Alors que la bataille économique fait rage avec les États-Unis au sujet des droits de douane, les entrepreneurs de la région doivent s’adapter. Pour autant, à ce stade, les chiffres sont globalement rassurants car les exportations des Hauts-de-de France se portent bien et sont peu dépendantes du marché américain.
Ces dernières semaines, certains chefs d’entreprise de la région ont connu des nuits très courtes : ” En janvier et février, je n’ai pas dormi de la nuit, j’étais suspendu à mon téléphone pour suivre les déclarations de Donald Trump sur le commerce international”, avoue Fabien Val-Duprez, président de Cuir Corrugated Machinery basée à Libercourt dans le Pas-de-Calais. L’entreprise fabrique des machines pour les industries du papier et du carton.
Depuis, le dirigeant a pris du recul et essaye d’être philosophe. ” Quoi qu’il arrive, il faut aller de l’avant”. Son entreprise fait partie d’un secteur concerné par les exportations régionales à destination des États-Unis, au même titre que la pharmaceutique, la cosmétique, la sidérurgie, le matériel de transport ou encore l’alimentation.
Si la région est la 3e plus exportatrice de France, le marché américain est loin d’être prépondérant.

La région des Hauts-de-France est la 3e exportatrice à l’échelle nationale
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© Anaïs Denis
Bonne nouvelle en cette période d’incertitude, les exportations ne cessent d’augmenter d’années en années, avec une différence positive notable par rapport à 2014.
Les échanges avec les États-Unis ne constituent qu’environ 3% du marché à l’export de la région.

L’Europe reste le premier marché d’exportation de la région Hauts-de-France.
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© Anaïs Denis
Les Hauts-de-France, par leur situation géographique, échangent en effet principalement avec les pays limitrophes. Néanmoins, cette incertitude due aux déclarations imprévisibles de Donald Trump est pesante pour les dirigeants de la région. ” Comment faire admettre à nos clients que la machine va prendre 10 ou 20% de plus par rapport au prix initial ? Certaines machines coûtent jusqu’à 1,5 million d’euros. Certaines machines vont durer une vingtaine d’années, cela peut permettre au client d’amortir les nouveaux droits de douane”, précise Fabien Val-Duprez.
Mêmes tracas pour Stéphanie Potdevin, export manager pour la Pâtisserie des Flandres à Erquinghem-Lys dans le Nord. ” Nous produisons des gaufres et des crackers. À l’export, les États-Unis sont nos plus gros acheteurs. Nos clients là-bas doivent importer et s’organiser dans la situation actuelle. Cela prend du retard. Tout peut changer du jour au lendemain ! On passe de 25% à 10% de droits de douane et en même temps le dollar a baissé, ce qui nous met dans une situation un peu plus compliquée. “
De son côté, la Chambre de commerce et de l’industrie essaye d’aider ces acteurs locaux. ” On essaie de les accompagner”, explique Maxime Holder, Président de la CCI International Hauts-de-France et à la tête du groupe possédant les boulangeries Paul. ” On a mis en place une cellule dédiée. Nous allons essayer d’avoir des informations, voir comment la France va pouvoir obtenir quelque chose des négociations, mais il est urgent d’attendre. Malgré cette incertitude, il faut continuer à attaquer le marché américain.”
Un casse-tête s’annonce donc pour les entrepreneurs. Fabien Val-Duprez a essayé de trouver une solution pour payer moins de droits de douane, bien avant la situation actuelle : ” Nous avons créé une filiale aux États-Unis à qui nous vendons les machines fabriquées en France. Celle-ci va revendre au client final qui est basé aux États-Unis. Ainsi, nous sommes moins impactés par les droits de douane, mais nous devons tout de même payer des impôts et laisser une part de notre produit aux États-Unis. Donald Trump arrive à ses fins au final ! “
Si les entreprises régionales attendent une réponse forte et cohérente de l’Europe, peut-être sous la forme d’une négociation, il faut néanmoins se débrouiller ” Quand on est une PME régionale, on n’attend pas trop les pouvoirs publics, on essaie d’abord de se débrouiller tout seul !”, explique Fabien Val-Duprez. ” Quand on a une société à faire vivre, on ne peut pas attendre des décisions qui seront prises dans plusieurs mois, d’autant plus que tout le monde est dans l’incertitude. Ce qui se négocie au niveau européen, on n’en sait rien…”
Ce vendredi 18 avril, Donald Trump affirmait qu’il était “sûr à 100%” qu’un accord sur les droits de douane serait trouvé avec l’Union européenne. De quoi rassurer, peut-être, les entreprises des Hauts-de-France.
Avec Loïc Benaiche, Ophélie Masure et Frederik Giltay