Les développeurs Web, « rock stars » du marché de l’emploi, craignent de devenir les « ouvriers d’hier »

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  1. **Toujours très convoités et choyés par les recruteurs, les développeurs Web considèrent que leur position avantageuse est arrivée à un point d’équilibre. Certains craignent de se laisser dépasser par l’intelligence artificielle et les évolutions technologiques.**

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    Sur les réseaux sociaux, « Dave le développeur » est un personnage culte. Un jeune travailleur libre, heureux, intouchable, courtisé par toutes les entreprises qui se battent pour le recruter. Devenu un mème d’Internet, « Dave le dev », peut même se permettre de se moquer des dizaines d’offres d’emploi qui pleuvent sur lui tout au long de la journée. « C’est pas moi j’postule à ton offre, c’est ton offre elle postule à moi », dit-il ainsi en ouvrant le réseau social professionnel LinkedIn le matin, sur l’une des centaines d’images allégoriques qui circulent sur Facebook, Twitter, Instagram, LinkedIn, YouTube, Twitch et même le service de discussion [Discord](https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/09/26/discord-le-tchat-de-gameurs-qui-a-conquis-le-grand-public_6053711_4408996.html) . Une référence au couplet culte de la chanson [DKR](https://www.youtube.com/watch?v=Stet_4bnclk) du rappeur Booba (« C’est pas le quartier qui me quitte/C’est moi j’quitte le quartier »).

    Un dessin satirique, pas si loin de la réalité. Une pluie de messages de recruteurs, c’est aussi ce que reçoit Wilfried Evieux chaque semaine sur LinkedIn. Avec trois à quatre demandes par jour, ce développeur Web de 26 ans diplômé de l’école Supinfo Paris travaille aujourd’hui en free-lance. Alors qu’il était encore en formation, il a rapidement compris l’attrait que son profil avait pour les entreprises. Avec quelques années d’expérience à son compteur, les demandes affluent toujours plus. Même en spécifiant qu’il n’est pas en recherche d’emploi, les entreprises essaient constamment de le débaucher, à l’image de « Dave le dev ». Et pour cause, ce métier mal connu est aujourd’hui un pilier du Web.

    A partir d’un cahier des charges, le développeur analyse les besoins, choisit la solution technique la mieux adaptée et développe les fonctionnalités du site ou de l’application Web, en les codant. Un développeur débutant gagne un salaire annuel d’environ 32 000 à 48 000 euros annuels. Avec deux à cinq années d’expérience, la rémunération oscille entre 38 000 et 55 000 euros pour les profils confirmés.

    **Des difficultés à recruter**

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    Si les développeurs ont des profils et des compétences qui attirent autant c’est que le numérique représente aujourd’hui 5,5 % du PIB français, chiffre qui pourrait doubler d’ici quelques années, selon une étude du cabinet McKinsey reprise par Bpifrance. D’après une étude commandée par l’école 42 (dont le fondateur Xavier Niel est également, à titre personnel, actionnaire à titre individuel du Monde), menée auprès de 200 entreprises (de la très petite entreprise aux grands groupes), 8 entreprises interrogées sur 10 déclarent qu’il leur est difficile de recruter des profils Tech.

    Sophie Viger, directrice de l’école 42, affirme que le taux d’embauche de ses étudiants est de 100 % après le tronc commun. « Le marché est plus que favorable », explique cette développeuse, avant d’ajouter que « l’école reçoit davantage de propositions de stages, d’alternances et d’emplois qu’il n’y a d’étudiants. A l’issue d’un stage, 70 % à 80 % d’entre eux se voient proposer un CDI. » Même diagnostic chez Epitech. Parmi la promotion diplômée en 2020, 88 % sont des salariés. Parmi ceux-là, 92 % sont en CDI, dont plus de 80 % en contrat-cadre.

    Après avoir passé une équivalence du baccalauréat, puis un bac + 3 à l’école parisienne Sup’Internet et quelques années à coder en entreprise, Hugo (qui souhaite rester anonyme), 30 ans, a abandonné le code pour devenir chef de projet technique. Des développeurs, il en côtoie tous les jours puisqu’il les recrute, non sans peine. « Demain, je serai à Milan, lundi à Madrid, mercredi à New York », ironise-t-il en caricaturant certains profils que son entreprise a tenté de recruter. La popularité de ces « rock stars », comme il les qualifie en riant, pousse les recruteurs à redéfinir leurs stratégies de recrutement.

    **Taux de rotation de l’emploi élevé**

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    En 2021, l’entreprise CodinGame – site consacré à la programmation informatique ludique – a réalisé un sondage auprès de 15 000 développeurs et recruteurs qui montre que le secteur de la tech avoisine les 20 % de taux de rotation de l’emploi. « Ben il est 16 heures, tu croyais quand même pas qu’il resterait toute sa vie ! » lit-on sur « Neurchi de flexibilisation du marché du travail » – ou « NdFlex » –, un groupe Facebook qui se moque du monde du travail et s’amuse de la volatilité propre à ces travailleurs.

    Quand il évalue une offre, Wilfried Evieux est « pointilleux » et applique plusieurs critères : projet proposé en adéquation avec ses expériences, sérieux du recruteur, politesse. Et pour cause, il reçoit souvent un simple message automatique de campagne « à peine personnalisé », qui lui fait comprendre que ce n’est pas une vraie personne qui a lu son profil. Il passe alors son chemin sans sourciller.

    Après avoir passé trois ans à l’école 42 et plusieurs années à recruter des développeurs dans une autre start-up, Oleksiy Lysogub, 28 ans, cofondateur du comparateur d’assurance Hello Safe dans lequel il occupe le poste de Chief Technical Officer, devient à son tour chef d’entreprise. Pour faire face à la pénurie de développeurs, il use de nouvelles stratégies, notamment en pariant sur la formation en interne pendant le cursus d’un étudiant. A 24 ans, Juan Torres est l’une de ses recrues, employé en alternance et étudiant en master à l’école Hetic. Après avoir validé une licence d’économie, il a choisi de suivre ce qui le passionne depuis tout petit, l’informatique.

    « L’expérience et le CV comptent peu, tant que la personne a une bonne logique », reprend l’entrepreneur, avant d’avouer qu’il recrute plutôt dans les écoles de code citées précédemment. Le tri s’effectue en deux temps. Après avoir pris connaissance du CV d’un candidat, Oleksiy Lysogub fait un « test humain » pour voir si le courant passe, s’il peut s’adapter à la « culture de la boîte ». Puis, il propose de réaliser un test technique pour savoir si le candidat est autodidacte.

    **Attirer les meilleurs**

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    Pour les recruteurs, il faut redoubler d’inventivité pour attirer les meilleurs talents et repenser les méthodes de sélection de « ces métiers faits par Internet pour Internet », comme les décrit Juan Torres. Au-delà du salaire, Oleksiy Lysogub essaie que son entreprise se démarque de la concurrence : locaux attractifs dans un espace de coworking en plein cœur du Marais à Paris, ambiance agréable dans l’équipe, projets stimulants et perspectives d’évolution. Nicolas B., développeur indépendant de 37 ans qui souhaite rester anonyme, affirme qu’un recruteur lui a récemment proposé « une carte cadeaux Fnac de 40 euros » pour le convaincre de passer un entretien d’embauche.

    Pourtant l’horizon s’obscurcit peut-être pour les développeurs, avec l’émergence de plates-formes de « no code » grâce à des interfaces accessibles à tous sans compétences particulières, de la programmation assistée par l’intelligence artificielle, qui pourrait réduire le nombre de tâches répétitives ainsi que la charge de travail, et de la formation des jeunes au développement Web dès le plus jeune âge ; Wilfried craint que cet eldorado n’atteigne son point d’équilibre. Et que la tendance s’inverse dans les années à venir, au fur et à mesure que ces technologies progresseront et que de nouvelles fournées de développeurs sortiront. Selon lui, les entreprises pourraient avoir l’ambition de réduire le coût représenté par les salaires des développeurs en remplaçant progressivement cette activité par des technologies conçues par ces mêmes travailleurs.

    Pour se préparer à cette future concurrence, beaucoup de programmeurs se spécialisent dans un langage particulier ou en acquièrent des compétences spécifiques en gestion de projet, par exemple. Tout pour éviter de devenir « un ouvrier du futur », comme le dit l’alternant Juan Torres. Au fil des évolutions technologiques, « le dev trouvera toujours sa reconversion », estime au contraire Eric Christoffel, responsable de la licence professionnelle développement Web à l’université de Strasbourg. Toutefois, il leur faudra se former tout au long de leur vie sur de nouveaux langages informatiques. Et pour cause, le Cobol, créé en 1959, n’est aujourd’hui plus enseigné dans les écoles alors que des entreprises du secteur bancaire paient aujourd’hui des jeunes codeurs pour les former à ce langage informatique.

    Les banques et les assurances, Nicolas B. ne veut plus y travailler. Après avoir vécu deux burn-out causés par des « techniques managériales violentes », il choisit mieux les secteurs où il travaille. « Ouvrier, on l’est déjà », confie-t-il, en revenant sur l’emploi de jeunes moins chers et le remplacement de l’homme par la machine.

    Si le métier rayonne encore, cette situation privilégiée ne sera pas éternelle, estime également Hugo, puisque tous les pays du monde forment aujourd’hui des gens à ce poste. Par effet boule de neige, les salaires finiront par se mettre à baisser et le travail deviendra moins attrayant. Et beaucoup plus précaire. « Le dev de demain sera l’ouvrier d’hier », pense ainsi Hugo.

    **Par Anne Chirol Publié hier à 07h00ch**

  2. J’ai du mal à y voir autre chose qu’une mode. Tout le monde veut devenir développeur web. Personne ne veut faire du backend, du système ou autre choses. On se limite aux bootcamps, on fait une petite formation de 3 mois et c’est parti ! En oubliant qu’un bon développeur qui sait faire du front du back et tout le reste c’est au moins 5 ou 10 ans d’expérience.

    En gros : c’est à la mode et je ne trouve pas d’autre explication.

  3. Ceux qui font une formation de 6 mois en pensant qu’ils vont toucher le pactoles certainement (et encore certains y arrivent mais ils ont d’autres compétences).

    Par contre ceux qui ont un master avec de l’XP, je ne pense pas que le filon se tarisse de sitôt.

  4. Dans la vidéo YouTube “the Art of Coding”, le conférencier Dylan Beattie s’amuse du fait que les annonces de recrutement de la Silicon Valley parlait tout le temps de “rock star developper”, comme une sorte de personnage cool et rebelle qu’il faut à tout prix embaucher. Le conférencier s’est donc amusé à créer un langage de programmation nommé “rock star”, juste pour pouvoir dire à son tour qu’il était “rock star developper”.

    https://youtu.be/6avJHaC3C2U

  5. > Selon lui, les entreprises pourraient avoir l’ambition de réduire le coût représenté par les salaires des développeurs en remplaçant progressivement cette activité par des technologies conçues par ces mêmes travailleurs.

    On ne parle pas assez des différences énormes de technicité entre les entreprises et les postes, les développeurs ne sont pas une masse uniforme.

    Pour abuser du forfait jour et de la convention syntec, on “vend” un status cadre à des jeunes diplômés pour leur faire faire un travail de technicien supérieur. Certaines sociétés taylorisent tellement le développement (un PO qui définit la tâche, un architecte qui définit la solution technique) que le dev n’a plus aucune initiative ni marge de manœuvre. C’est des postes là qui sont potentiellement en danger avec les outils no-code / low-code, pas les postes plus techniques (ceux qui, justement sont en train de développer et maintenir ces outils).

  6. Suis vraiment pas fan du message tout le monde peut être dév et on manque de Devs..

    Ils vont en effet finir par nous rabaisser au rang d’ouvrier, et on sera noyé dans une armée de juniors payés au lance Pierre vendu bien chers par les ssii, avec seulement quelqu’uns qui tirent leur épingle du jeu.

    C’est triste. Quantité par rapport à la qualité.

  7. Ah oui, Putaclic façon lemonde.

    J’ai vu l’entete de l’article sur le site, j’ai rigolé et j’ai passé mon chemin. OP aurait du faire la meme

  8. Dev/Dave… Ça m’a pris du temps pour comprendre !

    Je pensais que l’article considérait Dave comme une rock star.

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