Le programme économique du RN déchiffré

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  1. >**Le programme économique du RN déchiffré**

    >C’est la troisième fois que Marine Le Pen se livre au détail du chiffrage de son programme, ce passage obligé de la campagne présidentielle. Et c’est la troisième fois que la candidate du Rassemblement national (RN) transforme cet exercice en étape de sa normalisation. Cette année, assure-t-elle, son programme est «crédible» et «financièrement» équilibré avec 68,3 milliards d’euros de dépenses ou de recettes en moins compensées, ainsi que 100 autres milliards de supposées «mesures sans conséquence budgétaire».

    >Pour preuve de son sérieux, elle aurait abandonné la sortie de la France de l’Union européenne et de la zone euro. Du moins dans son discours, car plusieurs mesures pourraient aboutir au même résultat : la baisse de 5 milliards d’euros de la contribution de la France au budget européen et la primauté du droit national sur le droit européen. «Un Etat ne peut pas décider unilatéralement de baisser sa contribution au budget européen. Cela n’est jamais arrivé, cela déclencherait une procédure d’infraction. Ces mesures sont à même de remettre en cause l’appartenance de la France à l’Union européenne», remarque Eulalia Rubio, chercheuse senior à l’institut Jacques-Delors. Son rétropédalage sur les retraites est aussi censé attester d’un nouvel équilibre entre mesures sociales et sérieux budgétaire : alors qu’elle défendait il y a cinq ans un retour à l’âge légal de 60 ans, Marine Le Pen propose désormais une version hybride dans laquelle seules les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans et accumulé 40 annuités pourraient partir en retraite à cet âge.

    >**Politique violemment antisociale**

    >Marine Le Pen a une formule : elle veut «une politique sociale alternative, notamment en faveur des familles françaises». Pour la mettre en œuvre, la lutte contre la «submersion migratoire» figure toujours au cœur du programme de la candidate d’extrême droite. Elle aligne ainsi pour 80 milliards d’euros d’économies sur l’immigration, un chiffrage «a minima» sur l’ensemble du quinquennat précise-t-elle, fait de mesures xénophobes consistant à restreindre considérablement l’accès au RSA pour les étrangers, à supprimer les prestations familiales pour les étrangers à moins qu’ils ne vivent avec un Français, à mettre fin à l’accueil des mineurs non accompagnés, ou encore à supprimer l’aide médicale d’Etat (AME).

    >Tandis que les étrangers resteraient des contribuables comme les autres, cette politique violemment antisociale aggraverait encore les inégalités. Car les prestations dont certains bénéficient ne permettent déjà pas de corriger l’écart de niveau de vie séparant les immigrés des non-immigrés (26 %, selon l’Insee). Loin de contester l’ampleur du choc, le directeur de cabinet de la candidate, Renaud Labaye, l’assume : «Ceux qui pourront subvenir à leurs besoins sans ces aides pourront rester», les autres «repartiront dans leur pays» où «ils seront sans doute très riches» (sic).

    >**«Potentiellement assez injuste»**

    >Parallèlement, Marine Le Pen s’autoproclame «candidate du pouvoir d’achat» depuis des mois. Elle a été l’une des premières à réagir au retour de l’inflation – qui serait en mars de 4 % sur un an selon l’Insee. Dès septembre, le RN a en effet proposé d’abaisser la TVA de 20 % à 5,5 % sur les carburants, puis sur tous les produits énergétiques, pour un coût évalué à 12 milliards d’euros pour les finances publiques. Mais cette mesure onéreuse, outre qu’elle éloigne des objectifs de la réduction des émissions de CO2, ne permettrait pas de cibler ceux à qui l’inflation pose de réelles difficultés.

    >Ce n’est pas une exception. Dans les 12 milliards de dispositions d’urgence pour le pouvoir d’achat, le RN prévoit de suspendre les dernières hausses de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques pendant un mois quand le baril dépasse les 100 dollars pendant une semaine – soit 8,5 milliards par an –, ou de supprimer la TVA pour un panier de 100 produits (pour un coût évalué à 3,5 à 4 milliards) quand l’inflation dépasse d’un point la croissance. Mais le parti n’a «pas fait la liste des produits», seulement «une règle de trois avec le panier moyen des Français composé par familles rurales et les recettes de TVA». Les baisses de TVA ont rarement été répercutées aux consommateurs – quand un taux réduit à 5,5 % a été instauré dans la restauration en 2009, les clients ont récupéré moins de 10 % des gains, selon l’Institut des politiques publiques (IPP).

    >En réalité, sous le ripolinage social affiché par la candidate, plusieurs de ses mesures ne seraient d’aucune aide aux plus pauvres. Comme celles concernant l’immobilier et la fiscalité des successions avec la suppression des droits sur les biens immobiliers jusqu’à 300 000 euros. Laurent Bach, professeur à l’Essec et chercheur à l’IPP constate que cela renforcerait un système qui a «déjà une préférence pour l’immobilier» : «C’est potentiellement assez injuste, puisque de nombreux propriétaires se sont enrichis ces vingt dernières années avec l’envol des prix de l’immobilier.» La suppression de l’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans ne changera rien non plus à la vie des nombreux jeunes smicards (qui, par ailleurs, ne verront pas le smic revalorisé). Quant aux 2 milliards que coûterait cette suppression, Renaud Labaye admet que ce montant «n’a rien de scientifique», car Bercy ne donne pas «accès aux bases de données». Et que, de toute façon, ce «chiffrage n’est pas un projet de loi de finances».

    >**Doxa de la droite**

    >Dans le domaine des salaires aussi, Marine Le Pen se montre fidèle à la doxa de la droite en recourant à une bonne vieille carotte fiscale censée inciter les employeurs à augmenter les rémunérations. Ainsi, seraient exonérées de cotisations patronales les hausses de 10 % des salaires inférieurs à trois smic. Un plafond très élevé, que la candidate a choisi «pour inclure les classes moyennes», a-t-elle expliqué au cours d’un «grand oral» organisé par le Medef en février, l’occasion pour elle de cajoler le patronat en lui promettant que l’Etat le soutiendrait. Mais à trois fois le smic, soit 4 800 euros brut par mois, on gagne plus d’argent que près de 90 % de la population. Et cette mesure entraînerait un manque à gagner pour la solidarité nationale estimé à 10 milliards d’euros par an par l’Institut Montaigne, un think tank patronal.

    >Le financement de tout le programme est sujet à caution. Outre l’absence de cadrage, outre des dépenses calculées de manière hasardeuse, plusieurs des recettes sont hypothétiques. Marine Le Pen veut, par exemple, récupérer 15 milliards sur la fraude sociale, fiscale ou aux importations, en s’appuyant notamment sur un montant avancé par le député UDI Pascal Brindeau, mais qui n’a jamais été étayé. Ou supprimer l’impôt sur la fortune immobilière (143 000 foyers assujettis avec 1,56 milliard d’euros collectés en 2020), et créer l’IFF, un impôt sur la fortune financière qui rapporterait 2,5 milliards. «Le capital financier peut être plus facilement déplacé que le capital immobilier et le risque d’optimisation est accru», remarque Laurent Bach. Le chercheur est tout aussi circonspect sur la pénalité de 33 % sur les rachats d’actions – chiffrée à 8 milliards – imaginée pour financer la majorité des mesures d’urgence sur le pouvoir d’achat : «Avec une taxation à 33 % de ces rachats d’actions, les entreprises arrêteraient aussitôt ces programmes pour verser davantage de dividendes et la base taxable disparaîtrait instantanément. Si c’était rétroactif, cela aurait très peu de chances d’être constitutionnel.»

    >Le sérieux budgétaire que Marine Le Pen revendique ne repose sur rien d’autre que sa parole. Les tableaux de chiffrage proposés par le RN sont parfois confus et il y manque des éléments essentiels. Ni la trajectoire des finances publiques, ni les hypothèses macroéconomiques ne sont mentionnées. A entendre la candidate, ses calculs n’ont pu être validés par un cabinet indépendant car ils auraient tous décliné l’exercice. Interrogé, Renaud Labaye se refuse à donner les noms des entreprises. Mais Rexecode et Asterès, deux des rares cabinets privés à même d’évaluer de telles mesures, disent ne jamais avoir été sollicités.

  2. A droite de l’article y’a le portrait du jour d’Afida Turner, je me demande si c’est pas plus sérieux que le programme “économique et sociale” du RN

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