L’exemple le plus célèbre de la lobotomie est celui de la sœur de J.F. Kennedy, Rosemary Kennedy. Lobotomisée à 23 ans, elle a été ensuite lourdement handicapée et placée en institution le reste de sa vie. Entre 1936 et 1960, entre vingt et quarante mille lobotomies ont été réalisées au pays de l’Oncle Sam. Il existe peu de chiffres relatifs à la lobotomie en Europe. On recense 1129 patients concernés entre 1935 et 1985 en Belgique, en France et en Suisse. Le point avec Patrice Finet, chef du service de neurochirurgie des Cliniques universitaires Saint-Luc.

La fille sacrifiée de la famille Kennedy

Que sait-on de l’histoire de la lobotomie en Belgique ?

C’est une chirurgie qui était pratiquée par des neurologues et des neurochirurgiens à la demande des psychiatres. En Belgique, il y a eu peu de lobotomies. Les neurochirurgiens et psychiatres belges – qui étaient à peine une dizaine à l’époque – n’étaient pas favorables à cette psychochirurgie qu’ils trouvaient dégradante. Et s’ils y avaient recours, ils n’intervenaient que d’un côté, quitte à faire le deuxième ensuite.

La lobotomie est-elle encore parfois pratiquée aujourd’hui chez nous ?

Cela reste une chirurgie très controversée, qui se pratiquait de manière chirurgicale avec des petits trous de trépan. Initialement, il s’agissait d’une vraie chirurgie sous anesthésie générale avec un leucotome, qui permettait de déconnecter le lobe préfrontal. Plus tard, les neurologues ont développé une voie différente avec un instrument ressemblant à un pic à glace. On soulevait la paupière et on rentrait au-dessus de l’œil, à travers le toit de l’orbite jusque dans le cerveau. C’était une chirurgie un peu barbare, sans contrôle, qui se faisait en rue, avec des risques d’infection et de complications sérieuses, entraînant parfois jusqu’à la mort du patient. À la fin des années 50, les neuroleptiques sont apparus et la lobotomie a disparu progressivement. On pratique encore des déconnexions du lobe frontal dans des cas de chirurgie de l’épilepsie réfractaire si le foyer est localisé à cet endroit du cerveau. L’épilepsie chronique a un impact important au niveau social et au niveau du développement psychomoteur et cognitif. Dans ce contexte d’esprit rebelle, on a parfois recours à la lobotomie – terme qui n’est plus utilisé aujourd’hui – chez des patients jeunes ou chez des enfants, mais on intervient d’un seul côté, pour permettre une compensation controlatérale. Déconnecter les deux lobes frontaux a des conséquences indéniables. Il existe des médicaments et des traitements plus doux et réversibles comme les électrochocs, sous anesthésie, pour traiter ce genre de pathologie psychiatrique. La lobotomie et les électrochocs sans anesthésie, les comas hypoglycémiques… Tout cela est juste inacceptable aujourd’hui. Ces maladies psychiatriques sont de mieux en mieux décrites. Il s’agit en outre d’un problème de neurochimie et le but poursuivi aujourd’hui est de retrouver un équilibre neurochimique.

Une avancée belge peut-être majeure pour des patients épileptiques

Plus de 8 patients sur 10 ayant enduré la lobotomie en Belgique, en France et en Suisse étaient des femmes atteintes de schizophrénie, de grande dépression avec tentatives de suicide, d’adaptation sociétale difficile, de tocs et ou troubles obsessionnels compulsifs. Les hommes étaient-ils à l’abri de ce genre de maladie ?

Non, mais beaucoup de lobotomies ont été réalisées à la demande de familles, et non d’un médecin, pour des femmes qui ne répondaient pas aux normes de la famille. Les hommes voulaient avoir le contrôle sur leur femme.