Elle s’en amuse : « Je suis la première à récidiver. » Le Bon Denis est en effet le second livre que Marie Ndiaye, prix Goncourt pour Trois femmes puissantes, publie dans la collection « Traits et portraits », vingt ans après son Autoportrait en vert. Ni l’un ni l’autre n’est autobiographique tout en tissant des liens avec son univers familial.

Le livre se déploie en quatre parties. D’abord le récit de la visite de la narratrice à sa mère, en Ehpad, et un énigmatique Denis, dont cette femme, perdue dans les méandres de sa mémoire, ne cesse de parler, et que la narratrice cherche désespérément. S’y ajoutent les enfances juxtaposées des parents, décrites dans une deuxième partie d’une beauté saisissante, les raisons qui poussèrent le père sénégalais à quitter la France et sa famille, et, pour clore ce quatuor de textes où noms, êtres et scènes semblent se métamorphoser sous la magie de l’écriture, un dernier récit sur la visite d’une jeune fille à son père, en Amérique.

Cet ouvrage est aussi fascinant que poignant, notamment dans l’évolution du regard que l’écrivaine porte sur son père sénégalais, premier ingénieur des Ponts et Chaussées de l’Afrique subsaharienne, qui a travaillé au sein du gouvernement d’Abdou Diouf avant de quitter le foyer alors qu’elle n’avait qu’un an. Nous avons rencontré l’écrivaine chez elle, à Paris, où elle vit désormais en partie. Entretien.

Le Point : Pourquoi un second volume dans cette collection ?

Marie Ndiaye : Dès la première p […] Lire la suite