Durant quatre jours, douze pompiers dédiés à la sécurité du quartier général de l’OTAN sont venus s’entraîner dans les Ardennes auprès du SDIS de Charleville-Mézières. En particulier, ils ont pu bénéficier d’un immeuble désaffecté, à Nouzonville, pour pouvoir s’exercer à l’extinction de feu en appartement.

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Il est à peine 9h, sur l’un des parkings de la résidence Rimbaud de Nouzonville, une dizaine de pompiers s’affaire autour de camions en préparant leur matériel d’intervention. “On va faire un petit point de sécurité”, commence Alexis Dos Santos. Aujourd’hui, le sergent-chef du SDIS des Ardennes et responsable de la filière incendie endosse sa casquette de formateur sur feux réels. Face à lui, six pompiers belges, prêts à partir braver les flammes. “On va dire que c’est un feu de bureau repéré par détection incendie, poursuit Alexis Dos Santos. On nous a demandé de monter le niveau d’un cran, par rapport à la dernière fois. Du coup, il y aura peut-être une victime à sauver et une bouteille de gaz à repérer. Vous allez où vous voulez dans le bâtiment, aucune restriction. Vous pouvez finir de vous équiper. “

Alexis Dos Santos, sergent-chef du SDIS des Ardennes et responsable de la filière incendie au niveau des formations sur feux réels, dispense le briefing du début d'exercice.

Alexis Dos Santos, sergent-chef du SDIS des Ardennes et responsable de la filière incendie au niveau des formations sur feux réels, dispense le briefing du début d’exercice.

© Ophélie Perroux

À peine le briefing terminé que de la fumée commence à s’échapper par des fenêtres du deuxième étage du bâtiment. Bouteille fixée sur le dos les pompiers belges passent leur casque à la discrète inscription “OTAN”. Ils affinent une dernière fois leur stratégie d’intervention. Puis cinq d’entre eux, tuyaux sur le dos, s’élancent dans l’immeuble. Depuis le début de la semaine, douze des dix-huit pompiers dédiés à la protection du siège de l’organisation internationale, à Bruxelles, s’entraînent dans les Ardennes. Pendant que l’équipe exécute ses manœuvres pour éteindre l’incendie. Alexis Dos Santos supervise l’exercice depuis l’extérieur, talkie-walkie à la main. 

À l’intérieur trois autres pompiers ardennais assurent le bon déroulement de l’exercice et la sécurité des participants. “Les pompiers en exercice ne s’occupent pas de nous, explique le sergent-chef. Nous sommes là en fantôme. L’équipe en intervention gère ses propres procédures. Nous, on est là si un aspect sécuritaire n’est pas respecté ou s’ils ont une demande sur une technique.” L’entraînement en conditions réelles demande une préparation bien spécifique. Une journée est nécessaire pour vérifier que le bâtiment n’a plus de fluide, c’est-à-dire plus d’électricité, de gaz ou d’eau. Un diagnostic amiante doit également avoir été réalisé au préalable et tous les appartements vidés. 

Les exercices en condition réelle ne sont possibles que dans des bâtiments avec une structure en béton.

Les exercices en condition réelle ne sont possibles que dans des bâtiments avec une structure en béton.

© Ophélie Perroux

Une pièce est ensuite choisie pour être le foyer de l’incendie. “On allume cinq ou six palettes, indique Alexis Dos Santos, ce qui nous fait une charge de 100 kg à brûler. On ne travaille qu’avec du bois car les gaz sont moins nocifs. C’est aussi moins inflammable et donc on sait que l’on peut vite contrôler le combustible si ça ne va pas.” Sur le parking, un camion est d’ailleurs entièrement dédié à la sécurité des opérations avec un circuit d’eau totalement indépendant.

Le feux est alumé grâce à cinq ou six palettes ce qui permet de bruler une charge de 100 kg.

Le feux est alumé grâce à cinq ou six palettes ce qui permet de bruler une charge de 100 kg.

© Ophélie Perroux

Ce type d’exercice n’est réalisable que dans des bâtiments en béton, c’est pourquoi les pompiers les pratiquent dans des logements collectifs, ici ceux d’Espace Habitat. Un feu ne peut cependant pas être allumé plusieurs fois dans la même pièce. Et après deux ans d’utilisation, l’immeuble de la résidence Rimbaud ne pourra bientôt plus accueillir les pompiers et sera démoli. Le SDIS devrait cependant pouvoir continuer les exercices grandeur nature en investissant deux immeubles de 12 étages à Sedan.

À l’intérieur de l’appartement, le feu s’est propagé, au niveau du plafond, dans plusieurs pièces. Après être intervenus sur le foyer, les pompiers de l’OTAN trouvent une victime qu’ils évacuent. Une demi-heure aura suffi pour maîtriser la situation et faire disparaître l’épais nuage de fumée noire qui se dégageait de l’immeuble. “Vous êtes tous restés calmes, vous avez écouté ce qu’il fallait faire, entame le chef d’équipe des pompiers belges. On a géré sans aucun souci. Au niveau des communications, je pense que ça ne s’est pas trop mal passé, les informations ont bien circulé d’un groupe à l’autre même si les communications radio restent souvent problématiques.”

Pour cette équipe en charge du service sécurité et incendie du quartier général de l’OTAN, ce type d’exercice est une première. “C’est toujours mieux de s’entraîner comme ça, dans des conditions réelles, avec différentes pièces, se réjouit l’un des pompiers participants. Il peut y avoir des recherches de victimes et aussi la gestion de potentiels risques, comme dans ce cas une bouteille de gaz. On avait vraiment l’impression qu’un appartement brûlait et que l’on devait intervenir dedans.” Pour l’équipe de l’OTAN, dont aucun nom ne peut être révélé pour des questions de sécurité, l’exercice proposé par le SDIS des Ardennes permet de mieux s’entraînait. 

Les pompiers du service sécurité et incendie du siège de l'OTAN participaient pour la première fois à des exercices en condition réelle dans les Ardennes.

Les pompiers du service sécurité et incendie du siège de l’OTAN participaient pour la première fois à des exercices en condition réelle dans les Ardennes.

© Ophélie Perroux

“On fait souvent des entraînements en caisson et finalement ça ne fait pas réel, continue le chef d’équipe. Par exemple, si jamais on n’éteint pas l’incendie, il va finir par s’éteindre. Ici, si on ne fait pas ce qu’il faut ça peut rapidement s’étendre aux autres étages et donc ça permet vraiment d’être dans une situation réelle mais en toute sécurité car on est entouré de nos collègues français. ” En Belgique, les exercices en situation réelle ne sont pas possibles. L’équipe de l’OTAN est la deuxième à bénéficier des structures du SDIS des Ardenes. “L’avantage c’est que l’on n’est pas loin, rappelle Alexis Dos Santos, à l’origine de cette collaboration. On est frontalier et ça permet aussi un échange mutualisé entre nos deux services durant ce genre d’exercice qui va être répété par la suite.”

Ces formations permettent aussi de voir comment chacun travaille et d’en tirer le meilleur. L’équipe française relève particulièrement le calme et l’efficacité des pompiers en formation cette semaine. “C’est grâce à la moyenne d’âge, précise le sergent-chef ardennais. Ce sont des pompiers qui ont déjà de l’expérience et ça se ressent. Ça change par rapport à nous qui avons beaucoup de jeunes. Ici, ils sont posés, calmes, alors que chez nous les jeunes sont fougueux quand ils voient des flammes.”

Durant l'exercice tout s'est bien passé. Le feu a été rapidement maîtrisé et la victimle simulée a été mise à l'abris. Le calme et l'écoute de l'équipe ont été soulignés par les encadrants français.

Durant l’exercice tout s’est bien passé. Le feu a été rapidement maîtrisé et la victimle simulée a été mise à l’abris. Le calme et l’écoute de l’équipe ont été soulignés par les encadrants français.

© Ophélie Perroux

Chaque équipe à ses manières de travailler et ses process. Pour les pompiers en charge de l’OTAN les interventions se font sur place, sans pâtir d’un temps de déplacement, ce qui permet souvent de maîtriser le feu avant qu’il ne se propage. Cette configuration induit aussi une autre organisation de l’équipe puisque l’eau est directement accessible, contrairement aux Ardennais dont l’un des binômes de l’équipe d’intervention est chargé de l’alimentation de l’eau. “Ça peut faire évoluer nos techniques de voir comment ils travaillent, reconnaît Alexis Dos Santos. On travaille pareil, mais ce ne sont pas les mêmes procédés. Ça nous change et c’est agréable aussi de voir d’autres façons de faire.” Un échange de quatre jours enrichissant sur tous les plans qui devrait se reproduire à l’avenir.