Une avancée, avant un éventuel cessez-le-feu ? La Russie et l’Ukraine se sont entendues séparément mardi avec les États-Unis pour garantir la sécurité de navigation en mer Noire et appliquer l’interdiction des attaques réciproques sur leurs infrastructures énergétiques. Dans le cadre de l’accord avec la Russie, les États-Unis se sont en outre engagés à aider à rétablir l’accès aux marchés mondiaux des produits agricoles et engrais russes. Le Kremlin a souligné que cela impliquerait la levée de certaines sanctions internationales contre la Russie.

S’ils sont mis en œuvre, ces accords, annoncés après deux jours de discussions en Arabie saoudite, représenteraient l’avancée la plus nette à ce jour vers un cessez-le-feu plus large en Ukraine, que le président américain Donald Trump considère comme une étape vers des négociations de paix visant à mettre un terme à trois ans de conflit déclenché par l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie en février 2022.

À LIRE AUSSI Malgré la guerre, la diplomatie secrète entretenue par l’Ukraine et la RussieUkrainiens comme Russes ont déclaré qu’ils comptaient sur les États-Unis pour faire respecter ces engagements. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré lors d’une conférence de presse à Kiev que ces accords entraient immédiatement en vigueur et qu’il réclamerait à Donald Trump de nouvelles sanctions contre Moscou et des armes supplémentaires pour son pays si la Russie ne les respectait pas.

Moscou veut des « garanties claires »

« Nous n’avons aucune confiance envers les Russes, mais nous serons constructifs », a-t-il dit. Volodymyr Zelensky a aussi souligné que l’Ukraine n’était aucunement tenue par la promesse américaine de contribuer à un assouplissement des sanctions contre la Russie. « Nous pensons que c’est un affaiblissement de la position et des sanctions », a dit le président ukrainien.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a pour sa part prévenu que Moscou souhaitait obtenir des « garanties claires ». « Et étant donné la triste expérience des accords conclus avec seulement Kiev, ces garanties ne peuvent être que la conséquence d’un ordre de Washington à Zelensky et à son équipe de faire une chose et pas l’autre », a-t-il dit.

À LIRE AUSSI Pour qui, à Kiev, sonnerait le glas ? Les engagements annoncés mardi font suite à des entretiens téléphoniques séparés qu’a eus la semaine dernière Donald Trump avec Volodymyr Zelensky et le président russe Vladimir Poutine. Si Volodymyr Zelensky avait accepté le principe d’un cessez-le-feu complet de 30 jours, Vladimir Poutine l’avait en revanche rejeté en réitérant les exigences de la Russie sur l’avenir de l’Ukraine, se contentant d’un accord sur un arrêt des attaques contre les infrastructures énergétiques.

Pour Zelensky, les Russes font « de la manipulation »

Dans le cadre de l’accord sur la mer Noire, les États-Unis ont déclaré qu’ils « contribueraient à rétablir l’accès de la Russie au marché mondial pour les exportations de produits agricoles et d’engrais, à abaisser les coûts d’assurance maritime et à améliorer l’accès aux ports et aux systèmes de paiement pour de telles transactions ».

Le Kremlin a souligné que cet accord n’entrerait en vigueur qu’une fois un certain nombre de conditions remplies, notamment la levée des restrictions et des sanctions contre la banque publique agricole Rosselkhozbank « et d’autres organisations financières impliquées dans le commerce de produits alimentaires [y compris les produits de la mer] et des engrais, leur connexion au [système de paiement] SWIFT et l’ouverture des comptes correspondants nécessaires ».

À LIRE AUSSI La Russie suspend ses exportations de gaz vers l’Europe à travers l’UkraineMoscou réclame aussi la levée des sanctions contre les exportateurs de ces produits et contre les navires russes impliqués dans ce commerce. Pour Volodymyr Zelensky, l’entrée en vigueur de ces accords n’est précédée d’aucune condition. « Malheureusement, même maintenant, même aujourd’hui, le jour même des négociations, nous voyons déjà comment les Russes essaient de faire de la manipulation », a dit le président ukrainien dans son allocution du soir quotidienne. « Ils essaient déjà de déformer les accords et, en fait, de tromper aussi bien nos intermédiaires que le monde entier. »

Un précédent accord en 2022

Son ministre de la Défense, Roustem Oumierov, a prévenu que l’Ukraine considérerait tout mouvement de bateau militaire russe hors de la partie orientale de la mer Noire comme une menace et une violation de l’accord et se réserverait alors le droit de se défendre.

Un précédent accord sur la mer Noire conclu en juillet 2022 sous l’égide de la Turquie et des Nations unies avait permis à l’Ukraine d’exporter en toute sécurité près de 33 millions de tonnes de céréales malgré la guerre. La Russie s’est retirée de cet accord un an plus tard en affirmant que ses propres exportations étaient entravées par les sanctions occidentales affectant les paiements, la logistique et l’assurance.

À LIRE AUSSI Trump-Poutine : le grand « deal » Le conflit se déroule peu en mer quoi qu’il en soit et l’Ukraine, après avoir desserré l’étreinte russe, a pu rouvrir ses ports et reprendre ses exportations à des niveaux proches de ceux existant avant 2022. La Russie n’a en revanche cessé d’attaquer les infrastructures énergétiques de l’Ukraine, spécialement avant chaque hiver, au motif qu’elles nourrissent les capacités de combat ukrainiennes.

L’Ukraine est pour sa part récemment parvenue à bombarder des sites pétroliers et gaziers en profondeur en territoire russe, car ils soutiennent selon elle l’effort de guerre de Moscou. Donald Trump, qui s’est engagé à mettre fin rapidement au conflit, a fait évoluer la position des États-Unis depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier en exerçant une forte pression sur l’Ukraine, que son prédécesseur Joe Biden soutenait avec vigueur, tout en se rapprochant de la Russie.

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« Nous faisons beaucoup de progrès », a-t-il jugé mardi devant les journalistes, tout en faisant état d’une « énorme animosité » entre Russes et Ukrainiens. « Il y a beaucoup de haine », a-t-il ajouté, mais l’implication américaine « permet aux gens de se réunir, d’avoir une médiation, un arbitre et voir si nous pouvons arrêter ça ». « Et je crois que ça va marcher. »

L’Ukraine et ses alliés européens redoutent que le président américain ne conclue un accord précipité avec Vladimir Poutine, qui compromettrait leur sécurité et satisferait aux exigences russes, à savoir un abandon par Kiev de son projet d’adhésion à l’Otan et de l’intégralité de quatre régions ukrainiennes revendiquées par la Russie.