Bien que marqué par un contexte difficile pour le monde de la culture, le président du festival de cinéma d’Alès, Julien Camy, dresse un premier bilan positif de cette édition 2025. Et entrevoit les défis à relever pour 2026.
Le chiffre précis de la fréquentation de cette édition n’est pas encore présenté. Avez-vous ressenti de l’affluence au festival, en dépit des difficultés que traverse actuellement le monde de la culture ?
Malgré les contraintes, on a eu une fréquentation qui est, en tout cas, aussi bonne que l’année dernière, et il y aura sans doute une légère augmentation. Cela nous conforte dans l’idée que ces lieux restent essentiels. Les gens ont eu besoin des salles de cinéma pour se retrouver, échanger, et se rassembler. Cela tient sans doute aussi au choix de maintenir des tarifs acceptables pour une grande partie de la population. Et par le fait que le festival est une fête. Dans toutes les périodes un peu sinistrées comme celle que nous vivons, aussi au point de vue de ce qui se passe dans le monde, on se rend compte que les gens ont besoin de passer du temps ensemble. D’avoir, entre les émotions du cinéma, un peu de chaleur humaine.
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Et vous avez reçu des personnalités qui ont partagé avec joie leurs passions pour leur métier, Bérénice Béjo et Sergi Lopez en tête. Leur venue a, on suppose, contribué à l’engouement pour le festival cette année ?
Évidemment. Leur générosité, et le fait qu’ils soient accessibles pour le public sont au centre de tout ce qui fait vivre le festival. Sergi, s’est fait interpeller presque tous les 20 mètres dans la ville par des passants qui lui ont dit “J’aime vos films, c’est formidable !” Je pense qu’il a fait la bise à la moitié d’Alès !
Et c’est cette proximité qui fait toujours, selon vous, la vision du cinéma défendue par Itinérances ?
Moi, si je reviens ici tous les ans depuis 26 ans, c’est bien pour ça. C’est un festival de cœur. Cette proximité est à la fois géniale pour les artistes et pour le public. Les artistes, ils reviennent pour ça : ici, on traite les comédiens, les réalisateurs, comme des créateurs et des professionnels, et un peu moins comme des “stars”. Cela a sans doute des conséquences sur la renommée nationale d’Itinérances, mais on essaie de garder cette approche différente. On ne rentre pas vraiment dans les codes médiatiques qui sont, en ce moment, plus sur la starification, l’image et les réseaux sociaux. Mais inversement, peu de festivals arrivent à amener plus de 40 000 spectateurs dans les salles pendant dix jours et peu ont aussi cette importante longévité. On en est à 43 éditions. Et je pense que c’est grâce à l’objectif fixé depuis le début : que les salles soient pleines, et que le public du territoire soit heureux à la sortie.
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“En 2026, ce sera quoi qu’il en soit un festival différent”
La 44e édition d’Itinérances est fixée du 20 au 29 mars 2026. L’an prochain, vous avez un nouveau défi : le Cratère sera en travaux, donc inaccessible. Comment vous allez vous organiser ?
Le cratère sera délocalisé dans son théâtre éphémère à la Prairie. On aura accès à cette salle et on aura toujours le Cinéplanet et la médiathèque. Et potentiellement Le Capitole si on veut rajouter une salle. Effectivement, la salle provisoire du Cratère sera plus petite et sera plus éloignée des autres lieux. Il y aura le Gardon à traverser. Ce sera en effet un défi pour nous : voir comment faire rentrer tout notre public. Potentiellement faire face à une légère perte de fréquentation. On commence à mettre plusieurs hypothèses sur la table pour réfléchir au meilleur maillage possible afin de garder un dynamisme et de ne pas avoir un festival séparé en deux parties.
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Voir comment le Gardon peut unir et non séparer ?
C’est ça. Sans prendre à chaque fois la voiture parce que ça va être ça aussi le problème. Jusqu’à présent, si deux films s’enchaînaient en 15 minutes entre le Cinéplanet et le Cratère, c’était bon. Là-bas, ce ne sera pas pareil. En 2026, ce sera quoi qu’il en soit un festival différent. On ne fera donc pas la même chose.