Appelé à la rescousse, le vison d’Europe suffira-t-il à enrayer la marche en avant de la Ligne à grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse/Dax ? Vendredi 4 avril, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux était saisi par quatre associations réclamant la suspension du feu vert environnemental accordé, à travers un arrêté du préfet de Gironde, aux aménagements ferroviaires au sud de Bordeaux (AFSB). Une articulation indispensable à la future LGV qui se traduit par la construction de voies supplémentaires entre Bègles et Saint-Médard-d’Eyrans.
Principal motif invoqué, à l’approche de travaux annoncés sous peu, notamment aux marges du bocage humide de Saint-Médard-d’Eyrans : la protection du vison d’Europe, espèce en danger critique d’extinction. Dans ce milieu « particulièrement sensible, peut-être plus que les autres » s’imposent le « reprofilage du cours d’eau, le déplacement de son lit mineur », relève Me Caroline Facelina-Tabard, l’une des avocates toulousaines des associations demandeuses, Landes Graves Agriculture Environnement en Arruan, Sepanso Gironde, Trans’Cub et le collectif Stop LGV Bordeaux Métropole.
L’ombre de l’A69
Me Facelina-Tabard souligne combien le vison d’Europe, dont la population « dans le Sud-Ouest » s’élèverait à 250 spécimens, est « une espèce craintive, qui a beaucoup de mal à s’engouffrer dans un tunnel ou corridor » prévu à cet effet. Pas plus tard qu’en décembre dernier, ces mêmes associations avaient vu une précédente requête rejetée par le même juge des référés. « On ne discute pas ici de l’utilité publique du projet, on est en bout de chaîne, on est sur l’impact du projet sur le vivant », distingue l’avocate.

Le vison d’Europe, un mammifère semi-aquatique qui peut se déplacer sur de grandes distances le long des cours d’eau.
Archives Guillaume Bonnaud / SO
L’affluence dans la salle d’audience, pleine comme un œuf, et le banc de la presse, fourni, font d’ailleurs écho à la récente annulation de l’autorisation environnementale des travaux de l’A69 par le tribunal administratif de Toulouse, avec pour conséquence la fracassante suspension d’un chantier avancé aux deux tiers. Me Facelina-Tabard ne s’interdit pas le parallèle : « les partisans de l’A69 comme les détracteurs se retrouvent avec une décision qui ne les satisfait pas. »
« Rien de manifeste »
« On n’est pas sur le même dossier », coupe la juge des référés. « On est conscient du coût, mais il vaut mieux couper le bras maintenant que le corps entier dans un an », termine l’avocate. Elle et sa consœur Me Anne-Sophie Barrère versent au débat divers éléments, à commencer par la « surestimation » du trafic passagers en gare de Bègles, pour mieux justifier de la construction de voies nouvelles.
« Moult détails, rien de manifeste », balaye Me Pascale Pessoa, avocate de SNCF Réseaux. « Ça fait dix ans que tout le monde se trompe sauf les associations requérantes dont le raisonnement repose sur des bases erronées. » Me Thomas Garancher, lui aussi avocat de SNCF Réseaux, évalue à « 120-160 millions d’euros » l’impact financier d’une suspension des travaux. Le vison d’Europe, lui, bénéficiera de l’aménagement de « banquettes », des conduits hauts de 3 mètres, « dont il n’a pas peur », rassure Me Pessoa, qui insiste sur la compensation foncière « au quintuple » des 3,2 hectares de zone humide visés par le chantier. Le jugement sera rendu dans les prochains jours.
