Les policiers et la présidentielle: «Mon problème, ce sont les fachos, les vrais, et il y en a un paquet chez nous»

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  1. >**Les policiers et la présidentielle: «Mon problème, ce sont les fachos, les vrais, et il y en a un paquet chez nous»**

    >Alors, fachos les policiers ? Les statistiques complètes sur le vote des bleus varient mais la réputation existe : les agents seraient a minima de droite extrême, voire en majorité d’extrême droite. Pourtant, on ne connaît pas tellement les avis des femmes et des hommes sous l’uniforme. Pas ceux qui montent sur l’estrade devant l’Assemblée nationale pour clamer que «le problème de la police, c’est la justice». Le discours politique de la police nationale est monopolisé par des syndicats majoritaires puissants, présents dans les médias et rompus à l’exercice de l’influence.

    >Aussi, peut-être surtout, les policiers sont soumis à un devoir de réserve qui les empêche de prendre la parole publiquement. Libération a cherché à savoir ce que pensent ces personnes, exposées parfois quotidiennement à la violence, à la misère sociale, à ces faits divers qui remplissent les colonnes de la presse et les écrans des chaînes d’information en continu. Comment leur travail influence-t-il leur politisation et leur vote ? Est-il possible d’être policier et de se considérer de gauche ? Peut-on débattre sereinement, dans la voiture de patrouille, dans le vestiaire, à la cafétéria, avec les collègues ?

    >**«Un officier posait uniquement “Valeurs actuelles” tous les jours sur le bureau»**

    >**Jules (1), 36 ans, officier de police judiciaire**

    >«Les policiers ne voient que des Noirs et des Arabes en garde à vue, mais [c’est parce qu’]ils ne vont interpeller, consciemment ou non, que des Noirs et des Arabes. Et même celui qui n’est pas raciste va être pris dans l’engrenage : la police nationale est un collectif auquel il faut adhérer. Sinon, on est mis à l’écart. Quasiment tous se sentent attaqués dès qu’un article dénonce des violences policières. Ils ont le syndrome de “la forteresse assiégée” : ils s’imaginent que tout le monde leur crache dessus. Parce que j’assume une opinion de gauche, certains collègues ne me font plus confiance, ils me voient comme un traître. Or, il est impossible de travailler dans ce métier sans la confiance de ses pairs. C’est en partie pour cela que je vais quitter la police.

    >«Certaines personnes viennent de milieux ruraux et se retrouvent dans des quartiers sensibles sans transition. Dans leur tête, ils travaillent sur un théâtre de guerre. Ça cloisonne la pensée policière, qui manque d’ouverture. Moi-même j’ai pensé comme ça à un moment de ma carrière. Je comprends qu’on puisse devenir aigri, facho et voter à l’extrême droite. Ce que je ne comprends pas, c’est l’encadrement : ces gens qui dirigent la police, qui ont du recul, ne sont pas dans le stress quotidien, la violence ; mais qui ne jouent pas leur rôle de réflexion. Ils entretiennent l’engrenage. Depuis 2015 et les attentats, la parole d’extrême droite s’est libérée dans la police. Le summum, c’est Alliance police qui fait le podium pour Zemmour. Pour moi, on a franchi la ligne rouge absolue. C’est un marchepied au totalitarisme. Malheureusement, la voix des policiers républicains ne porte plus.

    >«Ceci sans compter la minorité prosélyte qui essaie de recruter à mort. Par exemple, dans mon service, un officier posait uniquement Valeurs actuelles tous les jours sur le bureau. Quand j’essayais de poser d’autres journaux, ils étaient jetés à la poubelle.

    >«Ma première manifestation était au lycée, contre Le Pen au second tour en 2002. Mon premier vote, c’était Sarkozy en 2007. J’en suis vite revenu. En 2012, j’ai voté blanc. En 2017, j’ai voté Macron, pensant qu’il y avait cette idée de renouveau. J’y ai cru, naïvement. Et maintenant, j’en suis au point où je pense que je ne vais pas voter du tout. Il n’y a personne. Le seul qui a une approche différente, c’est Jean Lassalle. Ou éventuellement Jean-Luc Mélenchon pour le contenu de son programme mais le personnage, ce n’est pas possible. Pourtant je pense qu’il est le seul à avoir un programme, sur la sécurité notamment. C’est difficile, mais maintenant je me sens beaucoup mieux à gauche, gauche radicale même. J’essaie d’avoir une analyse plus globale plutôt qu’uniquement sécuritaire. La géopolitique, l’écologie, le pouvoir d’achat, le bien-être finalement, me semblent plus essentiels que la sécurité.»

    >**«On a une classe politique qui tend à se réfugier dans le déni»**

    >**Philippe (1), 54 ans, commissariat de sécurité publique zone ouest**

    >«C’est vrai que Libé est un journal de gauche qui n’aime pas la police, j’ai un peu hésité avant de vous répondre. J’en suis à ma trentième année dans la maison. Les policiers se confrontent à la réalité, parfois la plus crue. On s’appuie sur des faits et on nous rétorque que ce sont des fantasmes. Par exemple, on se demande pourquoi ce sont souvent les mêmes personnes qui se retrouvent dans nos filets. Face à cette réalité, on a une classe politique qui tend à se réfugier dans le déni, ne veut pas aborder le sujet et transforme le réel. Là où un Zemmour, par exemple, s’empare de la problématique. C’est pour cela qu’il plaît. Il ne va pas résoudre tous les problèmes, loin de là, mais il a le courage d’aborder ces sujets de manière décomplexée.

    >«Ça ne sert à rien d’attaquer l’extrême droite, elle n’est que le résultat des échecs des autres politiques. C’est le vote par défaut. Regardez l’exemple brésilien avec Bolsonaro, vous croyez que les Brésiliens sont tous des fachos ? Mais à un moment donné, ils ont connu ce que l’on peut connaître en France : la drogue, le deal, la violence, le chaos, qui provoquent le ras-le-bol des gens silencieux. Ce scénario-là peut arriver en France.

    >«Je suis moi-même issu d’une famille de droite républicaine. J’ai suivi ce chemin jusqu’au quinquennat Sarkozy, puis je ne me suis plus retrouvé dans le programme des Républicains. Je suis arrivé à la droite de la droite par défaut. Je vois des cadres au RN que je trouve assez brillants, contrairement à Marine Le Pen qui manque de ferveur à mes yeux. Eric Zemmour n’est pas un politique professionnel, comme les Pécresse et compagnie qui n’ont plus de fougue.

    >«La sécurité est un socle. Sans sécurité, il n’y a rien. Je ne souhaite pas réduire la sécurité des Français à l’instauration d’un Etat policier. Mais cela m’embête vraiment de me dire que, probablement, quand je quitterai la police, je laisserai le pays dans un plus mauvais état que quand je suis entré dans l’institution.»

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