Dans un entretien accordé à i24NEWS, Hussein Kamel Haridy, ancien directeur du département des Affaires israéliennes en Égypte, lève le voile sur le rôle complexe que joue son pays dans les négociations entre Israël et le Hamas. Entre espoirs de cessez-le-feu, libération d’otages et tensions diplomatiques, cette figure de la diplomatie égyptienne brosse un tableau nuancé des dynamiques régionales à l’œuvre.
Otages, Hamas…quel rôle jour vraiment l’Egypte?
Une médiation égyptienne aux objectifs clairement définis
“Nous espérons conclure ou aider Israël et le Hamas à conclure un accord sur un cessez-le-feu dans le cadre duquel les otages seront libérés, avec un engagement israélien de mettre fin aux hostilités dans la bande de Gaza et un calendrier pour le retrait des forces israéliennes,” explique Hussein Kamel Haridy. Une position qui réaffirme le rôle central du Caire, en parallèle des efforts qataris et américains, dans la recherche d’une solution au conflit. Le diplomate égyptien souligne l’importance de la coordination avec le Qatar et les États-Unis, tout en restant prudent sur les développements à court terme en raison des pressions internes en Israël pour intensifier les opérations militaires à Gaza. Il évoque notamment l’attente des résultats du cabinet de sécurité israélien, prévu ce mardi soir.
L’influence de la diplomatie américaine
Fin observateur des dynamiques géopolitiques, Haridy analyse également l’impact potentiel de la visite prochaine du président américain Donald Trump dans la région. “En vue de la visite du président Trump, qui se rendra aussi dans les pays du Golfe et en Arabie Saoudite, il est certain que le président Trump ne voudra pas être au Proche-Orient à l’heure où l’armée israélienne frappe les Gazaouis,” prédit-il, suggérant qu’une accalmie temporaire pourrait coïncider avec ce déplacement présidentiel.
Le plan égyptien pour Gaza : désarmement progressif plutôt qu’immédiat
Interrogé sur les informations publiées par le journal qatari Al Arabie, selon lesquelles l’Égypte aurait exigé du Hamas qu’il rende ses armes “jusqu’à la dernière cartouche”, Hussein Kamel Haridy dément catégoriquement : “Je doute beaucoup que l’Égypte ait exercé des pressions sur le Hamas afin qu’il dépose les armes.”
Il détaille plutôt un plan de reconstruction en trois étapes proposé par Le Caire. “La troisième étape parle de gouvernance et de sécurité dans la bande de Gaza,” précise-t-il, ajoutant que “le Hamas a d’ores et déjà accepté le principe selon lequel il ne participera pas au gouvernement de Gaza.” Concernant le volet sécuritaire, le diplomate égyptien évoque le rôle attendu de l’Autorité palestinienne qui devrait “mettre en place une force de police pour assurer la sécurité, non seulement pour les Palestiniens, mais aussi à la frontière entre Gaza et Israël, afin d’empêcher une répétition d’attaques du type de celles qui ont eu lieu le 7 octobre.” Le désarmement du Hamas, selon lui, est une question qui viendra “plus tard dans le plan égyptien… à la fin de la guerre dans la bande de Gaza, et une fois qu’on aura trouvé une voie irréversible pour résoudre la question de Gaza et des Palestiniens.”
Des relations israélo-égyptiennes sous tension
L’ancien diplomate, qui était présent lors de la signature historique du traité de paix entre l’Égypte et Israël en 1979, pose un regard désabusé sur l’évolution des relations bilatérales depuis cette époque. “Je ne pense pas que ces relations soient aussi bonnes qu’elles l’ont été lorsqu’on a signé le traité de paix,” confie-t-il avec une pointe de nostalgie.
“À l’époque, le 26 mars 1979, nous pensions que ce traité serait un préambule à un autre traité de paix qui permettrait la mise en place d’une paix juste et durable dans le conflit israélo-arabe. Mais, 46 ans plus tard, c’est une promesse qui n’a toujours pas été réalisée,” déplore-t-il. Et de conclure sans ambages : “Aujourd’hui, on ne peut pas parler de bonnes relations entre Israël et l’Égypte. Je dirais qu’il y a des tensions.”
Hussein Kamel Haridy termine néanmoins sur une note d’espoir, laissant entendre que des efforts sont en cours pour “améliorer les relations dans les semaines, les mois et les années à venir.”