne pas avoir à confronter les sources et à actualiser sa connaissance du sujet).
Un exemple pratique : la possession d’encyclopédies physiques a fortement diminué ces trente dernières années, ce qui pourrait ne pas être inquiétant grâce au Web. Surtout que posséder une encyclopédie c’était déjà un sacré marqueur social.
Cependant, Wikipédia ne remplace pas ces anciennes encyclopédies, je dirais même que si elle s’est démocratisée, elle doit être majoritairement mal utilisée : peu de gens lisent un article en entier, préférant les résumés. La presse, maintenant concentrée entre les mains de milliardaires, suit la même tendance : beaucoup se contentent des titres ou des chapeaux.
Il est documenté que la tendance est de voir l’information plutôt que de l’écouter ou de la lire. Il est urgent de redonner aux Français du temps libre et le goût de la culture pour cultiver le savoir.
Moi, je pense que les grands modèles de langage pourraient aggraver cette situation. Imaginez : la connaissance facilement accessible uniquement pour les plus aisés, tandis que les moins fortunés en seraient dépossédés, recevant des mises à jour d’applications comme seule source de savoir. Ajoutez à cela la privatisation des services publics et de l’éducation, et vous obtenez un marché des connaissances réservé à ceux qui peuvent se le permettre. Avant au moins, du moins en France, le risque était que le programme officiel soit censuré ou biaisé. Maintenant le système éducatif public souffre et est considéré de toute manière comme désuet : l’information est accessible… Apprenez votre boulot grâce au ministère de l’éducation et le reste ça vous regarde. La priorité donnée à la « professionnalisation » des étudiants causera encore plus de dégâts au niveau sociétal je pense. Il y a une partie de la connaissance qui se retrouve jugée désuet et non enseignable au risque de perdre du temps… et en permettant d’avoir des esprits plus malléables, moins équipés pour résister à ceux qui possèderont tout, y compris la connaissance.
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