AboSéisme politique en France –
Marine Le Pen condamnée à cinq ans d’inéligibilité
Jugée coupable de détournement de fonds, la cheffe de file du RN écope de 4 ans de prison dont 2 avec sursis et d’une peine d’inéligibilité, dont les conséquences politiques sont lourdes.
Ariane Hasler- Paris
Publié aujourd’hui à 20h34

Marine Le Pen, dirigeante du Rassemblement national, au Palais de justice de Paris pour le verdict de son procès concernant des soupçons de détournement de fonds, le 31 mars 2025.
AFP/Alain Jocard
Après presque deux heures d’explications détaillées sur la logique suivie par le tribunal durant ses quatre mois de délibération, et alors que la présidente égrène une à une les peines des 24 autres prévenus dans l’affaire des assistants parlementaires européens fictifs, l’avocat de Marine Le Pen se lève du siège de la défense et vient chuchoter quelques mots à sa cliente.
Cette dernière, qui s’est ratatinée dans son siège au fil de la démonstration de la présidente, se redresse, écoute, puis se lève d’un bond, lèvres serrées, et s’en va, dans un silence stupéfait, uniquement rompu par le claquement sonore de ses talons, sa garde rapprochée à ses trousses. Marine Le Pen ne subira pas l’affront d’entendre la présidente du tribunal énoncer la sentence qui semble mettre à mort son projet politique pour 2027. L’image de ce départ tapageur restera. Ce jugement historique aussi.
Un véritable système de détournement
En condamnant Marine Le Pen à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire, une sanction qui entre immédiatement en vigueur et qui ne peut être suspendue en cas de recours, le Tribunal correctionnel de Paris met un stop quasi définitif aux ambitions présidentielles de la fille de Jean-Marie Le Pen pour la prochaine élection. Alors même que celle-ci n’a jamais été aussi bien placée dans les sondages.
Cette dernière était jugée lundi avec 24 autres prévenus et son parti pour avoir détourné plus de 4 millions d’euros au total destinés initialement à payer des assistants parlementaires européens en faveur du FN, le futur Rassemblement national. À ses côtés, huit autres eurodéputés du RN ont également été condamnés ainsi que le parti lui-même. Pour la présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis, Marine Le Pen a poursuivi une pratique mise en place par son père lorsqu’il était député européen avec «autoritarisme».

Patrick Maisonneuve, avocat du Parlement européen, répond aux journalistes au Palais de justice de Paris concernant le verdict du procès du groupe parlementaire Rassemblement national, 31 mars 2025.
keystone-sda.ch/EPA/MOHAMMED BADRA
Un véritable système qui permettait au parti de renflouer ses caisses dégarnies avec des deniers publics européens. Elle écope de la peine la plus lourde, 4 ans de sursis dont 2 ans ferme, aménagés avec un bracelet électronique, 100’000 euros d’amende mais aussi et surtout cette inéligibilité avec exécution provisoire. Jusqu’au bout, elle aura espéré que cette sanction ne tombe pas, déclarant dimanche encore dans la presse: «Je ne le suis pas [fébrile], mais je comprends qu’on puisse l’être: avec l’exécution provisoire, les juges ont un droit de vie ou de mort sur notre mouvement. Je ne crois pas qu’ils iront jusque-là.»
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Jugement antidémocratique selon le RN
Aussitôt le verdict connu, les soutiens de Marine Le Pen se sont déchaînés contre une décision judiciaire qualifiée de «politique», reprenant l’argumentaire déployé par le RN durant toute la longue procédure de justice. «Aujourd’hui, ce n’est pas seulement Marine Le Pen qui est injustement condamnée: c’est la démocratie française qui est exécutée», a ainsi dénoncé le président du parti, Jordan Bardella.

Marine Le Pen s’adresse à ses partisans lors d’un rassemblement de campagne à Nice, en 2017.
keystone-sda.ch/AP Photo/Claude Paris,
Avis partagé par Eric Ciotti, désormais allié à Marine Le Pen: «La candidate favorite à l’élection présidentielle empêchée de se présenter. Ce n’est pas un simple dysfonctionnement, c’est un système de captation du pouvoir qui écarte systématiquement tout candidat trop à droite en mesure de gagner, de François Fillon à Marine Le Pen.» Le chef de file des députés Les Républicains, Laurent Wauquiez, a de son côté regretté «une décision très lourde et exceptionnelle». À l’opposé de l’échiquier politique, Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, a également commenté: «La décision de destituer un élu devrait revenir au peuple.»
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«Je suis Marine»
À l’extérieur des frontières de l’Hexagone aussi, les alliés européens du RN ont sévèrement critiqué la décision de justice. Le chef du parti d’extrême droite à la tête de la coalition néerlandaise, Geert Wilders, s’est dit «choqué» par la condamnation qu’il juge «incroyablement sévère». Le patron de la Ligue et vice-président du Conseil des ministres italien, Matteo Salvini, a fustigé «une déclaration de guerre de Bruxelles», lançant à Marine Le Pen: «Ne nous laissons pas intimider, ne nous arrêtons pas: en avant toute, mon amie!» Le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, s’est, lui, fendu d’un «Je suis Marine» sur X. Le Kremlin a déploré une «violation des normes démocratiques» et Elon Musk a dénoncé de son côté sur X un «abus du système judiciaire».
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Le plan B…ardella?
En quittant bruyamment le tribunal avant que sa peine ne lui soit notifiée, Marine Le Pen a non seulement marqué son désaccord avec la décision de la justice, mais elle a également communiqué à sa manière un certain mépris, voire un mépris certain pour une institution judiciaire dont elle est pourtant issue en tant qu’avocate de formation. Mais quoi qu’elle en pense, et même si son avocat a aussitôt annoncé qu’il faisait appel, ses chances de pouvoir contourner cette décision historique, si elles ne sont pas totalement inexistantes, sont maigres et elle le sait.

Marine Le Pen parle à Jordan Bardella lors du séminaire parlementaire du Rassemblement national à l’Assemblée nationale à Paris, le 14 septembre 2024.
AFP/Ludovic MARIN
Il faudrait par exemple pour cela que le recours soit jugé extrêmement rapidement et qu’un nouveau procès soit mis en place avant la présidentielle de 2027. Dans la foulée de ses grandes enjambées rageuses l’extirpant du lieu où la justice s’est abattue sur elle, elle s’est aussitôt rendue au siège parisien du parti pour une réunion de crise. Quelques minutes après, on apprenait qu’elle s’exprimerait dans le «20H» de TF1. De quoi libérer peut-être enfin ses troupes qui, depuis l’annonce des réquisitions en novembre 2024, sont alignées derrière leur cheffe. Elle disait ne pas craindre la possibilité de cette condamnation, bloquant de ce fait une véritable réflexion et communication sur un plan B si c’était le cas.
Plan B potentiel il y a, on le sait, en la personne de Jordan Bardella. Reste à voir s’il en rêve en se rasant le matin, et surtout s’il est prêt à 29 ans et sa courte expérience pour briguer la présidence. Reste à voir aussi si Marine Le Pen ne tentera pas tout pour accomplir le sien, de rêve, quitte à placer son parti dans une situation très dangereuse.
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