Peut-on comprendre Ne Zha 2 (à prononcer nédja) sans avoir vu le premier ? C’est sans hésiter que nous vous répondons : non ! Montré à la presse française le 11 avril dernier dans le cadre d’une projection unique à Paris, le blockbuster écrit et réalisé par Yu Yang vous largue sans pitié en rase campagne dès la première phrase de sa voix off. Personnages, enjeux, lieux géographiques s’empilent jusqu’au vertige et, sans une bonne connaissance des faits ou une vision préalable de l’opus initial, le spectateur est irrémédiablement égaré dans un flou artistique digne des brumes des Montagnes jaunes.

L’enfant démon et le prince dragon

Pour faire simple : cette superproduction de 80 millions de dollars et d’une durée flirtant avec les deux heures trente poursuit les aventures de l’enfant démon Ne Zha, élevé par des humains et qui fusionne avec le prince dragon Ao Bing pour sauver de la destruction le col de Chentang (où il a grandi), menacé par plusieurs rois dragons. Chaperonné par le facétieux et roublard maître Taiyi Zhenren, Ne Zha accomplit un voyage au cours duquel il passe diverses épreuves initiatiques et affronte moult créatures (dont un peuple de marmottes géantes hystériques). Toujours inspiré de L’Investiture des dieux, mythique roman historique et magique de la dynastie Ming (qui avait aussi guidé l’écriture de la saga Creation of the Gods), Ne Zha ne peut pas se regarder avec des lunettes occidentales.

Il est impératif de poser celles-ci à l’entrée de la salle, de lâcher prise et de passer outre l’écrasante profusion d’informations pour vraiment apprécier le spectacle à l’écran. En l’occurrence, du jamais-vu. Des fissures béantes s’ouvrent dans un ciel en 3D dont coulent des cascades de lave géantes, des monstres monumentaux s’emparent de toute la largeur de l’écran, les matières et les couleurs fusionnent dans un feu d’artifice plus singulier que tous les Pixar récents… La Chine de l’animation s’est définitivement réveillée et le box-office mondial lui sert le café : plus de 2,15 milliards de dollars de recettes depuis la sortie chinoise puis internationale du film, en janvier dernier.

À LIRE AUSSI Quels films aller voir au cinéma ce 23 avril ? Certes : son pays natal occupe à lui seul 2 milliards de dollars sur le chiffre d’affaires total de Ne Zha 2 dans les multiplexes, soit l’écrasante majorité de son pactole. Mais, dans les 16 pays du monde où le conte de Yu Yang est sorti (ils seront 37 au total à le programmer), les foules affluent en nombre non négligeable pour découvrir le phénomène. Le film cumule ainsi 21 millions de dollars de recettes aux États-Unis et se débrouille aussi très bien en Europe (Allemagne, Belgique, Pays-Bas, Grande-Bretagne…), en Australie et en Asie (Malaisie, Hongkong, Singapour…). « Ne Zha 2 a aussi été le numéro un mondial dans les salles Imax durant presque trois semaines, uniquement grâce à sa performance en Chine », rappelle au Point Éric Marti, directeur général de Comscore France.

Une curiosité pour le film jusqu’en Corse

Désormais consacré long-métrage d’animation le plus rentable de tous les temps et aussi premier film non occidental à figurer dans le top 10 des plus grands succès de l’histoire du cinéma (films live y compris), Ne Zha 2 a rapidement attiré la convoitise du distributeur Trinity CineAsia, basé à Londres et spécialisé dans l’importation de films asiatiques en Europe : « Nous avons acquis les droits européens du film pour une sortie en salle en France dès le début du mois de mars », explique au Point Cédric Behrel, directeur de cette société créée voici 18 ans et qui, avant ce virage en direction de l’Extrême-Orient en 2017, avait aussi distribué des œuvres de Denis Villeneuve, Ruben Östlund et Gaspar Noé.

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La décision de sortir Ne Zha 2 en salle – et dans un temps record de moins de deux mois à partir de son acquisition – surfe clairement sur la couverture médiatique du film depuis ses performances monstrueuses au box-office, source d’un appétit étonnant chez les exploitants : « Le film est programmé pour l’instant dans 250 salles sur toute la France, y compris en Corse où un cinéma de Corte nous l’a demandé ! » précise Cédric Behrel « Mais nous n’avons pas fait faire de version française. On ne vise pas tous les publics, mais d’abord un public sinophone et sinophile, et aussi les fans de films d’animation asiatiques. Notre campagne marketing a également ciblé les amateurs de mangas et de jeux vidéo et tous les influenceurs franco-chinois qui pourraient convaincre un public de non-initiés à venir découvrir en salle cette expérience. Ne Zha 2 touche profondément à la culture locale chinoise, son histoire, sa mythologie… c’est un peu de Bienvenue chez les Ch’tis chinois ! Mais il faut le voir sur grand écran car son gigantisme laisse une impression indélébile aux spectateurs, l’impression d’avoir vu un film très différent du tout-venant de l’animation. »

Peut-on emmener un enfant français voir Ne Zha 2 ? Au vu de la durée ahurissante du film (deux heures vingt-cinq, donc…) mais aussi de certains passages flirtant avec une relative violence graphique (quelques filets de sang ici et là, des coups qui font mal et quelques embardées tragiques dans le dernier acte…), on serait tenté de le déconseiller aux moins de 10 ans, même si le long-métrage de Yu Yang bénéficie chez nous d’un visa tout public. Trinity CineAsia parie sur un franchissement de la barre symbolique des 100 000 entrées. En cas de succès, Ne Zha 2 pourrait ressortir un peu plus tard avec, cette fois, une disponibilité en version française pour un plus large public. On souhaite un destin magique à ce conte un peu bourratif, pas toujours très fin (plusieurs gags pipi-caca-vomi…) mais fabuleusement spectaculaire. Trinity CineAsia poursuivra, quant à elle, sa séduction du marché français avec, en juin prochain, la sortie en salle du drame The Last Dance, énorme succès au box-office hongkongais de 2024.