Des chiffres jamais vus depuis avril 1998, c’est-à-dire quand Eurostat a commencé à compiler ces données… Dans l’Union européenne, le taux de chômage s’est écrasé à 5,7%. Le nombre de chômeurs a en effet encore diminué en février, que ce soit au sein de l’UE que dans la zone euro (l’ensemble des pays partageant la monnaie unique, où il atteint 6,1%).
Ce sont donc quelque 12,68 millions de personnes qui émargeaient au chômage au sein des 27 États membres de l’UE. Les taux les plus faibles s’affichent en Pologne (2,6%), en République tchèque (2,7%) et à Malte (2,7%). À l’inverse, les plus élevés concernent l’Espagne (10,4%), la Suède (9%), la Finlande (8,8%) et la Grèce (8,6%). Quant à la Belgique, elle figure honorablement puisque ses 5,9% de personnes sans emploi se situent pile dans la moyenne européenne…
Une révolution en deux ans
On ne vous l’apprend sans doute pas tant la mesure a été vendue comme une révolution, les allocations de chômage seront limitées dans le temps en Belgique. À deux ans. À voir les chiffres ci-dessus, on donc peut se demander où était l’urgence. Les Belges ne se vautrent manifestement pas dans des taux de chômage à deux chiffres pour profiter de “l’inactivité subsidiée à vie” qui aurait depuis toujours prévalu sous nos latitudes.
C’est qu’il faut d’abord voir de quoi on parle quand on évoque de chômage… Et surtout de “taux de chômage”. Car soigner ce taux de chômage, à défaut d’améliorer le sort des sans-emplois, est devenu une sorte d’exercice comptable généralisé à toute l’Europe libérale (toute l’Europe, donc). “Chômeur”, c’est avant tout une dénomination statistique qui ne concerne que les sans emplois qui sont encore rangés dans cette case. Les autres en sont éventuellement exclus. Ils peuplent, eux, les colonnes relatives à la pauvreté ou au creusement des inégalités. Mais le taux de chômage, donc, reste présentable…
Magie des statistiques
Comme le signalait Le Guide social, la publication de L’Agence pour le non-marchand, en octobre dernier, “limiter les allocations de chômage dans le temps ne va pas faire disparaître le chômage (ou l’inactivité professionnelle). Non seulement l’histoire l’a prouvé, mais de nombreuses études, dont l’une menée par l’Onem, affirment même le contraire. En réalité, ça va simplement transférer le problème à un autre niveau de compétences. Magie des statistiques…”
D’un autre côté, et pour être de bon compte, il est notoire que la Belgique fait office de mauvais élève européen en matière de taux d’emploi. Celui-ci, à 72.1% actuellement, même s’il a progressé, reste sous la moyenne de l’UE (75,3%). Comme le recommandait le Conseil Supérieur de l’Emploi (CSE), s’il faut améliorer l’activation des demandeurs d’emploi, voire la réintégration des personnes en incapacité de travail de longue durée, il est nécessaire qu’une telle réforme “ne conduise pas à une augmentation du risque de pauvreté”. Or, les CPAS s’inquiètent aujourd’hui des sommes qui vont leur être allouées quand il s’agira de réceptionner tous ces chômeurs (100.000 selon le ministre de l’Emploi en personne, David Clarinval (MR) en fin de droit au terme de leurs deux ans d’allocations. Entendez par là qu’ils ne sont pas du tout sûrs de recevoir l’argent nécessaire.
Combattre le chômage ou les chômeurs?
La vraie question est donc: combat-on le chômage ou les chômeurs? Et il semble bien qu’on se trouve plutôt dans le second cas, pour une question qui tiendrait surtout de l’idéologie, mais aussi de la réputation statistique du pays. Il s’agit désormais de sanctionner quelqu’un qui ne travaille pas, étant entendu qu’il est a priori responsable de sa situation et qu’il représente (la logique comptable, toujours…) un poids pour la collectivité. Et il convient aussi de présenter un bon taux de chômage à un chiffre, pile dans la moyenne européenne.